Présidentielles : bilan à la gauche de la gauche

, par BATOU Jean

L’événement de ces élections françaises, c’est bien sûr le score électoral du FN à près de 18% (record historique), qui peut discuter aujourd’hui de changer de nom pour tenter de conquérir le leadership de la droite française. Il a su pleinement profiter de la crise et du désarroi des classes populaires face à la politique menée de concert par l’UMP et le PS. En même temps, le score du FdG, d’un bon quart inférieur aux prévisions des sondages les plus modérés, invite à réfléchir...

Le FdG de Mélenchon a recueilli 11,1% des voix, soit un total de 12,85% à la gauche du PS, avec Poutou et Arthaud. C’est un point de moins qu’en 2002 (13,81% avec Laguiller, Besancenot, Hue et Gluckstein), mais presque 4 points de plus qu’en 2007 (9% avec Besancenot, Buffet, Laguiller, Bové, Schivardi). Il ne s’agit donc pas d’une poussée historique de la gauche de la gauche, mais d’une recomposition de l’équilibre des forces en son sein.

Sur le plan politique, elle est cette fois-ci polarisée par la « locomotive » PG-PCF, alors qu’elle était plus dispersée et dominée par l’extrême gauche en 2002 (Laguiller-Besancenot), avec l’altermondialisme en 2007 (Besancenot-Laguiller-Bové). Ce n’est donc pas une avancée du point de vue des contenus, mais plutôt un retour en arrière... Or, les références « spectaculaires » à la Révolution française ne remplacent pas la faiblesse d’un projet politique pour les exploités, qui nécessiterait plus que jamais de sortir des frontières nationales pour construire une réponse européenne, dans une perspective internationale.

Mon scepticisme par rapport aux accents « souverainistes de gauche » de la campagne Mélenchon est renforcé par ces résultats. Les mobilisations spectaculaires autour de ces meetings ne se sont pas traduites par une véritable percée électorale. Mais surtout, dès le soir du premier tour, Marine Le Pen a appelé à la convergence « des souverainistes de droite avec les souverainistes de gauche » en scandant : « Ce n’est qu’un début, continuons le combat ». Sur ce terrain, en traitant le FN de « fasciste », JLM n’a pas su lui répondre de façon convaincante. Peut-on en effet combattre les progrès du FN sans combattre la fausse fenêtre d’un certain souverainisme franco-français ?

Le NPA (en réalité aussi à la LCR depuis le non au TCE) n’a pas été à la hauteur, c’est le moins que l’on puisse dire ! Il aurait dû prendre l’initiative d’une bataille unitaire autour d’objectifs sociaux antilibéraux, en refusant le registre nationaliste cocardier d’une partie du FdG. En acceptant même, le cas échéant, de soutenir une candidature non-NPA, mais sur un contenu plus clairement social, unitaire, internationaliste, écologiste et antiraciste. C’était possible, et en ne le faisant pas, le NPA a laissé la main à JLM et au PCF, comme force dominante à la gauche du PS (la grande majorité des candidatures aux législatives seront ainsi portées par le PCF !).

Pour l’avenir, il n’y a pas de priorité plus importante que de construire une force politique anticapitaliste cohérente, au programme radical et internationaliste, capable en même temps d’une politique unitaire hardie autour de batailles concrètes — sur le terrain, mais aussi dans les urnes. L’échec du NPA jusqu’ici à incarner cette priorité peut amener à d’autres recompositions dans cette perspective. Cependant, dans un tel processus, rien ne serait pire que d’accepter de facto le leadership politique du PG et du PCF en tirant un trait sur les riches traditions de la gauche du mouvement social, de la gauche internationaliste, notamment celles de la LCR.