Entretien avec Christophe Aguiton

, par AGUITON Christophe

A un an de la victoire du Non, quel bilan politique faites-vous ?

Je pense que la victoire du Non a démontré une fois de plus que la majorité des Français refusaient le néo-libéralisme sur le plan économique. Cette démonstration a été confirmée avec la lutte contre le CPE. Il s’agit maintenant, avec tous les enjeux des échéances électorales, de le cristalliser sur le plan électoral et d’éviter une dispersion à gauche du Parti Socialiste qui nous conduirait à donner au PS, qui se laisse malheureusement dominer par les idées néo-libérales, l’hégémonie totale sur la gauche.

Pensez-vous que le rassemblement antilibéral de gauche qui vient de se construire peut être majoritaire dans les urnes en 2007 ?

Je l’espère ! Je n’en sais rien, mais dans tous les cas ce qui se passera en 2007 sera décisif pour la suite. On est dans une période de grande instabilité en Europe comme dans le reste du monde, et même si en 2007 le « vote utile » pour la Parti Socialiste sera probablement au rendez-vous, comme on l’a vu en Italie ou en Espagne, le fait d’être capable de construire une force importante ensemble, que ce soit avec des militants du Parti Socialiste, des Verts, de l’Extrême gauche, du Parti Communiste ou du mouvement associatif ou syndical, ce sera clé pour la suite. Car on voit à quel point il y a un rejet des formes traditionnelles de la politique et une aspiration à des choses à la fois plus radicales dans le contenu et plus novatrices dans la forme et dans la possibilité d’associer des citoyens lambda, des gens « ordinaires » à la vie politique. C’est ce qu’on a pu faire pour le 29 mai 2005 et c’est ce qu’il faut qu’on soit capable de réussir pour les élections de 2007 et la suite.

Pensez-vous que les différentes composantes du non de gauche, qui ont permis cette victoire le 29 mai, ont une responsabilité commune ?

Oui. En particulier il leur sera reproché à juste titre d’avoir gâché la chance de s’unir, c’est ça la clé de l’affaire. C’est de savoir si, de PRS à la Ligue, en passant par le PC et toutes les petites forces, les centaines de milliers de gens qui sont investis dans la lutte, il y a la possibilité de travailler ensemble. Evidemment les forces organisées ont une responsabilité particulière. Le PS peut refuser de s’unir.

Est-ce qu’aujourd’hui il ne manque pas justement un appareil politique réunissant les différentes composantes ?

Je pense qu’il faudra construire quelque chose de nouveau. La différence entre votre tradition et la mienne, c’est que je pense que les forces traditionnelles doivent vraiment changer profondément et que ce n’est pas simplement en reconstruisant une nouvelle forme dans les classiques manières de faire qu’on résoudra la question. Donc il faudra probablement penser quelque chose de nouveau, y compris dans la façon de faire de la politique et dans la façon de s’organiser. C’est tout l’enjeu de nos discussions dans les mois et les années à venir.

Comment faire en l’absence de parti ?

C’est compliqué et ça l’est d’autant plus qu’il faut bien élire des gens. La représentation et la délégation sont aujourd’hui rejetées par beaucoup de gens. Si on prend le dernier mouvement social, le CPE, c’était frappant. On voyait à la télé Chérèque ou d’autres mais à la base, dans les coordinations, il n’y avait plus de porte parole, ce n’était plus les Assouline ou tous ceux qu’on avait vu en 86 et par la suite. Il y a aujourd’hui un refus de la délégation, la volonté de maîtriser son propre avenir directement, une sorte de souci de démocratie directe. C’est compliqué à gérer, il n’y a pas de miracle, je ne suis pas en train de dire qu’on va réinventer les choses si facilement. Mais en tout cas, il y a là un enjeu considérable.