La logique méconnue du « Capital »

, par CHESNAIS François

Alain Bihr, La logique méconnue du « Capital », Page deux, Lausanne, 2010, 128 pages, 9,50 €.

Voici un ouvrage d’autant plus dense que son auteur s’est fixé la gageure de présenter les trois livres du Capital en un espace très court. Afin d’exposer le travail de « critique de l’économie politique » le plus achevé de Marx dans sa totalité et non, comme souvent, à l’aide d’une succession de morceaux choisis, Alain Bihr a ordonné sa présentation autour d’un fil conducteur solide : le mouvement d’autonomisation de la valeur. Il accomplit le tour de force d’expliquer de façon très claire, en une trentaine de pages, la transformation de la plus-value en profit, la péréquation du taux du profit et l’émergence du profit moyen. On notera la place donnée à la théorie du capital fictif, dont la crise financière a montré la grande portée.

L’appréciation du capitalisme qui ressort de l’analyse est celle d’un système où les choses (la marchandise, l’argent, le capital) commandent aux hommes et se dressent, écrit Bihr, en face d’eux comme des divinités barbares exigeant des sacrifices humains. Le projet qui sous-tend Le Capital est alors de redonner à l’humanité les moyens de se rendre maîtresse de ses conditions d’existence. L’entrecroisement de la crise économique et de la crise écologique ne montre-t-il pas que c’est bien là que se situe l’enjeu aujourd’hui ?