Régionales 2010 : interview de Armelle Pertus (NPA)

, par PERTUS Armelle

Méthode. La rédaction d’Éducation Magazine a contacté les têtes de liste francilienne aux élections régionales de 2010, des principaux partis politiques. Elle a posé les mêmes questions aux différents candidats.

INTERVIEW. Quelles sont les mesures éducatives des candidats des élections régionales de 2010 ? Tête de liste du Nouveau Parti Anticapitaliste dans les Hauts-de-Seine, Armelle Pertus les décrit.

Si vous êtes élue, quelle politique mènerez-vous en matière d’éducation ?

D’une manière générale, nous avons des propositions qui s’opposent à la politique du gouvernement en matière d’éducation. Nous sommes tout d’abord contre toute subvention publique aux établissements privés. Ainsi, la Région, en plus de l’obligation légale qu’elle entend respecter en ce qui concerne le financement des établissements privés, a versé 24 millions d’euros ne rentrant absolument pas dans le cadre législatif et qui ne sont de fait que des cadeaux.

Le ministère de l’Education nationale est le premier embaucheur de précaires. De nombreux enseignants, personnels techniques... travaillent aujourd’hui dans des conditions dégradées : contrats à durée déterminée, salaire au lance-pierre. Nous exigeons pour tous ces personnels la titularisation immédiate.

Depuis la décentralisation, les personnels techniques de l’éducation nationale dépendent de la région. Or, celle-ci mène la même politique de restriction budgétaire que l’Etat et a également recours à un personnel de plus en plus précaire. Dans les établissements scolaires, les personnels techniques sont de moins en moins remplacés lorsqu’ils sont en arrêt maladie ou en congé maternité, ce qui entraîne une surcharge de travail pour les équipes et une moindre efficacité. Imaginez à quoi ressemble une salle de classe où 30 élèves ont séjourné pendant deux semaines sans que le ménage soit fait...

Les lycées dépendent de la compétence régionale. Or, beaucoup d’établissements, notamment dans les départements et les communes les plus défavorisés, sont dans un état particulièrement dégradé et nécessiteraient des réhabilitations d’envergure. Il est scandaleux de constater dans quelles conditions les élèves de la région sont parfois amenés à poursuivre leur scolarité.

Du budget de la région dépend également l’accès à la culture des élèves par le biais des sorties et des voyages scolaires. Or, le financement de ces activités est souvent difficile à réaliser. Pour certains élèves, seule l’école permet d’avoir une ouverture sur le monde. Il faudrait alors développer et faciliter ce type d’activité.

Enfin, globalement, nous nous positionnons contre le plan de suppression de 80000 postes d’enseignants d’ici à 2012 et pour le rattrapage de ceux déjà supprimés. De même, en lien avec la casse des services publics, nous nous opposons au plan de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Quelles solutions préconisez-vous pour éradiquer la violence à l’école ?

Il n’y a pas de solution miracle parce que la solution dépasse les murs de l’école. Au minimum ne pas faire de l’école un cadre sanctuarisé, normatif, sélectif et sécuritaire. Les élèves, les personnels de l’éducation n’ont pas besoin de police, les jeunes ne sont pas des problèmes en soi.

En lien avec la première réponse, on ne fait pas bien avec moins : plus de profs permettant le travail en groupes restreints, plus de pions mais aussi sortir de la logique sélective des mesures et lois de ces dernières années tendant à faire de l’école l’antichambre de l’entreprise, le sas permettant le tri, et de plus en plus précocement, entre les élèves.

L’école ne peut pas lutter contre la violence sociale. Notre société engendre une violence économique et sociale dont sont victimes également les élèves. Or, ils ne laissent pas leurs problèmes à la porte d’entrée de l’école... De plus le manque criant d’infirmières, de psychologues, d’assistantes sociales au quotidien dans les établissements ne permet pas d’anticiper et de solutionner les problèmes de certains élèves.

Qu’est-ce que la Région peut faire pour enrayer l’échec scolaire ?

Ne pas cautionner les politiques gouvernementales en matière d’éducation et de services publics : la Région ne s’est pas opposée ces dernières années aux mesures gouvernementales qui sabrent les chances de réussite de nos élèves.

Quelles aides proposerez-vous aux lycéens, notamment en matière d’orientation et de soutien scolaire ?

Il n’y a pas de solutions à court terme si on ne sort pas du cadre imposé par le gouvernement : en effet, avant de réfléchir au soutien scolaire qui de plus en plus se fait en-dehors des heures d’école (soutien après 16h, stages de remise à niveau pendant les vacances), nous continuons à penser que chaque enfant/jeune a besoin d’une prise en compte individuelle au sein d’un collectif, d’enseignants, de pair afin d’éviter toute stigmatisation. Mais la suppression massive de postes empêche une telle attitude puisqu’elle a pour conséquence des classes plus chargées, des conditions de travail obligeant à aller sans cesse plus vite au détriment de la qualité de l’enseignement. Tout ça en ayant en permanence la ligne fatidique des évaluations, du diplôme, en perdant de plus en plus de vue le droit à l’erreur.

Concernant l’orientation, il s’agit de savoir en vue de quel objectif on pose cette question. Pour nous, l’école ne doit pas être le premier pas dans l’entreprise. En d’autres termes, chacun doit pouvoir, à partir du lycée et encore à la fac choisir la filière de son choix sans conditionnement avec une professionnalisation ultérieure. Pour nous, le fossé entre travail manuel et travail technique est une vision élitiste qui tend aujourd’hui à réduire de plus en plus la culture générale en filière pro quand l’étude de la matière et le maniement des objets régressent tant en école primaire qu’en collège.

Enfin, concernant les filières de formations ou d’apprentissage, telles qu’elles sont aujourd’hui, c’est une main-mise du patronat sur les CFA. Plus encore, plus de la moitié du budget annuel de la Région est parti en appels d’offre ouverts au privé. Là encore, l’égalité des droits ne peut être tributaire des desseins des patrons. Ce secteur doit donc être entièrement public.

Les conseils régionaux doivent également s’opposer fermement à la suppression programmée des CIO et des conseillers d’orientation-psychologues qui sont les seuls personnels qualifiés et formés pour aider à l’orientation des lycéens.

Serait-il envisageable que la région finance la création de postes surveillants dans les lycées franciliens ?

Il serait déjà envisageable que la Région titularise tous ceux et celles qui travaillent déjà comme surveillants, certains, certaines depuis de nombreuses années, leur offrant ainsi un statut social stable.

Par ailleurs, le financement par les régions des postes de surveillants renvoit à la question des inégalités territoriales. Nous refusons catégoriquement le scénario qui voudrait que certaines régions, dont les revenus sont plus élevés, puissent fournir un encadrement adulte aux élèves supérieur à d’autres régions, qui elles, n’auraient pas la manne financière pour entretenir le nombre de surveillants qui conviendrait.

L’Etat doit garantir l’égalité entre les régions et les surveillants doivent en dépendre administrativement. Mais là encore le gouvernement, au nom de la logique budgétaire, se désengage de sa mission puisque depuis 2004 22000 postes de surveillants ont été supprimés...

P.-S.

Écrit par Marie Da Silva.