Entretien

Les objectifs du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et le débat interne du Parti socialiste

, par BESANCENOT Olivier

Interview de M. Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, au Figaro le 27 juin 2008, sur les objectifs du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), et sur le débat interne du Parti socialiste.

  • LE FIGARO. Quel est l’objectif du Nouveau Parti anticapitaliste ?

Olivier Besancenot. Le constat qu’on fait, c’est qu’il y a aujourd’hui des milliers de syndicalistes, de militants associatifs, de travailleurs qui ne se reconnaissent pas ou plus dans les partis traditionnels. Nous cherchons donc, à travers ce nouveau parti, à donner une traduction politique aux résistances et luttes sociales qui se sont raffermies depuis que Nicolas Sarkozy est président de la République.

  • LE FIGARO. En refusant systématiquement toute alliance avec la gauche parlementaire, ne craignez-vous pas de vous enfermer dans une posture de simple contestataire ? Donc, à court terme, de décevoir vos sympathisants.

Olivier Besancenot. Au contraire ! Pour essayer de ne pas décevoir les nouvelles espérances qui sont en train de s’affirmer, on revendique haut et fort notre indépendance vis-à-vis de la direction du Parti socialiste. Le seul moyen de redonner confiance à des milliers de gens, c’est de faire comprendre qu’il y a une nouvelle force politique qui compte peser et contester l’hégémonie du PS sur le restant de la gauche.

  • LE FIGARO. Le NPA aura-t-il donc des listes autonomes à chaque élection ?

Olivier Besancenot. Nous nous présenterons bien évidemment systématiquement à toutes les élections. Mais nous pensons que le peuple doit aussi peser en dehors des élections, par exemple dans les luttes. Car, tant que la scène politique restera un théâtre réservé à des responsables qui vivent de la politique, les besoins des classes populaires ne seront pas satisfaits. En effet, ils font ce qu’exige le vrai pouvoir qui est le pouvoir économique. Chercher à peser de l’intérieur dans de nouvelles alliances avec un Parti socialiste qui s’inscrit de plus en plus dans le cadre de l’économie de marché ne peut déboucher que sur une impasse. Nous sommes pour fédérer les luttes, celles, par exemple, contre les centres de rétentions, l’autonomie des universités, ou encore la suppression des régimes spéciaux des cheminots...

  • LE FIGARO. Vous-même, serez-vous candidat aux prochaines élections européennes ?

Olivier Besancenot. Pour l’instant, je n’en sais strictement rien. Quant à la question des candidatures et de l’orientation générale, nous prendrons nos décisions définitives lors du congrès de fondation du nouveau parti qui aura lieu en décembre ou en janvier au plus tard. Mais il est clair que cette échéance sera importante pour la construction d’une gauche anticapitaliste européenne qui se bat pour une autre Europe sociale et démocratique, dans le prolongement du non irlandais et du prochain Forum social européen qui se tiendra cette année en Suède.

  • LE FIGARO. Abandonnez-vous toute référence au trotskisme et à la révolution ?

Olivier Besancenot. Ce parti ne sera pas trotskiste mais ouvert aux différents apports du mouvement ouvrier et des luttes d’émancipation. Par exemple, pour le féminisme ou l’écologie. Il se battra pour une transformation révolutionnaire de la société.

  • LE FIGARO. Que pensez-vous du débat interne du PS ?

Olivier Besancenot. Ce débat est complètement à côté de la plaque et des préoccupations de la population. Les socialistes se sont en effet déjà mis d’accord sur l’essentiel. Dans leur déclaration de principes, ils se situent clairement dans l’économie de marché. Appelons un chat, un chat : quel que soit le candidat qui sera élu à la direction de leur parti, ils sont pour un système capitaliste. Ils ont le mérite de la clarté et de la cohérence par rapport à ce qu’ils avaient fait quand ils étaient au pouvoir ! Raison de plus pour assumer notre indépendance.

  • LE FIGARO. En attendant, certains dirigeants du PS vous accusent de faire le jeu de la droite. Voire d’être pour Sarkozy ce que Le Pen fut pour Mitterrand !

Olivier Besancenot. Qu’ils accusent ! Je trouve ça nase. Ils agitent le chiffon rouge pour faire peur et surtout ne pas se remettre en cause. Expliquer que le problème de la gauche aujourd’hui c’est le NPA est à la fois maladroit et faux politiquement. Le PS n’a pas eu besoin de nous pour se planter ! Mais je leur retourne le compliment : ceux qui font le jeu de la droite, ce sont ceux qui courent derrière elle, avant, pendant, et après les élections.

  • LE FIGARO. Le Parti socialiste a créé une cellule de veille sur vous. Ça vous fait sourire ?

Olivier Besancenot. Le PS ferait mieux de surveiller le programme du gouvernement, qui rentre progressivement en application, plutôt que de surveiller l’espace politique qui lui échappe à sa gauche !