Entretien de Christian Picquet (LCR) pour l’association « Pour la République Sociale »

, par PICQUET Christian

Pourquoi était-ce important pour vous de venir à la convention de « Maintenant à gauche ! », le 24 Novembre à Paris ?

Premièrement, pour moi, c’est un prolongement d’un dialogue que nous avons commencé il y a deux ans à l’occasion de la sortie de nos livres sur la question de la République et deuxiemement, parce qu’il y a un an nous battions les estradesensemble pour le rejet du TCE. Et à cette occasion, nous avons fait une double démonstration : le libéralisme est minoritaire en France ; les politiques d’accompagnement à gauche du libéralisme étaient en opposition par rapport aux attentes du peuple de gauche. Aujourd’hui, ce dialogue en 2004, cette campagne en 2005, d’une certaine manière, on en retrouve les enjeux dans l’actuel mouvement contre le CPE.

Vous êtes membre de la direction nationale de la LCR. La question de la République est-elle pertinente dans votre organisation ?

Je suis encore loin d’avoir convaincu tous mes camarades. Je pense qu’il faut que la tradition politique qui est la mienne se réapprorie un débat d’un siècle dans le mouvement ouvrier dont Jaurès a été l’une des expressions, à savoir la question de la République était un enjeu du combat social. L’exigence républicaine les formes qu’elle a prise en France ne peut s’expliquer indépendammant des combats qui l’ont porté du fait que le mouvement ouvrier naissant puis le mouvement ouvrier dans sa force du 20e ont en permanence renouvelé cette exigence républicaine. Quand on veut faire de la politique à gauche, quand on ne veut pas se dérober aux enjeux, il faut prendre à bras le corps un problème comme la République à un moment où le capitalisme veut revenir sur les conquêtes sociales des 60 dernières années mais veut aller plus loin remettre en cause 2 siècles de combat pour l’émancipation. Les libéraux vous disent aujourd’hui qu’il faut en revenir avec le Robespierrisme, les acquis de la Révolution française. Quand on veut faire de la politique à gauche, on ne peut pas se dérober face à cet enjeu. Je mène ce débat à la LCR. Ce débat progresse. Finalement, pour moi, la question de la République, c’est la question de la démocratie. Et la question de la démocratie, c’est la question de la souveraineté du peuple.

Quelle union des gauches souhaitez-vous ?

L’union des gauches face à la droite pour la battre, pas de problème. En revanche, on ne pourra pas unir dans la même coalition dans le même gouvernement, des gauches qui sont porteurs de projets totalement différents. Aujourd’hui, il y a à gauche un projet qui consiste à accompagner en la limitant à l’offensive libérale. Pour Ségolène Royale, il faut adapter la France au modèle de Tony Blair. Et il y a une autre orientation. Celle que nous avons défini lors de la campagne du NON qui est de dire : il faut oser la rupture. Sinon, on ne sera pas à la hauteur de ce qu’exprime dans les urnes, dans la rue et dans les grèves la population de ce pays. Aujourd’hui, plus que d’unir les gauches dans une coalition ou dans le même gouvernement, il s’agit de faire en sorte que la gauche de rupture devienne hégémonique à gauche. C’est cela l’enjeu fondamental.

Quel contenu au projet alternatif au libéralisme proposez vous ?

Je vois 3 grands piliers :

  • priorité à l’humain ce qui passe par une remise en cause de la concurrence, de la course au profit, du dogme pour la rentabilité maximale pour l’actionnaire
  • redistribution des richesses et mouvement d’appropriation sociale qui passe par une remise en cause du sacro-saint principe de propriété capitaliste
  • démocratie : le peuple doit revenir souverain et puisse retrouver la maitrise de son destin.