Cessez-le-feu de l’ETA... Et maintenant ?

, par LARRIEU Claude

La déclaration de « cessez-le-feu permanent » de la part de l’ETA change radicalement la donne politique en faveur de la résolution du conflit au Pays Basque. Le préalable exigé par le gouvernement espagnol est en effet maintenant rempli. Zapatero a lui-même affirmé que le cessez-le-feu est effectif ; la balle est désormais dans son camp. Quant au gouvernement français, il ne pourra rester à l’écart, d’une part car ses frontières incluent une partie du Pays Basque, d’autre part car environ le quart des prisonniers politiques basques sont incarcérés en France.

Le peuple basque a droit à l’autodétermination

Le peuple basque est un peuple opprimé dans le sens où il ne peut décider lui-même de son destin ; c’est la racine de « la question basque ». Les responsables de cette oppression sont, au vu de l’histoire, les Etats espagnol et français. Les attentats de l’ETA, inadmissibles et condamnables en eux-mêmes, nuisaient au rapport de forces nécessaire pour des avancées démocratiques vers l’obtention de ce droit et menaient à une impasse ; cet obstacle est aujourd’hui levé, et les états espagnol et français sont placés plus que jamais devant leur responsabilité.

Le peuple basque a droit à l’autodétermination : tous les habitants du Pays Basque doivent être consultés sur l’avenir du Pays Basque. Cependant, le Pays Basque est constitué, de fait, par trois communautés différenciées culturellement et territorialement par leur histoire (La Communauté Autonome, la Navarre, le Pays Basque français). Aussi, l’autodétermination doit, au stade actuel, s’exercer de façon différenciée au niveau des trois secteurs : donc toute consultation doit voir ses résultats décomptés par secteur. Et toute étape ultérieure de l’autodétermination, qui viserait à mettre en place une solution institutionnelle pour les trois secteurs considérés comme un ensemble, ne pourra être envisagée que sur la base de la libre adhésion de chacun des secteurs. Ce processus prendra du temps et se déroulera à l’évidence en plusieurs étapes.

Immédiatement, rapprochement des prisonniers. Vers l’amnistie.

La dispersion, l’éloignement, le traitement d’exception souvent appliqué aux prisonniers basques, ont été maintes fois dénoncés et ont donné lieu à des campagnes en faveur du rapprochement. Aujourd’hui, rien n’a encore changé ; ni le gouvernement français, ni le gouvernement espagnol n’ont fait de geste concret d’ouverture depuis l’annonce du cessez-le-feu. En particulier en Espagne, la récente condamnation d’Otegi, responsable de Batasuna, montre qu’il est urgent de cesser de culpabiliser l’expression politique du mouvement indépendantiste.

Le forum d’Ibaeta, constitué de nombreuses associations et syndicats, appelle à manifester à Bayonne le 24 juin prochain pour le rapprochement des presos ; cette manifestation doit être massive. Au-delà de la question du rapprochement, c’est la libération sans condition des prisonniers politiques dans le cadre d’un règlement du conflit qui doit être obtenue pour que s’ouvre une nouvelle période.

Unité des travailleurs et internationalisme

La question des institutions au Pays Basque va se poser avec plus d’acuité.

Les projets nationalistes ont en commun de présenter un cadre interclassiste qui met au second plan l’exploitation du monde du travail, quand il ne l’oublie pas, purement et simplement.

La lutte pour l’autodétermination ne peut être dissociée de la lutte pour les revendications ouvrières (conditions de travail et d’emploi, salaires, interdiction des licenciements), de la lutte pour l’unité des travailleurs basques, espagnols, français pour satisfaire ces revendications ; elle ne peut davantage être dissociée de la lutte pour le contrôle des entreprises, des banques, de l’état par les travailleurs et les classes populaires. Elle doit s’inscrire dans la lutte pour les Etats Unis Socialistes d’Europe, c’est-à-dire l’Europe unie des travailleurs, sans frontières, reconnaissant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce sont là des conditions pour gagner vraiment, c’est-à-dire jeter les bases d’une société débarrassée des injustices.