Etudiants étrangers : les dangers du projet de création d’un « Centres d’Etudes en France »

, par CASTAING François

Le Conseil d’administration de Paris VIII a longuement débattu du projet concernant les CEF ( Centre d’études en France) visant à une forme de pré-filtrage consulaire pour les inscriptions des étudiants étrangers. L’affaire est présentée comme une mesure de facilitation des procédures. Plutôt que l’étudiant ( pour licence, master ou doctorat) s’adresse directement à l’université pour postuler une inscription, puis ensuite, si accord, engage les procédures de visas et titre de séjour, il est proposé, « pour nous aider », que les services consulaires soient le point de passage de ces demandes, qu’ils les recensent en examinant leur « cohérence scientifique », qu’ils émettent un avis favorable ou défavorable concernant l’obtention du visa, avant de laisser l’université accéder au dossier.

Plusieurs problèmes d’importance :

  • il y a un grave risque de confusions voire d’abandons de compétences des universités
  • qui jugent sur le plan académique une candidature - au profit des services consulaires, d’autant que la convention négociée par la CPU et proposée aux universités est silencieuse sur la délimitation précise de ces compétences
  • les critères des services consulaires peuvent être directement liées à des critères politiques concernant une immigration choisie par exemple, ou liée à des logiques diplomatiques et, ce faisant, amener les universités à se calquer sur ceux-ci
  • l’adhésion aux CEF est une adhésion globale et ne permets pas de faire de distinction entre les pays signataires ; elle est assortie d’une logique d’exclusivité qui fait qu’un étudiant d’un pays adhérent au CEF ne pourrait plus s’adresser directement aux universités
  • les CEF prévoient trois choix pour les étudiants y compris de master, ce qui est beaucoup plus limitatif actuellement.

Cela ne signifie aucunement que nous ne soyons pas préoccupés par la situation actuelle qui est souvent difficile. Nous ne doutons pas que pour certains étudiants, la procédure proposée pourrait faciliter les choses. Mais le problème général reste entier et ouvre la voie à des logiques qui nous semblent contraire à l’esprit d’ouverture scientifique à l’international des universités françaises.

Toutes les universités françaises sont sollicitées pour adhérer aux CEF. Il semble que 34 universités aient adhéré sans que cela n’ait donné lieu à un véritable débat. Nous espérons que la prise de position de Paris VIII pourra donner lieu à un sursaut dans les universités.

François Castaing, Paris VIII


Prise de position de l’université de Paris 8

Le CA a voté le 1er juillet 2006 à l’unanimité le texte suivant :

"Le Conseil d’administration de l’Université Paris 8 a pris connaissance du projet créant les Centres d’Etudes en France et en a étudié les implications.

Il exprime ses craintes que, sous sa forme actuelle, le système des CEF n’implique un transfert important, vers les autorités consulaires, des compétences propres aux universités et souhaite que la sélection scientifique des dossiers des étudiants demeure la prérogative des universitaires.

Il s’inquiète par ailleurs du risque que l’exclusivité accordée aux CEF pour les procédures d’inscription des étudiants étrangers ne conduisent ces centres à se soumettre à des logiques gouvernementales différentes de la logique universitaire.

Il refuse donc l’adhésion aux CEF et souhaite que d’autres universités s’associent à Paris 8 pour obtenir des modifications sensibles de ce projet, afin de mieux garantir le respect de leurs compétences tout en améliorant et simplifiant les procédures d’inscription des étudiants étrangers."