Entretien | Claude Larrieu - Martine Mailfert, représentants LCR Anglet et Bayonne

Avec le nouveau parti anticapitaliste,« il s’agit de dépasser le cercle des militants LCR »

, par LARRIEU Claude, MAILFERT Martine

Voilà plusieurs semaines que la LCR organise des réunions locales pour discuter de l’avenir du parti, et notamment sa mutation en Nouveau Parti Anticapitaliste (le nom n’est pas encore fixé). Ce week-end, des représentants de comités locaux se réunissent à Paris pour faire le point. Alors que Bayonne, Anglet et Saint-Jean-de-Luz envoient sept membres, Martine Mailfert (Bayonne) et Claude Larrieu (Anglet) font le point sur les enjeux de cette transformation.

  • Que ressort-il de ces réunions de comités locaux ?

Claude Larrieu : les comités sont assez larges, avec des militants, des syndicats, des associatifs... L’idée générale, c’est la construction d’une société socialiste démocratique, où la base majoritaire prendrait les décisions.

Martine Mailfert : On discute beaucoup, sur les thèmes politiques, sur ce qu’on entend par « anticapitaliste ». Le point de rupture, c’est la mise en place de mesures s’opposant au libéralisme ambiant installé par le gouvernement Sarkozy, et auquel s’est adapté le PS : c’est-à-dire contre l’accumulation des profits de quelques-uns par le travail des autres. Sur ces réunions, nous avons considéré que les grandes firmes ne devraient plus appartenir à du privé, mais à un groupe plus collectif, voire aux ouvriers. Mais rien n’est encore arrêté.

  • La définition de l’anticapitalisme n’est pas encore arrêtée à la LCR ?

M.M. : Ces comités locaux vont au-delà des militants de la LCR. Rien qu’à Bayonne, le groupe comporte une quarantaine de membres. D’ailleurs, les deux représentants qui se rendent à Paris ce week-end pour parler au nom du comité de Bayonne ne sont pas encartés. Pour une réunion sur l’hôpital, ce sont des gens non encartés qui sont venus nous présenter le rapport Larcher, qui vise ni plus ni moins qu’à privatiser la santé. Après, on est encore dans un processus de construction, donc tout reste à faire. En septembre, nous définirons nos statuts et le nom du parti, et espérons le constituer en décembre.

C.L. : Il s’agit bien de construire un nouvel outil, une plate-forme commune. La base ne serait pas difficile à trouver : SMIC à 1 500 euros, retraite à 37,5 annuités, halte aux suppressions de postes...

  • Il y a déjà eu des tentatives pour rassembler cette gauche, et ça n’a pas marché...

CL : Oui, ça n’a jamais été très loin. Mais cette fois, l’appel de la LCR c’est vraiment le rassemblement par le bas, plutôt que de négocier avec les chefs de mouvement. Nous voulons fédérer en passant par la base : les militants, les sympathisants, les syndicalistes, toutes les personnes fatiguées de ces attaques très dures de la droite sarkoziste, du patronat et du PS qui subit sans rien proposer.

  • Aux dernières municipales, vous avez réalisé de bons scores (7,5% à Bayonne, 5,9% à Anglet). Avec l’abandon des mots « communiste » et « révolutionnaire » dans le nom du parti et ces réunions élargies au-delà des membres de la LCR, vous pensez donc pouvoir faire mieux ?

M.M. : Ce nouveau parti n’a pour l’instant pas de visées électoralistes. Si certains de ses membres souhaitent se lancer dans les élections, nous aviserons. Pour l’instant, nous voulons surtout être le parti présent dans toutes les luttes sociales.

C.L. : Le parti est en construction, il faudra attendre le premier congrès pour déterminer une assise politique précise. Après, je pense bien sûr que nous nous présenterons aux élections, parce que ce sont des échéances importantes pour véhiculer un programme. En tout cas, on revendique une indépendance totale vis-à-vis du PS et ses alliés.

  • Cela veut dire que vous ne voulez toujours pas, comme certains vous le reprochent, « mettre les mains dans le cambouis » ?

M.M. : Ecoutez, d’abord nous allons constituer un programme, et après, on fera de la politique. Mais à la LCR nous n’avons jamais dit que nous ne voulions pas gouverner. On a dit qu’on ne voulait pas gouverner avec le PS. Mettre les mains dans le cambouis, oui, mais on veut choisir lequel. Et on ne veut pas d’un cambouis qui continue à désespérer les gens. Nous nous sommes présentés dans toutes les élections. Mais nous ne voulons pas accéder au pouvoir au prix de concessions néolibérales.

  • Pour vous Claude Larrieu, c’est une question très concrète à Anglet, maintenant que Jean Espilondo y dirige une majorité socialiste. Vous ne regrettez pas d’avoir refusé l’alliance ?

C.L. : Non. Nous avions discuté d’un accord technique qui nous permettait de conserver notre indépendance au moment de voter le budget. Cet accord a été refusé. Et je ne le regrette pas. L’eau n’est pas passée sous régie publique comme nous le souhaitions. Il y aura certes une baisse des tarifs d’environ 12 %, mais avec la régie publique, cela aurait été 46 %. Ce n’est certes pas un changement facile, mais il y a l’exemple bayonnais tout proche. Sur le logement social, on ne voit pas grand-chose encore. Et si les socialistes s’étaient opposés à la construction de la salle Bovero, ils proposent la même en couleur à Quintaou. Ils disent que c’est pour ne pas perdre l’argent de la CABAB. Mais est-ce vraiment une priorité pour la population du BAB ?