PS comme… Père Samuel ?

, par TONDEUR Alain

Incroyable mais vrai : les plus hautes autorités – PS – de la Ville de Charleroi et de la Région Wallonne ont cautionné l’inauguration en grandes pompes de l’église du Père Samuel, un prêtre intégriste, guérisseur et exorciste, qui fait de la politique... et plaît à l’extrême-droite.

Le Père Samuel en 1994
© Photo de Manuel Abramowicz.

Début décembre, les images de l’inauguration de la nouvelle église du Père Samuel à Montignies-Sur-Sambre ont littéralement crevé les écrans de Télésambre, la chaîne locale ! En effet, au premier rang des fidèles, les téléspectateurs ont clairement reconnu le ministre président de la Région wallonne – Jean-Claude Van Cauwenberghe, le bourgmestre de Charleroi – Jacques Van Gompel, l’ex-rédacteur en chef du Peuple – Jean Guy (passé à Ecolo !) et le bourgmestre PSC de Dinant – Furneaux (le seul à être à sa place en cette galère, et encore !).

Toutes ces personnalités avaient cru bon de répondre à l’invitation du prêtre intégriste qui ouvrait au public les portes de l’ancien couvent des récollets, racheté pour la bagatelle de seize millions de francs. C’est là dorénavant, et plus dans une grange de Viesville, que le Père Samuel (exclu de l’Eglise catholique) donnera ses messes en latin, chassera le démon par ses exorcismes et guérira les malades par apposition des mains (moyennant rétribution). Le bourgmestre a coupé le ruban, et le ministre-président a pris la parole dans le chœur pour saluer le prêtre et ses ouailles.

Pourquoi les dirigeants du PS carolo ont-ils cautionné un gourou fondamentaliste qui semble sorti tout droit du Moyen Âge ? Par électoralisme, tout simplement ! Le Père Samuel est populaire. Il draine derrière lui des milliers de gens modestes frappés de plein fouet par la misère matérielle et par la perte du lien social. Le Père Samuel est « social ». En août dernier, il était reçu par l’échevine des affaires sociales, Evelyne Huart, à qui il remettait – très médiatiquement – 120 000 francs et des vivres pour le Resto du Coeur. Et le Père Samuel... fait de la politique : depuis l’échec de sa propre liste (liste S.A.M.U.E.L. au Sénat en 1995), il appelle systématiquement à voter PS.

On aurait tort de ramener l’événement à un quelconque dérapage bouffon. En effet, l’affaire est très révélatrice du petit jeu dangereux des dirigeants PS qui courent derrière leur électorat le plus populaire sans se poser de question sur le contenu idéologique de certains phénomènes de société, sur la dynamique politique de ceux-ci et sur les conséquences à moyen et long terme.

L’activité du Père Samuel est une action « globale », à la fois caritative, sociale, idéologique et politique. Chacune de ces facettes est une manifestation de la foi. En d’autres termes, Charles Boniface (c’est son vrai nom) est un pur représentant de l’intégrisme catholique le plus réactionnaire. Le monde, pour lui, doit être régi par la loi de Dieu, pas par celle des Hommes. Tout le monde connaît le passage des Evangiles qui fait la part des choses entre ces deux pouvoirs : il faut « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Or, quand Samuel cite cette phrase, c’est pour ajouter que « la politique n’est rien si elle n’est pas religion ». Autrement dit, la politique n’appartient pas à « César » (pouvoir des hommes) : il faut la rendre à Dieu... dont Charles Boniface est le serviteur, sinon le représentant.

Le Père Samuel fait de la politique dans un tout autre registre que les partis. Son registre à lui est incompatible avec celui des partis, avec la conception moderne de l’Etat laïc et avec beaucoup d’autres choses encore (la lutte de classe et les droits des femmes, entre autres). De ce point de vue, il n’y a aucune différence entre son intégrisme et les autres intégrismes religieux, quels qu’ils soient. Sous ses dehors folkloriques, charismatiques, populistes, et au-delà de ses déclarations ponctuelles, le Père Samuel incarne un projet d’essence réactionnaire. C’est pourquoi il est inadmissible que des partis politiques « normaux » lui apportent la moindre caution. Il faut le combattre intelligemment, c’est-à-dire en prenant bien garde de ne pas agresser ou ridiculiser ses fidèles, et dans le respect de la liberté religieuse.

Tout cela est l’abc pour les gens de gauche qui ont un minimum d’éducation politique. C’est l’abc aussi pour l’extrême droite. Or, les liens entre celle-ci et le Père Samuel sont discrets, mais ils existent. La Ligue Chrétienne Belge, organisation raciste, nationaliste, intégriste et négationniste, dont le président parlait au meeting de premier mai du FN à Charleroi l’an dernier, a cédé ses avoirs au Père Samuel, lors de sa dissolution en février 2000. Au conseil communal de Charleroi, le jeudi 20 décembre, la conseillère Nicole Vandemaele a mis les preuves sur la table. Le bourgmestre, tout en avouant son ignorance sur la LCB, a répondu sur un ton arrogant en renvoyant dos à dos la gauche radicale et l’extrême-droite. « Je n’ai pas à justifier ma présence » lors de l’inauguration de l’Eglise du Père Samuel, a-t-il ajouté avant de conclure que « rejeter le Père Samuel serait aussi faire preuve d’intégrisme ».

Les fidèles du Père Samuel ne sont pas seuls à ne plus savoir à quel saint se vouer. Le PS carolo les suit !

P.-S.

Article paru dans La Gauche, édition du 7 janvier 2002.
Rédiffusé sur le site Résistances (observatoire de l’extrême-droite en Belgique).