Philippe Poutou, l’évité des médias

, par RAGUET Alexandre

Comme vous le savez, le NPA sera présent aux prochaines élection présidentielle et législatives. C’est Philippe Poutou, ouvrier dans l’automobile (chez Ford) qui portera les idées du parti anticapitaliste comme en 2012. Ce billet vise à montrer à quel point cette candidature est oubliée, pour ne pas dire méprisée par les médias.

Les freins ne manquent pas pour empêcher le NPA de faire entendre son message, une autre vision du monde lors du scrutin présidentiel. En premier lieu, l’obligation d’obtenir 500 parrainages d’élus (petits maires dans la grande majorité des cas) afin de pouvoir être candidat est un véritable parcours du combattant.

En 2012, Philippe Poutou et le NPA avaient obtenu plusieurs dizaines de signatures de plus que nécessaire. Mais désormais, les règles sont plus compliquées : c’est le maire lui même qui doit envoyer les documents à la préfecture, alors que jusqu’à maintenant, les militants allaient les recueillir eux-mêmes (et comme le dit l’adage « On est jamais mieux servit que par soi-même »). De plus, les noms des élus qui parrainent des candidats seront automatiquement rendus publics (alors qu’avant 500 noms étaient rendus publics après un tirage au sort). Seulement, si cette mesure peut paraître anecdotique, elle est au contraire terrible, car nous savons que de nombreux élus ne parrainent pas par peur des représailles des « grands » partis qui font des menaces aux subventions.

En ce moment-même, des centaines de militant-es du NPA sont donc sur les routes de France pour trouver des promesses de signatures pour Philippe Poutou. Cela représente du temps, de l’argent, une dépense d’énergie considérable. Notons de plus que nos adversaires politiques (FN, LR, PS) n’ont pas à dépenser cette énergie, étant dans des grands partis, ils ont des parrainages à en revendre... Mais le plus déprimant (pour le NPA), c’est qu’il n’est même pas sûrs d’obtenir les parrainages. Cette règle anti-démocratique devrait être remplacée par un parrainage citoyen (100.000 signatures d’inscrits sur les listes électorales par exemple – on peut débattre du nombre). En attendant, les militants vont à la chasse aux parrainages durant leurs weekends, leurs congés…

Mais l’inégalité entre les candidats ne s’arrête pas aux parrainages. Philippe Poutou est l’évité des plateaux télés, des émissions radios et même de la presse papier. Il arrive de le voir de temps en temps, mais jamais dans des émissions de grandes écoutes, et jamais très longtemps [1]... Pourtant, les représentants du FN, de la droite, du PS, se bousculent sur les plateaux. Lorsqu’il y a des débats « importants », les « spécialistes » - sociologues, criminologues, politistes, économistes, philosophes – sont eux-mêmes, sans forcément être affichés comme tels, des représentants des idées des partis capitalistes dominants. I-télé a poussé le vice jusqu’au bout en invitant Philippe Poutou sur son plateau... lors de la deuxième mi-temps du match France-Allemagne en demi-finale de la coupe d’Europe. En fait, on l’invite quand personne ne regarde. C’est aussi pour cela que le NPA publie des journaux, qu’il a un site, qu’il fait des vidéos : mais cela n’est, pour le moment du moins, pas suffisant.

Face à un tel traitement, mis à part Acrimed (voir note 1), puis les Inrocks [2], les médias alternatifs ou indépendants ne s’intéressent pas au problème. Y compris Mediapart. Le problème est pourtant grand. Il en va du semblant de démocratie qui existe encore dans ce pays, alors que dans le même temps, l’État d’urgence ne cesse d’être prolongé, réduisant toujours plus nos libertés.

De plus, sur le fond, la campagne Poutou, qui mêle radicalité anticapitaliste et recherche de fonctionnement collectif, loin de la personnalisation, mérite un intérêt particulier à l’heure du rejet de la politique, de la mobilisation sur la loi travail, et de l’émergence des Nuits debout.

Dans ce contexte, avoir les 500 parrainages est vital pour le NPA. Cela obligera les médias à inviter son candidat, Philippe Poutou, à égalité avec les autres (pendant 2 semaines au lieu de 5 avec le changement de loi).

Rien que pour cela, ça vaut la peine d’aller voir les élus. Pour entendre autre chose que la vomissure, le mensonge et la fatalité.

Pour entendre un camarade ouvrier, dire qu’il y a de l’espoir, dire qu’un autre monde est possible.

Alexandre Raguet,
Poitiers, le 26/07/2016.