Le PCF et nous...

No future

, par DUVAL François

Rouge clôt ici, avec ce dernier point de vue, la série d’articles consacrés au congrès du PCF.

En un mois, la LCR et Rouge ont consacré au congrès du PCF 8 pages entières et un quatre-pages spécial. C’est beaucoup. Et révélateur. Imagine-t-on Rouge consacrer la moitié de ces dizaines de milliers de signes à un congrès du PS ou à une assemblée générale des Verts ? À l’évidence non ! Il est vrai que ces organisations n’ont fait, respectivement, que 22% et 9% aux dernières élections européennes (à comparer aux 6% du PCF)... Diverses considérations peuvent expliquer ce choix.
Incontournable, le PCF ? Une analyse lucide ne peut que conduire à la conclusion inverse. En 30 ans, il a perdu des centaines de milliers de militants. Son électorat a été divisé par 4. Replié sur des bastions menacés, il n’a plus un caractère véritablement national. Son emprise sur des couches salariées déterminantes n’est plus qu’un souvenir. L’effondrement de l’Empire l’a privé de tout projet. Sa survie n’est plus assurée qu’à l’ombre de la social-démocratie. Enfin, son influence dans la jeunesse est en chute libre, sensiblement inférieure à celle de l’extrême gauche, pourtant fort modeste.

Étrange fascination-répulsion...

La référence permanente à la nécessité pour la LCR d’avoir une démarche « spécifique » en direction du PCF ne laisse pas d’étonner. Démarche « spécifique » ? Démarche « privilégiée », répond l’écho ! La mythologie a la vie dure : le « Parti » c’était le PCF, le « Syndicat » c’était la CGT, la référence (négative) au socialisme c’était l’URSS. Cette vision était déjà réductrice il y a 30 ans. Elle nous a retardé dans l’analyse de la remontée du PS, du poids grandissant de la CFDT ou de l’émergence des Verts. Elle est aujourd’hui obsolète. Pire, elle entretient l’idée que notre tâche principale consisterait à arracher le mouvement ouvrier à l’emprise du PCF, en lui disputant l’héritage d’un improbable passé commun...
Vis-à-vis des documents soumis au congrès du PCF, deux attitudes symétriques sont possibles, également improductives : considérer qu’il s’agit de « bonnes questions » ou, à l’inverse, dénoncer la dérive réformiste. La première approche ignore délibérément qui pose les questions, « d’où ils parlent ». Alors que nous savons : c’est depuis la gauche plurielle et gouvernementale qu’ils parlent ! S’interroger sur de « nouveaux rapports public-privé », sur le « dépassement du capitalisme » ou la possibilité que l’actionnariat salarié « prenne des formes plus progressistes » est peu innocent quand on participe à un gouvernement qui « réfléchit » à l’épargne salariale, refuse l’augmentation des minima sociaux et privatise plus que les gouvernements de droite !
Mais la deuxième approche a aussi ses limites : lorsque le PCF regrette « d’avoir focalisé l’attention sur le moment brusque de la prise du pouvoir », on sent bien la volonté d’assumer « théoriquement » son réformisme. En sommes-nous pour autant quittes d’une réflexion sur la stratégie révolutionnaire dans les sociétés développées ? Comment apprécions-nous l’affirmation selon laquelle « il y a rupture de Lénine à Staline. Mais Lénine a partagé certaines des conceptions qui ont joué un rôle indéniable dans les drames ultérieurs » ? Remords tardif de décennies de stalinisme, aboutissant à rejeter Lénine avec Staline ? Certes, mais un peu court ! Car nous-mêmes ne sommes pas fermés à la thèse exprimée par la seconde partie de la citation.

Rééquilibrer notre vision

Traiter sérieusement certaines questions posées au sein du PCF est un enjeu, car elles ont une pertinence intrinsèque. Mais cela n’implique nullement qu’il faille le faire prioritairement dans un dialogue avec le PCF ! Les débats qui le traversent nous intéressent ? Oui, au même titre que ceux qui traversent les mouvements sociaux, le PS ou les Verts. Dans la proportion même de leurs poids respectifs dans la société, notamment dans la jeunesse.
Le PCF a longtemps exprimé (et dévoyé) une certaine radicalité sociale. En l’absence d’alternative crédible, il n’y a pas de raison de se réjouir de son déclin irréversible. Evitons en revanche d’être entraînés dans le naufrage. La menace du déclin peut aussi atteindre le courant révolutionnaire. Mener la confrontation prioritairement avec l’équipage du Titanic n’est pas la meilleure manière d’y faire face.