Chili : 40 ans après, l’Unité Populaire d’Allende toujours d’actualité

, par GAUDICHAUD Franck

Fête de l’Humanité. Concert spécial de Zebda et très nombreux débats. 40 ans jour pour jour après le coup d’Etat de Pinochet, le Chili d’Allende est l’une des grandes thématiques de la Fête. Entretien au Village du monde avec Franck Gaudichaud, co-président de l’association France Amérique Latine.

Qui a traversé le village du monde n’a pas pu manquer le quarantième anniversaire du coup d’état au Chili. Après l’hommage à Victor Jara par Zebda, le thème du Chili a fait l’objet d’un long et passionnant débat au Village du Monde. Entretien avec Franck Gaudichaud, auteur d’un livre sur l’Unité Populaire* et co-président de l’association France Amérique Latine qui vient de sortir une revue consacrée au Chili et à l’Uruguay 40 ans après leurs coups d’Etat.

  • Vous venez de publier un livre Chili 70-73, les mille jours qui ébranlèrent le monde (Presse Universitaire de Rennes). De quoi parlez-vous dans ce livre ?

Franck Gaudichaud. C’est un livre qui est issu d’un long travail de terrain dans le cadre d’une thèse de doctorat. Il a ensuite été remanié et actualisé. Sur la base des archives, de la presse de l’époque et d’entretiens avec des acteurs de l’époque, j’ai voulu voir ce qui se passait à la base de la société, notamment dans les cordons industriels (ou ceintures industrielles) de Santiago et les quartiers populaires, pendant le gouvernement de Salvador Allende.

  • Vous participiez ce samedi soir à un débat sur « le Chili, 40 ans après ». Pourquoi les questions posées par le gouvernement de l’Unité Populaire semble revenir dans l’actualité ?

Franck Gaudichaud. Quarante ans après, il y a de grandes thématiques qui reviennent au centre des mouvements sociaux et de la politique, au Chili. Après 17 ans de dictature et plus de 20 ans de démocratie néolibérale, des grands sujets débattus par l’Unité Populaire sont au cœur des mouvements actuels, comme par exemple la nationalisation des ressources naturelles, l’éducation publique et gratuite, ou la redistribution des richesses. La nouveauté c’est aussi qu’on parle d’assemblée constituante pour mettre fin à la constitution de Pinochet qui est encore en vigueur.

  • Lors du débat auquel vous avez participé, la politique du Parti Communiste Chilien a beaucoup été discutée. Pourquoi ?

Franck Gaudichaud. Le débat qui traverse la gauche et les mouvements populaires chiliens, que l’on retrouve à la Fête de l’Humanité, s’inscrit dans le cadre des élections présidentielles et législatives de novembre prochain. C’est la question de la réorganisation d’une gauche de combat et comment. Les critiques portent sur la décision du Parti Communiste de former une alliance avec la Concertation qui a gouverné le pays pendant 20 ans et souvent de façon néolibérale. Le Parti Communiste espère peser en faveur d’un processus constituant et sortir ainsi du système hérité de la dictature. Mais les mouvements sociaux craignent de perdre un appui si les communistes entrent dans le gouvernement de Bachelet (Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et favorite pour l’élection présidentielle de novembre. Elle a actuellement un discours plus à gauche que ce que son gouvernement avait réalisé, n.d.l.r.)