Histoire et méthodes des manifs

Laeken... ou l’après-Gênes

, par CAUDRON Céline

Seattle, novembre 99 : des milliers de personnes se réunissent à l’occasion du sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour s’élever contre la mondialisation néo-libérale que cet organisme international contribue — avec d’autres — à construire. Pour la première fois, une manifestation va empêcher un sommet international de se dérouler normalement. Les délégués ne vont pas pouvoir accéder au lieu de réunion parce que des citoyen(ne)s en bloquent l’entrée. Sit-in pacifique et ferme, répressions policières, arrestations... et prise en compte du mouvement par les intéressés. Les organismes financiers internationaux, les multinationales et les gouvernements du nord doivent tenir compte des voix du « Peuple de Seattle ».

Prague, Nice, Davos,Göteborg,... Gênes, à chaque rendez-vous, des milliers de manifestant(e)s viennent d’horizons et de pays différents. Tous luttent pour une autre mondialisation, pour une autre Europe, plus sociale, plus solidaire, et ils proposent plusieurs alternatives distinctes.

En janvier dernier, un Forum Social Mondial s’est tenu à Porto Alegre (Brésil), pour coordonner les revendications de chaque tendance et construire des alternatives tenables et concrètes pour construire cet autre monde et cette autre Europe. Un deuxième Forum Social Mondial aura lieu en janvier 2002 pour continuer ce travail de longue haleine. Mais, en parallèle, les manifestations continuent à chaque nouvelle grande rencontre internationale. Mi-décembre, le sommet européen se tiendra à Laeken. C’est le prochain rendez-vous.

Dans ce genre de manif’, il est important que chacun puisse se retrouver ; que toutes les tendances soient respectées, que chacun puisse s’exprimer à sa manière et dans le respect des autres manifestants.

Nouveau mode d’action

Ce jeune mouvement, né à Seattle, est exemplaire et porteur d’espoirs. Il est complètement différent des manif’s traditionnelles où chacun défile sous son drapeau. On retrouve ici beaucoup plus de solidarité ; le fait que le rassemblement soit international y joue beaucoup — on sait que ceux et celles qui sont là se sont bougé(e) parfois de loin pour les mêmes raisons. La cohésion y est beaucoup plus forte, même si, paradoxalement, les tendances politiques ne sont pas toujours les mêmes.

À chaque grand rendez-vous, des coordinations sont créées pour préparer les actions : groupes de travail pour accueillir et loger les manifestants étrangers, préparer la bouffe, trouver des traducteurs, assurer un service de sécurité et de secours dans la manif, un service juridique en cas d’arrestations, etc. Le jour J, les manifestants s’organisent en « groupe d’affinité » d’une quinzaine de personne, ce qui permet à chacun de s’exprimer en rue de la façon dont il le souhaite et d’assurer plus de sécurité (on se protège mutuellement). Le « centre de convergence » sert de quartier général où les stratégies, les parcours et les méthodes se mettent au point et où on peut se coordonner.

Les 13, 14 et 15 décembre, Bruxelles sera en effervescence (voir encadré ci-joint). On n’a jamais vu en Belgique un événement d’une telle ampleur. Même si la période est peu propice à une sortie débridée, polyglotte, polyculturelle, citoyenne et militante, ce serait bête de rater cette belle occasion de faire entendre notre (nos) voix à ceux qui construisent l’Europe sans nous...