XVIe congrès du PCE, ni à moitié plein, ni à moitié vide

, par SETIÉN Julio

Julio Setién, élu à l’Assemblée de Madrid, est membre d’Espacio alternativo, une organisation de la gauche radicale partie prenante de la Gauche unie. Il a été responsable syndical du PCE au cours des années de la « transition » entre la dictature de Franco et la monarchie constitutionnelle.

Malgré la charge de dramatique qui fut attribuée à ce congrès au sein de la Gauche unie — certains n’hésitant pas à le présenter comme une seconde session de la VIe Assemblée d’IU — son déroulement et ses résultats ne semblent pas confirmer de telles craintes. On pourrait dire qu’il s’est en réalité limité à enregistrer les scores des diverses positions existantes au sein « du Parti ». Pourtant cette réalité est plus complexe ; pour tenter de l’illustrer essayons d’analyser quelques uns de ses aspects les plus remarquables.

Ainsi, dans le cas concret du conflit basque, si l’on s’en tient aux textes — aux résolutions et amendements qui ont été approuvés — il semblerait que le pari en faveur du dialogue et, dans la foulée, le rejet de la mise hors la loi de Herri Batasuna, aient triomphé. Mais cela n’apparaît pas dans le rapport de Francisco Frutos, qui, de manière surprenante, ne contient pas une seule référence au problème basque dans ses 22 pages, n’aborde pas la question du droit à l’autodétermination et ne dit mot sur la façon de construire la république fédérale qu’il appelle de ses voeux.

Le résultat le plus frappant reste l’option pour le travail au sein du mouvement contre la mondialisation et l’appui accordé aux positions les plus combatives à l’intérieur des Commissions ouvrières (CC OO), son syndicat de référence : tels sont les traits essentiels de l’orientation sociale du PCE. On voit là le maintien d’une attitude militante de travail au sein des mouvements sociaux, qui dans le cas syndical a conduit le PCE à prendre une position (risquée, si on tient compte de la diversité de ses engagements) en faveur du courant critique des CC OO.

La politique internationale du PCE continue a être très confuse, marquée par les fidélités de l’ancien « mouvement communiste international » qui conduisit à inviter comme partis communistes ceux ainsi dénommés de Chine et de Corée, pour ne citer que ces deux cas parmi les nombreuses autres curiosités. Autre témoignage de cette confusion, la mise sur le même plan du Forum de Sao Paulo et du Forum social mondial de Porto Alegre, ou encore l’unique mention (qui, aux yeux de certains, apparaît comme un pas en avant) des « possibles responsabilités politiques de Milosevic ». Les répercussions politiques du mouvement contre la mondialisation, au sujet duquel une réflexion intéressante fut initiée, et les changements profonds du panorama international après le 11 septembre 2001 ne semblent pas avoir ouvert une brèche dans la politique internationale du PCE qui ne se détache pas des vieux paramètres.

Le PCE et la Gauche unie

On pourrait être tenté de juger les résultats du congrès en relation avec l’influence que le PCE pourrait avoir au sein de la Gauche unie. Il est difficile d’en mesurer la portée. Il semble évident que le PCE en tant que tel n’accroît pas son champ d’activité et son poids politique au sein de la Gauche unie. Il ne semble pas y gagner de la sympathie ni avoir accru son influence (en attirant, par exemple, de nouveaux membres). Il n’a pas non plus provoqué plus de réticences. La raison en est claire : en tant qu’organisation, en tant que fraction, le PCE n’existe pas. On pourrait aussi se demander si, par son poids au congrès, tel ou tel de ses courants pourrait acquérir plus ou moins d’influence au sein de la gauche unie, mais sachant qu’il s’agirait là d’une opération à somme nulle. De plus, en termes absolus, il s’agit d’une somme en décroissance depuis la création d’ IU, ne serait-ce que du fait du déclin constant du nombre d’affiliés au PCE. A court terme il ne semble pas que le congrès du PCE puisse avoir une quelconque influence sur les rapports de forces au sein de la gauche unie.

Du point de vue du rapport de forces au sein des organes de direction, il faut tout d’abord mentionner que Francisco Frutos reste secrétaire général, grâce, cette fois-ci, à une coalition avec Gaspar Llamazares. La formation d’un bloc autour de la Plate-forme « Parti vivant », dirigée par Ángeles Maestro, a produit des confluences surprenantes : en Andalousie, la majorité dirigée par Felipe Alcaraz, venait d’affronter très durement la minorité dirigée par Rosa Aguilar et Concha Caballero ; à Madrid, au sein de la Gauche unie, le conflit entre le secteur d’ Ángel Pérez et celui dirigé par Fausto Fernández (finalement élu coordinateur général) était à son sommet. Néanmoins, au congrès du PCE, tout ce monde s’est retrouvé sur la même liste. Cela a provoqué quelques désaffections qui se sont exprimées sous la forme d’abstentions affaiblissant Llamazares. Finalement au sein de la direction le secteur Frutos obtient environ 59 %, la Plate-forme « Parti vivant » 21 % et les partisans de Llamazares environ 20 % (dans la composition finale du Comité fédéral il obtiendra sans doute une proportion plus grande des représentants des PC de diverses Communautés autonomes). Peu de changements, donc.

Diversité interne

Le PCE continue à être très diversifié. Pratiquement toute la pluralité de la Gauche unie s’y reflète (quand elle n’y puise pas son origine). Les trois candidatures qui se sont affrontées lors de la VIe Assemblée d’IU étaient des dirigeants du PCE. il est d’autant plus surprenant de noter que les courants restent interdits au sein d’un parti traversé par de telles différences et même par des divergences fondamentales. De ce fait, en l’absence de véritables tendances d’opinion qui pourraient articuler les différences politiques, ces dernières s’expriment – à l’exception notable de la Plate-forme « parti vivant » – sous la forme de noyaux d’influence qui ne peuvent être décrits du point de vue idéologique. Ces noyaux d’influence ne se forment cependant pas uniquement et même pas en premier lieu autour de la lutte pour le contrôle de l’appareil interne, mais autour de divergences substantielles sur la manière de faire la politique au sein du PCE et surtout au sein de la Gauche unie. Et en politique la question des méthodes n’est pas sans importance. Il s’ensuit que chacun des deux secteurs qui constituent la majorité recouvre avant tout l’expression de multiples fractures existantes au sein des fédérations qui ont à voir avec les formes de l’activité politique, même si on peut y trouver une différenciation des profils politiques (la lutte concerne plus l’attitude d’ouverture envers la société, car il est rare que se confrontent des politiques différentes).

La nature incertaine du PCE

Ce congrès aura surtout servi à enterrer, du moins dans le cadre du cycle politique actuel, le sentiment apparu largement au sein du PCE juste après la défaite électorale de 1999, même s’il ne fut jamais exprimé publiquement, et qui pourrait être résumé par la question : « A quoi nous sert la Gauche unie si aux élections nous avons à peu près autant de voix que lorsque nous nous sommes présentés la dernière fois en tant que PCE ? » Une question très tacticienne mais dont la source est à chercher dans une réalité qui fut l’objet de peu de réflexions : le caractère du PCE depuis la constitution de la gauche unie.

Le PCE fut la clé de la construction de la Gauche unie : il a mis au service de ce projet non seulement ses idées et le travail de ses militants, mais aussi une bonne part de son patrimoine. L’arc politique initial d’IU se composait de divers partis ultra-minoritaires et d’un PCE qui représentait 90 % des membres. Depuis nous avons assisté à un double processus : la perte de la pluralité formelle d’IU (bien que la diversité politique, plus grande que son articulation organique, se maintienne) et la lente érosion de la présence du PCE au sein de la Gauche unie, dont près de la moitié des membres ne sont pas dans le PCE. On est ainsi passé d’une première étape où prédominait la générosité du PCE envers les affiliés des trois autres composantes de la Gauche unie à celle de la sur-représentation des membres du PCE au sein des organes de direction et parmi les élus de l’IU, par rapport du moins au poids réel de ses militants dans la coalition.

Quelle est alors la nature du PCE ? Il est difficile de le qualifier de courant politique au sein de l’IU car, comme nous l’avons décrit, le PCE lui-même se compose de divers courants politiques, qui y reproduisent les divergences au sein de l’IU et vice versa. C’est certes un parti au sens formel du terme, mais il est difficile de caractériser ainsi une organisation politique qui s’est insérée au sein d’une autre formation politique qui, elle, concourt pour les suffrages citoyens depuis seize ans, alors que le PCE ne l’a fait en tant que tel que durant neuf ans. De plus, ce qui constitue déjà un signe de l’identité du PCE, son projet stratégique (pas seulement électoral) c’est IU. Ainsi apparaît le paradoxe entre la charge symbolique et politique d’une organisation existante depuis 81 ans, devenue très plurielle y compris au cours des dernières années de la dictature franquiste, qui prétend parler d’une seule voix dans une autre organisation, dont elle fait partie et qui vise à la représentation politique tout en reflétant la pluralité dudit parti. Cette tension entre le dit et le fait est la source de malentendus et de frustrations, un obstacle permanent au développement de la Gauche unie et conduit à la question fallacieuse que se posent de nombreux militants du PCE : « À quoi nous sert la Gauche unie ? » Cela rend difficile l’analyse complexe de la situation de la gauche à la gauche de la social-démocratie en Europe, des relations entre la mobilisation, l’articulation sociale et la politique, des questions nationales de l’État espagnol, etc.

Comme on le voit, il est difficile d’évaluer si « le vase est à moitié plein ou à moitié vide », autrement dit si le PCE va être un obstacle pour le renouveau et l’ouverture de la Gauche unie ou s’il sera un facteur permettant de maintenir la tension transformatrice. Il est possible que ce congrès ait mélangé un peu de tout et que sa principale vertu aura été de ne fermer aucune porte, de laisser les choses en l’état, de ne pas prétendre résoudre en son sein ce qui en bonne logique doit être résolu au sein de la Gauche unie, avec ses propres méthodes et ses organes, dans l’interaction entre la Gauche unie et les secteurs les plus combatifs de la société.

P.-S.

Les notes sont manquantes.