Interview

« Le problème de la formation actuelle est sa trop courte durée »

, par PELLETIER Antoine

Professeur des écoles et militant à la SNUIPP-FSU (Syndicat National Unitaire des Instituteurs Professeurs des Ecoles et PEGC), Antoine nous présente l’évolution des IUFM.

  • Au début du 20e siècle, les élèves enseignants des classes pauvres (enfants de parents analphabètes ou paysans) percevaient des rémunérations. Quelles ont été les conséquences de la disparition de ce système ?

Elles sont contradictoires. La première est un développement de la sélection sociale : les catégories populaires accèdent moins facilement au métier. Mais dans le même temps, la formation s’est améliorée en étant allongée.

  • Quels étaient les objectifs de l’Etat en créant les IUFM ?

L’objectif affiché était de rapprocher l’enseignement dispensé dans le premier degré (écoles) et le secondaire (collège et lycée). La création des IUFM était aussi l’aboutissement d’évolutions, de progrès dans les recherches pédagogiques. Mais, d’un autre côté, cela a fait reculer la rémunération des enseignants en formation et contribué à développer la sélection sociale. Sans compter que cela a divisé les enseignants du premier degré entre instituteurs et professeurs des écoles (issus des IUFM).

  • Est-ce que ça a réellement amélioré la situation ?

Du point de vue des apprentissages, c’est probable : les enseignants ont été formés dans la logique de recherches pédagogiques universitaires et de mouvements pédagogiques d’enseignants en poste. Cela a amélioré la place des enfants dans les apprentissages, leur prise en compte par les enseignants.

  • A quoi ressemble donc la vie des élèves enseignants ?

Le problème principal de la formation actuelle est sa trop courte durée : ceux qui préparent les concours subissent une pression importante. Les enseignants stagiaires doivent jongler entre les cours théoriques dans les disciplines, sur la pédagogie et le développement des enfants, la pratique et la réflexion sur la pratique. En une seule année, il est impossible d’y réussir.

  • On dit que cela a créé une sorte de « dynastie » d’enseignants (de père en fils par exemple). Qu’en pensez-vous ?

Cette tendance existait déjà auparavant. Je pense que ce qui conduit à des générations d’enseignants est sans doute essentiellement l’envie de travailler avec des enfants pour leur faire apprendre des choses.

  • Comment réduire les disparités entre étudiants modestes et étudiants aux revenus plus aisés ?

Depuis longtemps, les organisations étudiantes (notamment l’Unef) réclament une allocation pour tous les étudiants qu’elles considèrent comme des « jeunes travailleurs en formation ». C’est je crois le meilleur moyen d’effacer les disparités.

  • Il y a de nombreuses voies qui s’élèvent contre la prochaine réforme. Pourquoi ?

La réforme prévoit la suppression de la rémunération des enseignants en formation. Celle-ci deviendrait facultative : les titulaires du concours seraient envoyés directement devant classe, sans formation ! De plus la sélection entre le M1 et le M2 va conduire à de grandes difficultés pour accéder aux concours et donc au recrutement d’enseignants en dehors du statut de fonctionnaire. Enfin, la formation continue et les IUFM sont remis en cause.

  • Quelles seraient les améliorations à apporter à la situation ?

Il faut tout d’abord que le gouvernement retire sa réforme. Pour améliorer la formation, nous estimons qu’il faut la rallonger pour améliorer le lien entre théorie et pratique : après le concours accessible avec une licence, il faut deux années de formation, dont une année à mi-temps entre l’IUFM et la prise en charge d’une classe.

P.-S.

Propos recueillis par Médina Koné.