Irlande

Les H-blocks sont vides

, par TERRIN Mireille

Les H-blocks, ces baraquements en forme de H de la prison de Long Kesh à quelques kilomètres de Belfast, ont fermé en août, les derniers prisonniers ayant été libérés fin juillet.

La fin des H-Blocks est une étape symbolique pour le mouvement républicain. C’est là que sont morts en 1981 les 10 grévistes de la faim, volontaires de l’IRA et de l’INLA, qui revendiquaient la reconnaissance de leur statut de prisonniers de guerre. C’est en grande partie dans les cages de Long Kesh que 15 000 prisonniers républicains ont effectué 100 000 années de prison pendant les trente dernières années.
La libération des prisonniers a été un enjeu fondamental des négociations qui ont abouti à l’accord du Vendredi saint d’avril 1998. Sa réalisation, malgré les hoquets dans l’application des accords, est une victoire sur l’establishment britannique, dont Margaret Thatcher était le porte-parole zélé. Elle voulait que les prisonniers républicains soient traités comme des criminels de droit commun, et c’est pourtant non seulement avec Sinn Féin, mais aussi avec l’officier de l’IRA commandant des prisonniers de Long Kesh que le gouvernement britannique a négocié.
Il reste cependant des prisonniers, 5 volontaires accusés du meurtre d’un policier d’Irlande du Sud et des militants d’organisations qui refusent les accords, comme l’IRA de la continuité (CIRA) et Real IRA (l’ « IRA véritable »).

Règlements de comptes entre loyalistes

La saison des marches en Irlande du Nord est toujours une période très tendue. Les orangistes paradent pour célébrer leur victoire de 1690 sur les Irlandais au nom de la tradition et tous les ans, tout aussi traditionnellement, les bandes loyalistes assiègent des quartiers nationalistes. Depuis 1998, le dialogue s’est instauré et cette année, les marches se sont déroulées sans incident majeur. Mais chez les loyalistes les plus extrémistes, la pilule a été amère. Les attaques contre les enclaves nationalistes proches de quartiers protestants ont déjà provoqué l’exode de plusieurs dizaines de familles à Belfast.
La frustration et l’absence de perspectives dans le camp loyaliste les entraînent actuellement dans une guerre intestine qui a déjà fait plusieurs morts ces derniers jours. L’UDA (Ulster Defence Association) et l’UFF (Ulster Freedom Fighters), deux milices armées liées à l’extrême droite, le DUP de Ian Paisley, ont attaqué et incendié le siège du PUP (Progressive Unionist Party), branche politique de l’UVF (Ulster Volunteer Force). De réplique en vengeance, le bilan s’est alourdi si vite que l’armée britannique a refait son apparition à Belfast pour patrouiller dans le bastion loyaliste de Shankill Road. La police a même arrêté Johnny Adair, très fier de son surnom de Mad Dog (« chien enragé »), célèbre chef de bande de l’UFF et trafiquant de drogue, pour le renvoyer quelques temps derrière les barreaux, dans l’espoir de désamorcer l’escalade. Les causes de la rivalité entre les deux bandes sont diverses. Politiques puisque l’UFF et l’UDA sont en fait contre les accords et à deux doigts de rompre le cessez-le-feu, alors que l’UVF et le PUP en restent fermement partisans. Mais aussi mafieuses : le champ de pouvoir s’étant considérablement réduit pour les loyalistes ces dernières années, la bataille pour le contrôle des quartiers ouvriers protestants bat son plein.

Démilitarisation

Les contrôles policiers sur Shankill Road ont permis d’intercepter des voitures bourrées d’armes. L’exigence de remise des armes par l’IRA avait failli faire capoter tout le processus de paix. Mais le désarmement des milices loyalistes n’est toujours pas à l’ordre du jour. Les policiers de la RUC sont toujours aussi nombreux et le rapport Patten, qui préconise une police multiculturelle et allégée, continue à rendre furieux les unionistes.
Quant à l’occupation militaire britannique, si elle s’est faite discrète dans les grandes villes (à part le bourdonnement incessant des hélicoptères), elle est omniprésente dans les régions frontalières, surtout dans South Armagh. À Crossmaglen, un village rendu célèbre par sa résistance à l’occupation, le fort qui empiétait sur la place du village a été détruit en juillet. Mais à quelques mètres derrière, la caserne est toujours là, au centre du village, et les hélicoptères décollent et se posent sans cesse.