La rentrée du PCF

Immobilisme, quand tu nous tiens...

, par JOHSUA Samuel

Après le résultat désastreux de sa liste « d’ouverture » aux élections européennes, le PCF a semblé frappé d’hébétude. Les causes évoquées étaient externes : Kosovo, « effet dioxine ». C’était court, et ce fut tout. Un long silence des dirigeants succéda, qui, pour l’essentiel, dure toujours. Sauf pour indiquer que « la ligne générale » n’est pas en cause, et qu’il faut accélérer et approfondir « la mutation ».

Les difficultés immédiates s’accumulent, mais sont de plus en plus négligées au profit d’un débat « de fond » qui a tout d’un débat superficiel. Le PCF semble croire que l’annonce vaut l’action. Bien de ses « sensibilités », critiques dans un passé récent, ne paraissent pas échapper à cette langueur. Les refondateurs par exemple qui, après avoir indiqué que « l’ouverture » n’était pas en cause, affirment que la question est de savoir sur quelles options de fond elle se réalise. Mais ils se contentent d’accumuler les questions sans soumettre de réponse au débat, paraissant gagnés par le discours de la direction qui affirme que « ça doit venir des gens ». Cela fait maintenant un bon nombre d’années que « les gens » sont questionnés. Peut-être serait-il temps de faire un bilan de ces « réponses », et de s’engager dans une ligne, ce qui, après tout, est le rôle de tout parti, même « en mutation ». Ce n’est pourtant pas pour demain, car les contradictions du parti peuvent ainsi en permanence être renvoyées à celles « des gens », et le manque de répondant de ces derniers aux avances d’un parti pourtant « ouvert » prouver combien il est impossible d’agir.
Cette façon de procéder a une fonction bien précise : déconnecter le débat sur « la mutation » de celui sur les choix stratégiques de la période, et réduire le bilan historique à une question de look. Si bien que le PCF s’enfonce dans l’immobilisme de manière caricaturale. Si la parole est libre, la possibilité d’influer sur les choix est toujours aussi réduite. Le soutien au gouvernement échappe au débat (« les gens » soutiennent Jospin, que peut-on faire d’autre ?). Comme, d’une manière générale, les rapports historiques à la social-démocratie. Pire : alors que tout ce secteur de l’opinion se demandait comment, après l’échec des européennes, le PCF pourrait renouveler son discours critique vis-à-vis de la politique gouvernementale, voilà que Hue fait sa rentrée en cognant sur les Verts.
Si bien que le PCF et ses militants paraissent tourner en rond, à une vitesse qui va en s’accélérant. Les proclamations antilibérales et anticapitalistes se font de plus en plus virulentes, en témoigne la participation de nombreux secteurs à l’association ATTAC. L’attention au « mouvement social », pour ses apports théoriques et politiques, pour sa dynamique et sa radicalité, égale celle de la LCR, n’était l’antériorité de cette dernière dans ce domaine. On cherche à renouer les liens avec la jeunesse, en modifiant le langage et le style. Mais comment combiner tout cela avec la politique du gouvernement Jospin ? Comment ignorer le surgissement d’une force électorale à l’extrême gauche, du même ordre de grandeur que celle du PCF ? Mystère. La question de la place d’un PC, contesté sur sa gauche, à côté d’un PS sûr de lui et hégémonique, est laissée de côté, alors même qu’elle est d’une importance décisive pour saisir les difficultés du parti. Il n’y a pas place en France pour deux grands partis de gestion à gauche, surtout dans les conditions dramatiques qu’impose la globalisation libérale.
Et c’est bien la voie de la soumission au PS (par exemple lors des prochaines échéances électorales) qui est mise en uvre. Le choix du repliement sectaire et du retour nostalgique à un passé mythifié, qui est celui de nombre « d’opposants de gauche » au sein du PCF, serait une impasse encore plus étroite. Et si quelques signes existent de la recherche d’une issue d’avenir (comme le montre le texte soumis à la signature à l’initiative de militants parisiens), ils demeurent faibles pour l’instant. Si ces coordonnées générales se maintiennent, on ne voit pas dans l’immédiat comment le déclin du PC pourrait être enrayé ou ralenti.