Victor, Emile, Georges, Fernand et les autres… Regards sur le syndicalisme révolutionnaire

, par GAY Vincent

  • Victor, Emile, Georges, Fernand et les autres... Regards sur le syndicalisme révolutionnaire, Actes du colloque de Nérac pour les cent ans de la Charte d’Amiens, sous la direction de Michel Pigenet et Pierre Robin, Éditions d’Albret, 2007.

En novembre 2006, l’association « Les amis du Vieux Nérac » organisait un colloque à l’occasion du centenaire de la charte d’Amiens. C’est en effet dans cette petite ville du Lot-et-Garonne qu’est né Victor Griffuelhes, secrétaire général de la CGT de 1901 à 1909 et co-rédacteur avec Emile Pouget de la charte adoptée par le congrès confédéral d’Amiens en 1906. La diversité
des contributions rassemblées dans les actes de ce colloque permet de saisir le contexte qui présida à l’adoption de la charte et de s’imprégner des débats du mouvement ouvrier et du syndicalisme du début du XXe siècle. Au-delà des polémiques sur les rapports entre partis et syndicats, qui n’est qu’une dimension de la charte, les contributions resituent le congrès de 1906 en regard du syndicalisme à l’échelle mondiale et de la situation politique, à la fois internationale — le congrès a lieu quelques mois après la Révolution russe de 1905 — et française, marquée par des évolutions dans les organisations socialistes et anarchistes. Par ailleurs, la (re)découverte de courants et de militants, aujourd’hui souvent oubliés, permet de saisir la complexité du mouvement ouvrier, et par exemple la diversité des orientations qui traversent les socialistes. L’ancrage local des organisateurs du colloque favorise aussi des rappels historiques sur les luttes sociales qui agitent le sud de la France à l’époque, notamment la grève des ouvriers agricoles du Languedoc. Enfin, les annexes donnent à voir l’appréciation des deux co-rédacteurs de la charte d’Amiens sur ces évènements.
Le titre de l’ouvrage résume assez bien son ambition. Non pas une histoire exhaustive, minutieuse quant à un évènement ponctuel, mais un panel de points de vue sur une époque souvent mal connue des historiens et des militants ; car, au-delà de la définition des tâches du syndicalisme, l’époque est marquée par une intense activité du mouvement syndical et des organisations socialistes après leur fusion dans la SFIO en 1905. C’est dans ces combats et ces débats que se forgent des pratiques et des orientations syndicales, jusqu’à ce que la Première Guerre mondiale percute le mouvement ouvrier et en enrôle une partie sous la bannière de l’Union sacrée. C’est alors une autre histoire qui s’ouvre.