L’Humanité des débats

Une bataille pour le monde du travail

, par KRIVINE Alain

C’est un véritable coup de force contre la démocratie qui se prépare, avec la décision de Sarkozy de faire ratifier le traité européen par le Congrès de Versailles et non par le peuple. En 2005, la majorité absolue des électeurs s’était prononcée contre le projet de constitution alors que les deux tiers des élus y étaient favorables. Qu’à cela ne tienne, Sarkozy applique sa promesse électorale de ne plus faire appel au peuple pour faire passer le nouveau texte qui reprend l’essentiel du projet rejeté, mais en plus compliqué… En revanche, en décidant de boycotter le Congrès de Versailles, la majorité de la direction du PS viole ses propres engagements de référendum et elle le fait en plus avec hypocrisie. Sans doute une façon particulière d’appliquer la « démocratie participative » chère à Ségolène Royal ?

Une fois de plus et malgré l’opposition d’une partie de ses militants et sympathisants, la direction du PS va servir d’auxiliaire à Sarkozy en s’opposant à sa politique plus sur la forme que sur le fond.

Alors il n’y a plus une minute à perdre pour se mobiliser. D’abord dans une bataille démocratique qui doit être la plus large possible pour imposer un référendum, et ensuite pour se donner les moyens de rejeter cette Europe capitaliste incarnée dans le nouveau traité. Nous savons que la mobilisation est plus difficile qu’en 2005, et beaucoup de gens pensent que c’est trop tard et ont d’autres préoccupations. Mais c’est notre tâche de montrer que la guerre lancée par Sarkozy contre le monde du travail marque la traduction des exigences de l’Union européenne, et qu’il y a un lien entre notre opposition au traité et nos résistances à la politique du MEDEF.

La victoire du « non » au référendum a été celle du « non » de gauche et elle fut exemplaire. Mais elle a mêlé indistinctement ceux qui voulaient s’opposer à Chirac, les inquiets du libéralisme ou les adversaires du capitalisme. Et il n’est pas étonnant de voir certains de nos alliés du « non » de gauche se taire, voire, dans le PS, se rallier aujourd’hui sans trop de problème de conscience aux partisans du « oui ». Preuve est ainsi faite que pour s’opposer à Sarkozy, ce qu’il nous faut c’est une gauche de combat, unitaire certes, mais refusant toute compromission.

P.-S.

Article paru dans L’Humanité, édition du 12 janvier 2008.

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