La crise, quelle crise ?

, par BÉNIES Nicolas

Le monde capitaliste a eu peur. Alan Greenspan, le président de la FED, la banque de réserve fédérale américaine, n’a-t-il pas déclaré que cette crise a été la crise financière la plus importante que le monde ait connu depuis la crise de 1929 ? La France ne semble pas avoir pris conscience de cette réalité, tétanisée par la méthode Jospin, sans parler de la méthode Coué de DSK, Dominique Strauss-Kahn, le ministre de l’économie et des finances. Pourtant, malgré la reprise des cours de la Bourse, en ce qui concerne les pays capitalistes développés, les stigmates de la crise restent présents, et ses cendres sont loin d’être éteintes.
Le faible taux d’inflation enregistré en septembre (0,5%) et en octobre (0,4%), pour la France – c’est la même situation en Allemagne – est là pour en témoigner. Cette baisse des prix industriels et agricoles – chute des cours du porc, mais aussi de toutes les matières premières, en premier lieu du pétrole, moins 40% en un an – provient directement des effets de la surproduction. Toute la production fabriquée ne se vend pas, faute de l’augmentation suffisante du marché final entraînant une guerre des prix. Chaque firme transnationale doit prendre des parts de marché aux autres pour survivre, baisse ses prix et, pour conserver ses profits, baisse plus encore le coût du travail en élargissant la flexibilité et l’intensification du travail occasionnant par la même une souffrance au travail, comme le démontre tous les rapports récents. La spirale descendante est en place. Dans le même temps, et toujours pour
répondre à la surproduction, les fusions et acquisitions se succèdent dans toutes les branches d’industrie, faisant, dans un premier temps, monter les cours de la Bourse tout en ouvrant la porte à des restructurations externes, des suppressions d’emploi, et interne par la réorganisation du processus du travail. En France la loi sur les 35 heures est utilisée à cette
fin.
La crise financière semble désormais limitée, fin novembre 1998. C’est une illusion. La crise des pays d’Asie du Sud Est se poursuit. La récession est profonde et exige comme condition de sortie de définir un nouveau modèle de développement, un nouveau régime d’accumulation. Le Japon se trouve dans la même situation. Son plan de relance a eu comme
conséquence de creuser le déficit budgétaire qui atteint 10% du PIB – indicateur de création de richesses -, lui-même en baisse. Le Brésil est toujours sur la sellette, malgré l’aide massive du FMI – Fonds Monétaire International - et des Etats-Unis. Les capitaux spéculatifs continuent de déserter ses places financières et le plan d’austérité déclenchera une récession. La Fédération de Russie n’en finit pas de commencer sa crise financière, sans que personne ne voit se profiler la sortie. L’Europe de l’Ouest s’est trouvée jusque là à l’abri non pas grâce à l’Euro – qui n’existe pas encore – mais par l’intermédiaire de la hausse du dollar qui a fait baisser le mark et toutes les autres monnaies européennes, permettant aux pays de l’Europe de l’Ouest de gagner des parts de marché et d’augmenter leurs exportations. La baisse du marché mondial devrait faire chuter la croissance en Europe de l’Ouest, d’autant que les derniers chiffres de l’INSEE montrent une baisse de la consommation des ménages qui ne pourra pas prendre le relais.
Les 2,7% de croissance que le gouvernement a prévu pour 1999 et qui « cale » le budget, risque de ne pas se réaliser. Le volontarisme – comme l’a déclaré Jospin – ne suffit pas à convaincre, surtout lorsque la conjoncture se dégrade. Le débat sur le contexte économique est d’autant plus vital qu’il détermine les politiques économiques à mettre en oeuvre. Poursuivre dans la voie de la politique d’austérité comme l’impose le traité d’Amsterdam – qui reprend tel que le traité de Maastricht – est non seulement une erreur sociale mais une faute économique.

Le 26 novembre 1998.

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