Mes réponses pour ActuaBD.com

, par POUTOU Philippe

ActuaBD.com continue sa rencontre avec les candidats à la Présidentielle 2012. Après Eva Joly, François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan c’est aujourd’hui Philippe Poutou, le « candidat anticapitaliste » du NPA, qui répond à nos questions.

  • Lisez-vous des bandes dessinées, lesquelles ?

J’ai découvert la bande dessinée lorsque j’étais enfant au travers des albums de Tintin, tout simplement. J’apprécie aujourd’hui les dessinateurs qui utilisent la BD pour que la vie de ceux d’en bas soit comprise, comme Tardi.
Récemment j’ai apprécié la série Ermo, dessinée par Bruno Loth. Cette histoire d’un enfant parmi les républicains espagnols en guerre contre les fascistes franquistes, ses rencontres avec les combattants, les anarchistes, les femmes, toux ceux qui résistent, m’a touché et intéressé.

  • Que pensez-vous du développement récent de la bande dessinée, de sa reconnaissance, de son succès ?

La bande dessinée aborde aujourd’hui tous les thèmes, s’adresse à tous les publics. Elle est aussi une forme d’expression artistique riche et foisonnante. Le développement de la BD, comme de tous les moyens d’expression est positif, car on ne peut que se féliciter du développement de tout ce qui permet d’améliorer les échanges, les relations entre les individus.

  • Que pensez-vous de cette mode récente de raconter la biographie des plus grands candidats sous la forme de BD ? Pensez-vous que cela puisse influencer des votes ?

Si des candidats pensent que leur biographie a un intérêt, qu’ils le fassent. Pour nous, dans une campagne politique, ce qui doit rester déterminant, c’est le programme de chacun, ses propositions.

  • Les caricaturistes et les auteurs de BD vont-ils parfois trop loin, quand ils vous représentent par exemple ?

Lorsqu’on accepte d’être un homme public, il faut accepter la caricature.

  • Pensez-vous que la BD puisse porter les idées et les valeurs que vous représentez ?

Je ne suis pas certain que la bande dessinée soit le support adéquat pour l’expression d’un programme politique.
Par contre, elle peut être un moyen d’expression formidable de dénonciation des injustices, du racisme, des discriminations, des guerres, et mettant en valeur l’égalité, la solidarité, l’action collective.

  • Comment pensez-vous faire évoluer la librairie ?

Les livres, BD ou autres, ne doivent pas être des marchandises quelconques. La priorité est de mettre en place des systèmes de distribution qui ne sont pas centrés sur la vente immédiate des ouvrages nouvellement parus, juste après une campagne de publicité.

  • Que pensez-vous du développement de la BD sur les supports numériques et notamment de leur protection par la loi Hadopi ?

Le NPA s’est toujours clairement prononcé contre HADOPI : injuste et inefficace, HADOPI est surtout totalement déconnecté de la réalité et non seulement n’assure en aucun cas des revenus justes aux artistes et techniciens (et pas seulement aux « gros et reconnus »...), mais surtout acte de fait, dans une période de crise dans laquelle les biens culturels sont souvent les premiers sacrifiés faute de pouvoir d’achat, la primauté du commerce sur les échanges culturels. C’est pourquoi il faut non seulement l’abroger, mais revenir au fond du problème.
Nous proposons une licence « égale », qui permettrait ainsi de répondre aux trois questions posées par les échanges culturels sur internet : la rémunération, l’accès à la culture pour toutes et tous, et la question du financement.
Cette licence égale repose sur deux grands principes : maintien de l’exception pour copie privée des internautes et protection de la rémunération des artistes et techniciens.
Elle serait financée majoritairement par l’instauration d’une taxation sur le chiffre d’affaire des grosses majors de l’entertainment, fabricants de matériel informatique, opérateurs de télécoms et fournisseurs d’accès qui, en gagnant des abonnés à coup de publicité sur le haut débit, sont les principaux bénéficiaires des échanges, légaux ou non, des œuvres, et ce afin de compenser les ayants droit pour le manque à gagner occasionné par le téléchargement dit illicite.
Concernant la répartition de cette taxe entre les ayant-droits, précisons tout d’abord que nous sommes contre la patrimonialisation de ces mêmes droits : un salarié ne fait pas hériter ses descendants des bénéfices de sa production, et ce sont les futurs salariés de son secteur qui bénéficient de son apport.
Même chose ici donc, où les droits post-mortem générés par un artiste serviraient à alimenter un fond d’aide aux artistes fragiles et/ou émergents.

P.-S.

Propos recueillis par Didier Pasamonik (L’Agence BD).