Les urnes indiquent les tâches du PT

, par Démocratie socialiste (Brésil)

Nous reproduisons ici l’éditorial du mensuel Democracia Socialista n° 8 de novembre-décembre 2004, disponible sur son site web http://www.democraciasocialista.org.br/, publié par la Tendance démocratie socialiste du Parti des travailleurs (PT), qui regroupe au sein de ce parti ses militants qui s’identifient à la IVe Internationale.

1. Le bilan quantitatif et territorial des votes obtenus par chaque parti est important pour définir ses capacités de confrontation nationale, mais il ne suffit pas pour rendre compte de « l’état d’esprit de la société » et des tâches partidaires dans la lutte politique actuelle.

2. Le « décompte » national place le Parti des travailleurs (PT) en tant que premier parti du point de vue des suffrages obtenus au premier comme au second tour des élections [1], suivi en deuxième position par le PSDB [2]. Des victoires fondamentales ont été obtenues dans les métropoles comme Belo Horizonte, Recife et Fortaleza, Vitória ; dans des villes importantes comme Contagem (État de Mato Grosso) et Oscasa (État de Sao Paolo). En contrepartie notre parti a souffert des défaites au second tour dans la capitale Sao Paolo, à Porto Alegre, Belém, Goiânia, des lieux où nous avons été justement confrontés à nos adversaires que nous affronterons en 2006 à l’échelle nationale et dans les États : le PSDB, le « PMDB tucano » [3] et les autres forces politiques polarisées par le PSDB. Cette polarisation politique est la première conclusion décisive que nous devons tirer de ce processus électoral.

3. En outre, l’analyse de la distribution des votes par villes et par « collèges » électoraux (États) constitue une autre donnée importante. Elle permet de voir qu’être arrivé à la première place dans le vote général ne garantit pas toujours l’obtention de la majorité et la conquête de la gestion dans les lieux stratégiques.

4. Le tableau que nous pouvons établir aujourd’hui indique une polarisation nationale entre les deux partis les plus forts et bénéficiant de la plus grande capacité d’attraction sociale et politique – le PT et le PSDB – ce qui se répétera probablement lors des prochaines élections. Outre ce panorama de la distribution des forces et de sa probable projection future, il faut analyser ce qui est donné et ce que nous attendons du développement de l’affrontement politique. Quel a été l’objet du jugement apporté par ces élections municipales ? Le gouvernement fédéral ? Seulement les aspects locaux ? Quels étaient les projets politiques en jeu dans cet affrontement ? En quoi différaient entre elles les confrontations du premier et du second tour ?

5. Nous considérons que la première élection qui a eu lieu depuis la formation du gouvernement Lula avait un fort caractère national, comme c’était d’ailleurs prévu par la majorité des analyses du parti. Cela ne veut pas dire que nous avons assisté à un jugement direct et clair du gouvernement fédéral (ce qui apparaît nettement du fait de l’absence d’homogénéité du processus, prouvant de manière évidente le poids exercé par les rapports de forces régionaux et locaux), mais son caractère national est donné par l’accumulation claire des résultats, sans déguisements, en vue du prochain affrontement national.

6. Soutenir que ces élections avaient exclusivement un caractère local signifie dépolitiser le bilan et désarmer ainsi le Parti lui-même pour les prochains combats. Même si le caractère régional ou local de l’affrontement avait une grande importance, le caractère national du PT a aussi pesé. Il est important d’en tirer les leçons, positives comme négatives.

7. Les leçons positives : la capacité de mobiliser les militants et les énergies du changement en faveur du peuple, comme à Recife, Fortaleza, Porto Alegre au second tour et dans d’autres villes ; et aussi la capacité démontrée dans plusieurs cas de placer la politique au centre et de défaire la démagogie de nos adversaires.

8. Les leçons négatives : la capacité de nos adversaires d’exploiter « l’argument démocratique » [4] ou l’anti-pétisme. En faisant appel à cet argument l’opposition néolibérale, en particulier le PSDB, a cherché à attaquer le projet de changement du PT et à réduire la démocratie à la notion d’alternance gouvernementale. Cette opération a été possible, en premier lieu, non par la force de l’argument mais par la force des moyens employés pour le propager. Mais elle a aussi été rendue possible par la réduction de notre projet de changement historique aux limites de la gouvernabilité politique et économique, de plus en plus discutable, qui entre en conflit avec l’ardent désir de transformation dont nous avons toujours été les représentants depuis la fondation du PT.

9. Sur le plan politique la mise en œuvre de la démocratie participative a été la grande absente. Le dialogue démocratique nécessaire avec les mouvements sociaux s’est limité à quelques secteurs du gouvernement et même là avec des limites imposés par les choix de la politique économique. Ce qui apparaît au premier plan, ce sont des alliances inconsistantes et qui souvent nous défigurent dans le Parlement et dans l’Exécutif. Sur le plan politique encore nous souffrons de faiblesses inimaginables : où est la réforme politique républicaine et démocratique ? Elle concerne non seulement le système représentatif et partidaire, mais aussi les institutions de la République, la démocratisation réelle du pouvoir (depuis l’aspect militaire jusqu’à celui de l’économie).

10. Sur le plan économique, personne ne peut expliquer les ajournements successifs et les frustrations d’attentes de changements réels des conditions de vie et de travail de notre peuple. L’argument de l’héritage maudit de FHC ne suffit pas. D’ailleurs le pire des héritages est le pouvoir démesuré de la Banque centrale imposant au pays, aux travailleurs, au peuple, aux secteurs entrepreneuriaux petits et moyens, et au gouvernement lui-même, une courte laisse qui empêche une vertueuse croissance du marché intérieur, la distribution du revenu et le dépassement des inégalités historiques, l’augmentation du salaire minimal et des retraites, la réalisation des programmes stratégiques du gouvernement. La hausse des taux d’intérêts, celle sans précédent de l’excédent budgétaire, la soumission au capital financier et aux soi-disant marchés (qui ne réalisent pas, bien sûr, les intérêts spéculatifs) garrottent la nation. L’heure d’affronter ce défi est arrivée.

11. Une telle situation conduit à la perte du soutien militant et politique, elle fragilise l’hégémonie conquise par l’élection de Lula. En contrepartie elle procure le soutien des milieux financiers. Mais un parti comme le PT ne peut changer sa base sociale. De même, les capitalistes et la droite ne changent pas de camp, ils conditionnent et limitent le pouvoir élu pour plus tard changer ce gouvernement au profit d’un autre dont la fidélité envers leurs intérêts n’aura jamais été en question.

12. La reconstruction des liens avec notre base sociale et militante est fondamentale. Et cela exige la réalisation avec clarté de notre programme de changement démocratique et populaire du pays. C’est essentiel pour remettre au centre de l’affrontement les projets pour le Brésil. C’est-à-dire retrouver le profil d’un parti dont l’identité est programmatique, le caractère militant, démocratique, socialiste et le comportement inattaquable.

13. La nouvelle conjoncture politique du pays impose des tâches au Parti qui ne peuvent être remise au lendemain. Nos reculs provoqueront des avancées de la droite. Au contraire leur réalisation avec détermination unifiera le parti, synthétisera son apprentissage issu des défaites comme des victoires, permettra de récupérer les énergies qui ont été dispersées et nous permettra d’avancer sur le chemin de la transformation démocratique et populaire du Brésil, nous plaçant en syntonie avec les peuples de notre Amérique latine et du monde qui aspirent à la démocratie, au développement et à l’égalité.

Notes

[1Il s’agit des élections municipales, dont le premier tour a eu lieu le 3 octobre et le second tour le 31 octobre 2004.

[2Le Parti social-démocrate brésilien de l’ancien président Fernando Henrique Cardoso (appelé FHC) qui, comme son nom ne l’indique pas, est le principal parti bourgeois brésilien, d’orientation néolibérale.

[3La Parti du mouvement démocratique du Brésil (PMDB), est le premier grand parti bourgeois démocratique construit sous la dictature militaire. Depuis un quart de siècle il a connu plusieurs scissions et ce qu’il en reste est aujourd’hui divisé. Le « PMDB tucano » est le nom donné à sa fraction opposée au gouvernement Lula, sur sa droite.

[4Le PSDB a centré sa campagne sur la nécessité de construire des « contre-pouvoirs » afin d’empêcher le « monolithisme » et de « préserver la démocratie ».