Un escroc couvert par le système

, par ROLLINAT Robert

Un nouveau scandale financier, qualifié « d’historique », a éclaté aux États-Unis. Il concerne un gérant de fonds d’investissement de Wall Street, Bernard Madoff. Avec Madoff, pas de finance sophistiquée, mais le bon vieux mécanisme de la cavalerie. Depuis près de 40 ans, Madoff Investment Securities collecte, en Europe et aux États-Unis, des fonds auprès de riches clients, en leur faisant miroiter des taux d’intérêt élevés, bien supérieurs à ceux du marché. Il en paye ensuite les intérêts avec les capitaux apportés par de nouveaux clients (on appelle cela la finance « pyramidale »). Tout va bien, jusqu’à ce que certains gros clients, crise financière oblige, décident de récupérer capital et intérêts.

Le scandale éclate alors : les gestionnaires privés, mais aussi les banques qui ont souscrit aux « produits Madoff » pour leurs clients, constatent les pertes et l’étendue de l’escroquerie. Plusieurs grandes banques européennes et françaises — dont Natixis (pour 450 millions d’euros) et BNP-Paribas (pour 350), mais le décompte des pertes n’est que provisoire — sont touchées (au moment même où elles quémandent l’argent de l’État pour se recapitaliser).

L’affaire Madoff met directement en cause les autorités boursières et monétaires, car l’organe de contrôle de la Bourse américaine n’a rien vu venir. Et on comprend vite pourquoi : Madoff a présidé le Nasdaq, la Bourse des valeurs technologiques. Il appartenait lui-même au Gotha de la finance, considéré comme une personnalité « de confiance ».

Une fois de plus, on va demander des « sanctions », de nouvelles « régulations », de la « transparence » et de la « morale » pour les marchés de la finance. En fait, la morale de la finance est celle du capitalisme : celle du profit maximum. Les affaires et la spéculation y sont étroitement liées, les usuriers y devenant facilement escrocs. C’est bien le système dans son ensemble qui est en cause, et qu’il faut radicalement changer.