Les élections au Zimbabwe

, par ZEILIG Leo

La victoire du MDC aux élections législatives du 29 mars a été une prouesse extraordinaire pour une opposition qui, pendant des années, s’était trouvée divisée et paralysée par l’inaction. Le 2 mai, la commission électorale était finalement contrainte d’admettre que Tsvangirai avait battu Mugabe à l’élection présidentielle, même s’il n’avait pas obtenu les 51 % requis pour éviter un deuxième tour.
Mais ces résultats dissimulent une réalité bien plus remarquable. Il y a
eu dans les zones rurales une véritable révolution électorale. Les
bastions du parti au pouvoir, tenus depuis les premières élections
multiraciales de 1980, sont tombés pour la première fois aux mains de
l’opposition. Alors que le MDC a gagné la plupart de ses sièges dans
des zones urbaines, le parti a également triomphé dans les provinces, jusque là tenues par le ZANU-PF, de Manicaland et de Masvingo. Le MDC s’est déclaré vainqueur aussi bien des élections présidentielles que des élections législatives. Selon les calculs du parti, les résultats donnaient 50,3 % des voix à Tsvangirai contre 43,8 % à Mugabe aux élections présidentielles, donc au-delà du seuil en dessous duquel il devait y avoir un second tour. Tsvangirai et son secrétaire général, Tendai Beti, ont donné des douzaines d’interviews aux médias mondiaux, déclarant que le MDC était désormais le gouvernement constitutionnellement élu. Malgré tout, le parti invitait à la prudence, Tsvangirai exhortant « le peuple à rester calme... nous devons plutôt déconseiller toute réaction opportuniste... et en fin de compte ils
doivent attendre... que les résultats soient connus. » S’il y avait besoin
d’une direction prenant des décisions, le « peuple » était alors amèrement déçu.

Répression

La classe dirigeante s’est trouvée plus divisée qu’à n’importe quel moment ces dernières années. Mais une fois le ZANU-PF revenu de sa défaite surprise, la répression s’est abattue contre l’opposition. De nombreuses forces construites dans le passé pour défendre le régime ont été ressuscitées. Les vétérans de guerre ont été utilisés pour procéder à des saisies à grand spectacle de quelques fermes blanches restantes. Pendant que le régime aggravait la répression, le MDC appelait à l’intervention étrangère, « pour tenter de persuader ce régime qu’il n’a aucune légitimité. » Mais la fenêtre d’action était désormais fermée. Le ZANU-PF déchaîna son appareil répressif dans une tentative de se maintenir au pouvoir. Cette violence a été justifiée au nom de l’antiimpérialisme et de l’indépendance. À l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance, le 18 avril, Mugabe a appelé les Zimbabwéens « à maintenir la plus grande vigilance face aux odieuses machinations des Britanniques et de nos autres détracteurs, qui sont des alliés de la Grande-Bretagne ». Début juin, 50 personnes au moins avaient été tuées, des milliers avaient été chassées de leur domicile et beaucoup de militants avaient été brutalisés.

La défaite de Mugabe et du ZANU-PF devrait être le motif de grandes réjouissances, non seulement pour ceux qui ont tant souffert du régime, mais aussi pour les militants du monde entier. L’espace politique créé par un nouveau gouvernement donnerait aux forces radicales d’immenses opportunités nouvelles pour résister à l’ingérence des gouvernements occidentaux, des multinationales et du FMI et de la Banque mondiale. Cette alternative politique, qui a déjà d’importants partisans au Zimbabwe, doit être basée sur l’extraordinaire puissance de la classe ouvrière de la région.

L’action de la classe ouvrière

Le 16 avril, la nouvelle s’est répandue de l’arrivée d’un cargo chinois, propriété de l’armateur d’Etat COSCO, dans le plus grand port de
containers d’Afrique méridionale, Durban, en Afrique du Sud. Le navire
était porteur de 3 millions de cartouches et de 1.500 roquettes
destinés au Zimbabwe. Le gouvernement sud-africain a expliqué qu’il ne pouvait rien faire ; il s’agissait là du transfert légal d’une cargaison qui avait déjà été payée par un Etat souverain voisin. Le problème, c’est que l’Etat souverain en question était en train d’essayer de truquer les élections et d’écraser l’opposition. Le syndicat des ouvriers
transporteurs (Satawu) a alors refusé de décharger le navire ; tandis que les chauffeurs affiliés à la Satawu annonçaient qu’ils ne transporteraient pas la cargaison par la route. Le navire est resté paralysé en « ancrage extérieur », au-delà des limites du port. En quelques jours, les syndicats ayant des membres dans les ports proches du Zimbabwe les imitèrent : le Mozambique et la Namibie refusaient également de décharger les armes. Le navire a été contraint de faire route vers l’Angola, où les dockers « montèrent la garde » pour s’assurer que les 77 tonnes d’armements n’étaient pas déchargées.

L’opposition doit se détourner des négociations bidons menées par
le président d’Afrique du Sud T. Mbeki, qui n’ont rien apporté d’autre
qu’un répit pour le régime de Harare. La solidarité démontrée par le
mouvement syndical nous offre, elle, la perspective excitante d’une
alternative dans l’action de masse de la classe ouvrière régionale. Non
seulement de telles forces pourraient mettre à la poubelle la dictature de Mugabe, mais elles pourraient aussi s’opposer aux programmes
d’ajustement structurel et de néolibéralisme dans toute la région. Une telle politique doit être organisée, argumentée et construite. Au Zimbabwe, cela se fera avec ceux qui ont voté massivement pour le
MDC lors des élections de mars.