Thierry Jonquet, Rouge c’est la vie

, par KINDO Yann

  • Thierry Jonquet, Rouge c’est la vie, Seuil, Paris, 1998, 173 pages.

A priori, il s’agit d’un roman, puisque c’est ce qu’indique la couverture.
Mais on ne se méfie jamais assez des à priori, et il faut plutôt prendre ce livre pour ce qu’il est réellement, à savoir non pas une autobiographie, mais un témoignage, le récit d’une tranche de vie(s). C’est cela, en fait, dont il s’agit, avec deux vies pour une seule tranche...
Thierry Jonquet est auteur de — très bons — romans policiers, mais aussi ancien militant de la Ligue Communiste, et fondateur de Ras l’front. Dans ce livre, il nous conte en fait une histoire toute simple, celle de sa rencontre avec la femme qu’il aime. Et il nous retrace pour cela leurs deux itinéraires militants parallèles. Des parallèles qui, une fois n’est pas coutume, finiront par se croiser...
Au-delà de l’intérêt romanesque de ce récit, c’est cette description d’univers militants qui nous intéresse ici. Dans les rangs de la gauche sioniste pour elle, au sein du mouvement trotskyste pour lui. Et, grâce
au talent de conteur de Jonquet, on dévore avec avidité toute une foule d’anecdotes, qui nous éclairent sur ce que l’on pourrait appeler des « cultures militantes ». Le lecteur plonge ainsi au coeur d’une « ambiance », qui est celle des organisations d’extrême-gauche issues de Mai 68. Avec au programme : activisme étudiant, débats théoriques, ambitions de prolétarisation, etc. Un aspect particulièrement marquant de ce point de vue de la « culture militante » est la description du passage de l’auteur à Lutte Ouvrière, qui peut pour le chercheur constituer une source intéressante sur cette organisation difficile à appréhender...
Ainsi, ce vrai-faux carnet de souvenirs, au-delà de son insoutenable
suspense — vont-ils finir par se rencontrer ? — peut être pris avec profit comme un utile témoignage sur le « gauchisme » postsoixante-huitard. En plus, on échappe avec satisfaction à l’amère nostalgie ancienne combattante qui donne trop souvent le ton aux entreprises de ce type, notamment en période de commémoration. Bien au contraire, ce petit livre très rouge, conformément à son titre, exhale quant à lui une forte odeur de vie.

P.-S.

Article paru dans Dissidences, n° 1, décembre 1998, p.30-31.

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