Le scrutin à l’ONU sonne le glas des espoirs palestiniens

, par SALINGUE Julien

L’échéance de l’Assemblée générale des Nations unies approche, avec son cortège d’interrogations : la direction palestinienne ira-t-elle au bout de sa démarche ? Les rapports de forces seront-ils modifiés ? Plutôt que de prétendre répondre à ces questions, je souhaite souligner ici un paradoxe : la démarche de la direction palestinienne, qui consiste à faire reconnaître « l’Etat de Palestine » par les Etats membres de l’ONU, participe en réalité de la disparition du projet d’établissement d’un Etat palestinien au côté d’Israël.

Depuis une trentaine d’années, la direction « historique » du mouvement national palestinien a fait le choix d’une solution biétatique négociée avec Israël sous l’égide des Etats-Unis. Cette stratégie s’est concrétisée en 1993-1994 avec les accords d’Oslo qui, selon leurs promoteurs, ouvraient une période intérimaire au cours de laquelle des négociations devaient mener à la coexistence de deux Etats et à une « solution juste » au sujet de Jérusalem et des réfugiés. Rien de tel ne s’est produit, et les Palestiniens n’ont pu que constater le caractère virtuel du processus de paix, au regard de la poursuite de l’occupation et de la colonisation.

Dans le même temps, l’OLP a achevé de se transformer en appareil d’Etat investissant ses forces dans la construction de l’Autorité palestinienne (AP), conçue comme une structure intérimaire vouée à disparaître lors de l’établissement de l’Etat. Le temps s’écoulant, la structure AP a trouvé sa propre raison d’être, avec le développement d’une couche sociale bénéficiant de gratifications matérielles et symboliques non pas dépendantes de la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens mais de la survie de l’appareil d’Etat et de la poursuite des négociations.

Or de plus en plus de voix exigent de prendre acte de l’échec du projet d’Etat palestinien au terme d’un processus négocié : disparition des bases matérielles de l’Etat en raison de la colonisation, intransigeance israélienne au sujet de Jérusalem et des réfugiés, négociations sans fin durant lesquelles Israël poursuit sa politique de fait accompli... Pour Ziyad Clot, ancien négociateur de l’OLP, le doute n’est plus permis : « Il n’y aura pas d’Etat palestinien. » Cette hypothèque inquiète le « personnel politique d’Oslo », menacé par l’impasse des négociations. La démarche à l’ONU est en réalité la « dernière cartouche » de la direction palestinienne pour ressusciter le projet auquel elle est identifiée et qui lui assure sa survie économique et politique depuis plusieurs décennies.

« Chantage aux aides »

Saeb Erekat, négociateur palestinien, déclarait récemment : « Si les Etats-Unis opposent leur veto à l’admission de la Palestine à l’ONU, ont recours au chantage aux aides financières et laissent Israël exercer seul l’autorité, alors, à mon avis, l’Autorité palestinienne doit cesser d’exister. » Un ultimatum ? Plutôt un aveu d’échec : un veto américain sera interprété par la population palestinienne comme l’échec de la stratégie suivie depuis trente ans. La direction palestinienne n’aura alors plus aucune perspective crédible, pas même la promesse d’un Etat.

Certes, l’Assemblée générale à venir sera l’occasion de mesurer l’isolement d’Israël, qui s’est accru avec les bombardements sur Gaza en 2008-2009 et l’assaut sanglant contre la flottille en 2010. Mais elle sera aussi, paradoxalement, avec la « non-admission » programmée de l’Etat palestinien, l’acte de décès de ce dernier. Côté palestinien, une refondation stratégique s’ensuivra, qui ne manquera pas d’être influencée par les bouleversements régionaux : une démocratisation du monde arabe pourrait conduire à une résorption du fossé entre la solidarité populaire avec les Palestiniens et l’hostilité des dictatures à leur égard, modifiant les rapports de forces et permettant de sortir du cadre étroit des solutions envisagées depuis une trentaine d’années.