La constitution du mouvement altermondialiste français

, par MATHIEU Lilian

Les écrits consacrés à l’émergence du mouvement altermondialiste français oscillent entre deux tendances opposées. La première est celle du surgissement de l’inédit, qui envisage l’apparition de la contestation altermondialiste en termes de radicale nouveauté. Souvent soucieuse d’identifier l’événement fondateur de la mobilisation (au choix le démontage du McDonald’s de Millau ou les manifestations de Seattle), cette lecture en valorise les traits les plus novateurs, tels que la jeunesse des militants, l’inventivité de leurs formes d’action ou l’usage de technologies innovantes (comme Internet) [1]. À cette première tendance — qui relève de ce que Verta Taylor appelle une « conception immaculée » des mouvements sociaux [2] — s’opposent les études de type généalogique qui, à l’inverse, portent l’accent sur ce que l’altermondialisation doit aux mouvements qui l’ont précédée et sur lesquels elle s’est construite : loin de surgir du néant, celle-ci serait l’héritière ou la continuatrice de mobilisations antérieures, et spécialement de la vague contestataire des années 1990 [3].

La seconde grille de lecture est de toute évidence la plus heuristique pour comprendre l’émergence du mouvement altermondialiste, et notre propre démarche s’inscrit résolument dans cette perspective. Mais pour pertinente qu’elle soit, l’approche généalogique n’est pas exempte de périls. Le premier écueil est celui d’une régression cherchant — et trouvant le plus souvent, mais au prix de l’anachronisme — dans des passés militants ou organisationnels des « traces » ou « germes » annonciateurs de la critique altermondialiste en des temps où celle-ci n’existait pas encore [4]. Le second est inhérent à une vision téléologique de l’histoire des mobilisations antérieures à l’altermondialisation : celles-ci ne pouvaient que déboucher sur la constitution du mouvement contre la mondialisation libérale, au sein duquel elles auraient en quelque sorte trouvé, en s’unifiant, leur aboutissement et leur achèvement. Une analyse attentive des recompositions de l’univers contestataire des années 1990 invite à remettre en cause cette « presque trop belle continuité » [5] : le cheminement historique qui conduit des mobilisations de la décennie passée à l’altermondialisation se révèle à l’examen beaucoup plus tâtonnant et aléatoire que le laissent entendre les récits linéaires.

Le présent article tente d’échapper à ces deux écueils en envisageant l’émergence, à la toute fin des années 1990, du mouvement altermondialisation comme le produit des recompositions de l’espace des mouvements sociaux français, espace qui s’est lui-même autonomisé et consolidé au cours de la décennie précédente. Quatre aspects de ces recompositions seront ici privilégiés : la reconfiguration des réseaux organisationnels ; la diffusion de nouveaux instruments intellectuels de critique du néo-libéralisme ; la problématisation des frontières avec le monde syndical et le champ politique partisan ; le passage de la contestation à un niveau international.

La reconfiguration de l’espace des mouvements sociaux

Dans sa réflexion sur les cycles de contestation, Doug McAdam distingue les mouvements « initiateurs » — qui annoncent et enclenchent une vague de protestation élargie — et les mouvements « suivistes » (spin off movements) qui, se basant sur le modèle et les acquis des initiateurs, s’engagent à leur tour et contribuent ainsi à poursuivre en l’élargissant le cycle contestataire [6]. Le mouvement des droits civiques aurait représenté un tel initiateur dans les États-Unis des années 1960, servant de référence et de source d’inspiration aux divers mouvements (étudiant, féministe, pacifiste, homosexuel, amérindien...) qui l’ont suivi.

La vague contestataire française des années 1990 ne correspond pas à ce modèle dans la mesure où elle a davantage pris la forme d’un surgissement de mouvements hétérogènes trouvant tardivement une forme relative et incomplète d’unification dans l’altermondialisation. Il s’avère en outre difficile de distinguer « initiateurs » et « suivistes » au sein de cet ensemble, et si certaines causes ont bénéficié d’une meilleure visibilité et sont apparues comme davantage « avant-gardistes », cela n’a été que conjoncturel et n’a jamais induit entre elles de claire hiérarchisation. La décennie passée a ainsi été rythmée par une série de temps forts, correspondant à des mobilisations particulières de chaque mouvement : premières actions spectaculaires d’Act Up dès 1989, occupation de la rue du Dragon par Droit au logement (DAL) en 1994, marche sur Paris d’Agir ensemble contre le chômage (AC !) en 1994, manifestation féministe de novembre 1995, grèves contre le plan Juppé et pour la défense du service public de décembre 1995, occupation de l’église Saint-Bernard par les sans-papiers pendant l’été 1996, pétition contre la loi Debré à l’hiver 1997, grande manifestation contre le Front national à Strasbourg au printemps 1997, occupations d’antennes ASSEDIC et ANPE par les chômeurs de la fin 1997... Cette vague de mobilisations, en rupture avec l’atonie militante de la décennie précédente, a indiqué que, sans devenir écarlate, le fond de l’air reprenait tout au moins des couleurs [7]. Elle a surtout témoigné de ce que certains ont appelé un retour de la question sociale [8]. Malgré leurs différences, ces mouvements ont en commun une dénonciation de la précarité croissante des fractions socialement et économiquement les plus fragilisées de la population — une précarité dont nombre de mouvements étaient disposés à attribuer la responsabilité aux politiques néolibérales de déstabilisation du monde du travail et de démantèlement de l’État providence. Elle a aussi signalé la tendance à la fermeture de l’espace partisan de gauche sous le double effet de l’effondrement du Parti communiste et de la conversion, engagée depuis le « tournant de la rigueur » de 1983, du Parti socialiste à la défense de l’économie de marché et à la privatisation du secteur public. Participent, enfin, de ce processus les recompositions du champ syndical, que nous évoquerons plus loin.

Cette vague de mobilisations peut être analysée comme relevant de l’autonomisation et de la consolidation d’un espace des mouvements sociaux, c’est-à-dire d’un univers de pratique et de sens distinct au sein du monde social — et distinct notamment du champ politique partisan — à l’intérieur duquel les différents mouvements sont unis par des rapports fluctuants d’interdépendance [9]. L’autonomisation de cet espace se repère spécialement au développement de son autoréférence, sensible dans la propension des militants à se référer au « mouvement social » (au singulier) comme acteur unifié susceptible de peser, par son action, sur le cours de la vie sociale et politique. Sa consolidation s’est réalisée au travers des liens que les différentes organisations qui le composent ont tissés les unes avec les autres, que ce soit dans la conduite de leur action routinière (l’aide aux étrangers malades assurée en partenariat par des associations de défense des immigrés et de lutte contre le sida, par exemple), lors de phases d’intense mobilisation (présence d’Act Up lors des occupations d’églises des sans-papiers ou d’antennes de l’ANPE par les chômeurs, ralliement des mouvements de « sans » aux grévistes de décembre 1995...), ainsi qu’au travers d’appels rassemblant les signatures de multiples organisations et personnalités (« Appel des sans » de décembre 1995, « États généraux du mouvement social » de l’automne 1996, appel « Nous sommes la gauche » d’avril 1997, etc.).

Favorisées en outre par la multipositionnalité de certains responsables agissant comme des « courtiers » (brokers) [10], ces interconnaissances et connexions étroites entre mouvements ont constitué le socle sur lequel s’est construite la principale organisation altermondialiste française, Attac. Le collège des « personnes morales » fondatrices de cette association est à ce titre éloquent, en ce qu’on y trouve bon nombre d’organisations phares de la contestation des années 1990 : AC !, APEIS (Association pour l’emploi, l’information et la solidarité), CADAC (Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception), Droits devant !!, DAL, MNCP (Mouvement national des chômeurs et précaires) ainsi que, dans le champ syndical, FSU (Fédération syndicale unitaire) et Union syndicale G10-Solidaires (qui regroupe les différents SUD).

Si elle en constitue la facette la plus visible et la plus notoire, la naissance du mouvement altermondialiste est cependant loin de se résumer à la reconversion de cette configuration organisationnelle dans une thématique nouvelle — la contestation de la mondialisation libérale — à même de les rassembler par sa plus grande généralité. En premier lieu parce que l’altermondialisation ne naît pas seulement de la coalition des mobilisations contre la précarité des années 1990, mais a aussi été rendue possible, et dans une certaine mesure préparée, par une série d’organisations — écologistes et tiers-mondistes, principalement — nées de l’effervescence militante des années 1960-1970 et qui ont tant bien que mal poursuivi leur activité dans le contexte de démobilisation des années 1980. C’est le cas de l’AITEC (Association internationale des techniciens, experts et chercheurs), du CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), du CRID (Centre de recherche et d’information sur le développement) ou encore, pour l’écologie, des Amis de la Terre, toutes fondatrices d’Attac [11]. Ces associations ont fourni à l’altermondialisation naissante les ressources de leur vision globale des questions en jeu (dette, environnement...) et de leurs contacts avec des experts ou militants d’autres continents. Ensuite parce qu’un certain nombre de mouvements emblématiques de la vague contestataire des années 1990 se sont tenus à distance de l’altermondialisation. Cela est le cas d’Act Up qui, si elle partage nombre de préoccupations altermondialistes (les inégalités Nord-Sud et les enjeux de propriété intellectuelle, très présents dans les politiques d’accès aux médicaments contre le sida), ne fait pas partie des associations fondatrices d’Attac et s’est peu investie dans les Forums sociaux. Une des raisons pourrait être une différence d’attitude à l’égard des institutions internationales que, à l’opposé des altermondialistes, Act Up considère moins comme des adversaires que comme des leviers susceptibles d’être activés par un intense lobbying.

Une dernière raison de relativiser la continuité entre les mobilisations des années 1990 et l’altermondialisation réside dans le caractère tâtonnant, et non linéaire, des voies de convergence des différentes causes. S’il est rapidement apparu à la plupart des mouvements que le niveau national était insuffisant pour la conduite de leur action, l’ajustement au niveau mondial ne s’est pas imposé d’emblée mais a un temps été concurrencé par le niveau européen. Ainsi, c’est en se constituant sur une base européenne (Marches d’Amsterdam en 1997 et de Cologne en 1999) que s’est d’abord internationalisé le mouvement des chômeurs. C’est également sur une voie européenne que Pierre Bourdieu avait orienté, par son appel « Pour un mouvement social européen » [12], sa tentative de rassemblement de syndicats et de mouvements nationaux, confiant dans l’idée que « les entreprises et les organisations européennes gardent un poids déterminant dans l’orientation du monde » [13].

Les appuis intellectuels de la critique altermondialiste

Un autre point sur lequel la genèse du mouvement altermondialiste se distingue du modèle des cycles contestataires proposé par McAdam est qu’on n’y rencontre pas la construction, par un mouvement initiateur, d’un « cadre dominant » (master frame) que les « suivistes » adopteraient à leur tour en l’ajustant à leurs propres enjeux de lutte [14]. La critique de la mondialisation libérale — que M. Ancelovici appelle le cadre « politique contre marchés globaux » [15] — joue certes le rôle d’un tel cadre dominant, apte à rassembler dans une dénonciation commune une multiplicité de causes antérieurement dispersées. Mais, loin d’être présent dès les premières phases du cycle, ce « cadre » n’est apparu et ne s’est diffusé que tardivement, à partir des années 1997-1998. Plutôt qu’une condition de l’impulsion d’un cycle de protestation, comme l’avancent McAdam, Snow et Benford, la diffusion d’un cadre dominant apparaît davantage comme un effet du développement et de l’unification de l’espace contestataire [16].

Une seconde raison de s’écarter de la perspective de McAdam tient, plus fondamentalement, aux faiblesses de l’application de la théorie goffmanienne des cadres de l’expérience à l’étude des mouvements sociaux [17]. Les « cadres » qu’identifient les sociologues de l’action collective apparaissent bien souvent comme des constructions idéelles réifiées, dont le statut — productions stratégiques des acteurs ou conceptualisations du sociologue — reste indécis [18]. Comprendre comment la dénonciation de la mondialisation libérale s’est imposée comme une grille de lecture susceptible d’unifier une grande diversité de mouvements impose plutôt de se pencher sur les acteurs et les lieux concrets de son élaboration, c’est-à-dire, plus précisément, sur la zone d’intersection entre l’espace des mouvements sociaux et le champ intellectuel.

Car, et c’est un des traits les plus notables de ce mouvement, l’altermondialisation compte dans ses rangs une majorité de personnes à fort capital culturel, et laisse une large place à l’expertise. Peut-être davantage que sa forme réticulaire, soulignée par Luc Boltanski et Ève Chiapello [19], l’engagement sur le terrain intellectuel est l’expression la plus significative de l’isomorphisme (relevé par ces mêmes auteurs) qui unit le capitalisme contemporain à sa critique. Face à un néolibéralisme promu auprès des gouvernements par des think tanks influents [20] et légitimé par une pléthore de prix Nobel d’économie, il est apparu important à ceux qui refusaient de se résigner au TINA (« there is no alternative ») libéral de s’engager sur ce même terrain de l’expertise en élaborant des contre-arguments à même (de démontrer et de dénoncer les conséquences néfastes de la « dictature des marchés ».

En témoigne la floraison, à partir du milieu des années 1990, des observatoires, clubs de réflexion et autres fondations rassemblant militants et intellectuels, et qui se sont donné pour tâche l’analyse des dégâts du néolibéralisme — un temps désigné par l’expression de « pensée unique » — et l’élaboration de pistes alternatives : Club Merleau-Ponty (fondé en 1994), Réseau d’alerte sur les inégalités (1995), Raisons d’agir (1995), Appel des économistes pour sortir de la pensée unique (1996), Observatoire de la mondialisation (1996) ou encore fondation Copernic (1998) dont les membres, syndicalistes et universitaires, entendent « remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers » par la publication de notes thématiques. Attac elle-même est exemplaire de cette dimension intellectuelle, puisqu’elle se définit comme une « association d’éducation populaire tournée vers l’action » et s’est dotée d’un conseil scientifique « garant de la rigueur scientifique » des études qu’elle produit et diffuse [21]. Le fait que plusieurs journaux (Le Monde diplomatique, bien sûr, mais aussi Politis, Charlie hebdo ou Alternatives économiques) soient fondateurs d’Attac comme les succès de librairie d’ouvrages critiques du libéralisme [22] portent témoignage du poids des ressources intellectuelles dans la constitution de l’altermondialisation.

Des facteurs sociologiques éclairent cet engagement sur le terrain intellectuel. La dégradation des conditions d’exercice des métiers intellectuels peut expliquer, du côté des producteurs de discours altermondialistes, l’engagement croissant de jeunes chercheurs dont les possibilités de carrière se sont réduites au cours des dernières années sous le coup de réformes universitaires d’inspiration libérale. Du côté des récepteurs, l’élévation du niveau scolaire a accru les effectifs des lecteurs à même de s’intéresser aux analyses économiques. Parmi ceux-ci, les jeunes diplômés exerçant dans les secteurs de l’enseignement, de la culture ou du social, dont les statuts et les conditions d’emploi ont eux aussi connu une forte précarisation, constituent — ainsi que le révèle la composition du public du Forum social européen [23] — l’un des publics privilégiés des analyses antilibérales.

La redéfinition des frontières

On s’accordera avec Gérard Mauger pour considérer que « l’absence de définition du “mouvement social” fait [...] partie de sa définition » [24] en ce que la délimitation de ses frontières est un enjeu de lutte à l’intérieur de l’espace des mouvements sociaux. Les débats qui agitent en permanence les cercles militants pour savoir qui est — ou non — autorisé à se réclamer de l’altermondialisation contribuent ainsi, outre à la définition du mouvement, à sa relative autonomisation. Toutefois, on constate que la mouvance altermondialiste fait preuve d’une attitude contrastée à l’égard de ces deux autres univers militants distincts que sont le syndicalisme et le monde partisan : si les liens avec le premier sont recherchés, une indépendance affichée est davantage de mise à l’égard du second.

Les conséquences de la mondialisation libérale sur le monde du travail (délocalisations vers des pays à faible coût de main-d’œuvre, « licenciements boursiers » dans des entreprises réalisant pourtant de substantiels profits, démantèlement des protections de l’État social...) figurent parmi les préoccupations prioritaires de la critique altermondialiste et expliquent la recherche de connexions étroites avec les syndicats. Ceux-ci ont cependant répondu de manière différenciée à cette ouverture. La liste des « personnes morales » fondatrices d’Attac est une nouvelle fois révélatrice : si elle compte plusieurs syndicats, ceux-ci sont soit des organisations perçues comme « radicales », souvent minoritaires ou de création relativement récente (Confédération paysanne, Syndicat de la magistrature, Union syndicale G 10-Solidaires, SNUI...), soit des fédérations de branche de grandes confédérations représentatives (Fédération des banques CFDT, Fédération des finances CGT, FGTE-CFDT...), mais non ces confédérations en tant que telles.

Les recompositions en cours du champ syndical contribuent à expliquer ces différences d’intensité de l’engagement des syndicats dans l’altermondialisation. Ainsi une CGT en quête de légitimation au sein de la modérée Confédération européenne des syndicats (CES) témoigne-t-elle d’une certaine ambivalence à l’égard du mouvement altermondialiste. Certes, ce dernier partage avec elle nombre de préoccupations et revendications, mais il ne lui apparaît pas moins comme une menace, en raison « de son hétérogénéité, de la place qu’y occupent des syndicats qui lui disputent désormais le terrain de la combativité, de la présence de l’extrême gauche, de la production d’un discours plus critique que celui qu’elle entend endosser sur l’Union européenne » [25]. Les syndicats de l’Union syndicale G10-Solidaires (dont certains ont été fondés suite au départ des militants les plus critiques à l’égard du capitalisme d’une CFDT désormais convertie à l’accompagnement du libéralisme) ont en revanche trouvé dans l’engagement altermondialiste un prolongement naturel de leur volonté de défense des services publics et de la protection sociale, ainsi qu’un moyen de surmonter les limites que leur impose leur faible reconnaissance institutionnelle [26].

Les relations avec le champ politique partisan sont pour leur part marquées par une très forte ambivalence, quand ce n’est pas par une sourde hostilité témoignant d’une volonté de clôture de l’espace des mouvements sociaux. Ainsi Attac interdit-elle à ses membres de se prévaloir de leur appartenance à l’association s’ils s’engagent dans une compétition électorale, et la charte des forums sociaux adoptée en 2001 à Porto Alegre prend soin de les définir comme un « espace pluriel et diversifié, non confessionnel, non gouvernemental et non partisan » [27]. Le discrédit des partis, la crainte de la « récupération » de la critique altermondialiste à des fins électorales et la volonté de préserver un espace de militantisme « désintéressé » car dénué d’enjeux de carrière contribuent à expliquer cette fermeture à l’égard de l’univers partisan. Pourtant, cette autonomie revendiquée s’avère des plus difficile à préserver en raison de la porosité entre espace des mouvements sociaux et champ politique. Celle-ci est en partie due à la multipositionnalité de nombreux militants et responsables altermondialistes par ailleurs membres de partis de gauche ou d’extrême gauche. Elle est également liée au fait que les partis ne pouvaient rester longtemps indifférents au succès des thématiques altermondialistes et ont rapidement entrepris de se connecter au mouvement qui les porte : des comités Attac ont vu le jour à l’Assemblée nationale, au Sénat et au Parlement européen, tandis que les partis ont contourné l’interdiction d’intervenir en tant que tels dans les forums sociaux en y organisant des séminaires sous couvert de leurs organisations de jeunesse ou de leurs revues. Elle est enfin inhérente à la dépendance du mouvement à l’égard des ressources matérielles que le champ politique est souvent seul à même de lui fournir, et qui amènent les altermondialistes à louvoyer entre défiance affichée et coopération de fait. L’organisation du Forum social européen de Saint-Denis, pour s’en tenir à ce seul exemple, n’aurait pas été possible sans le soutien matériel — témoignant d’une sympathie aussi forte qu’encombrante à l’égard du mouvement — de plusieurs mairies communistes.

L’ambivalence des altermondialistes à l’égard du champ partisan a en outre tendu à s’accroître au fil du développement d’un mouvement qui, à mesure qu’il gagne en importance et en influence, éprouve de plus en plus de difficulté à se cantonner à la seule posture critique sans se risquer à mettre lui-même en œuvre les politiques alternatives qu’il promeut. Le projet de listes « 100 % altermondialistes » aux élections européennes de juin 2004 a témoigné de la détermination de certaines fractions du mouvement à « franchir le pas » en s’engageant dans la compétition électorale. Les débats houleux que ce projet a suscités (spécialement au sein d’Attac) et son abandon final indiquent toutefois que la question des rapports avec l’action politique reste une des plus sensibles à l’intérieur du mouvement, et un des enjeux majeurs de son développement futur.

Le passage à l’international

Appréhender l’émergence de l’altermondialisation comme le produit des recompositions de l’espace des mouvements sociaux français nous a pour l’instant contraint à une lecture nationale de ce processus. L’adoption de ce niveau d’analyse peut paraître paradoxal, s’agissant d’un mouvement dont les préoccupations et les revendications s’inscrivent expressément au niveau mondial. Le paradoxe s’estompe cependant dès que l’analyse se penche sur la réelle « consistance transnationale » du mouvement altermondialiste : à l’opposé de ce qu’avancent quelques auteurs pressés d’identifier l’émergence d’une « société civile mondiale », force est de reconnaître que « la plus grande part de l’activisme transnational est enracinée dans des ressources et des réseaux nationaux » [28]. Une organisation en apparence aussi « internationale » qu’Attac, désormais présente dans une quarantaine de pays, en constitue un bon exemple : l’usage d’un même nom et l’affichage de principes et objectifs communs n’empêchent pas que chaque expression nationale de l’association est dépendante des contraintes et des enjeux propres à son pays. Ainsi, être militant d’Attac est différent en France (où l’association a été créée et où elle bénéficie d’effectifs importants et d’une forte légitimité institutionnelle), au Maroc (où son poids politique et le nombre de ses adhérents demeurent restreints dans un contexte relativement répressif) et en Suède (où, après une courte phase de développement et de médiatisation, sa légitimité s’est effondrée suite aux violences de la manifestation de Göteborg en juin 2001) [29]. Le caractère transnational dont se réclame le mouvement se situe davantage dans son niveau de préoccupation et de revendication (sous forme spécialement d’imputation de responsabilité d’une situation jugée négative à des acteurs de niveau transnational, tels l’OMC? et le FMI, voire de mise en scène symbolique [30]) que dans son assise organisationnelle. Celle-ci paraît toujours plus composée de groupes locaux ou nationaux (domestic antiglobalization movements dans la terminologie de Tarrow) — en lutte contre les conséquences locales ou nationales des politiques imposées par la mondialisation libérale, mais à même de se connecter ponctuellement pour former ce que le même auteur appelle des « coalitions transnationales » — que de structures durables de stature véritablement transnationale [31].

Dans ces conditions, et plutôt que de prendre la dimension internationale de l’altermondialisation comme un donné, l’enjeu réside dans l’étude des modalités concrètes d’internationalisation — c’est-à-dire, en l’occurrence, de connexion avec des mouvements similaires d’autres pays et d’investissement de sites d’action de niveau international — d’un mouvement dont les différentes composantes restent façonnées par leur contexte politique et social national. Cette intégration du contexte à l’analyse est en outre suggérée par l’importance prise depuis une vingtaine d’années par le modèle dit de la « structure des opportunités politiques », lequel vise à rendre compte de l’influence des facteurs conjoncturels et institutionnels sur la morphologie et les chances de succès des mouvements sociaux [32]. Confrontés à une structure des opportunités « fermée », ceux-ci seront contraints à employer des formes d’action radicales pour imposer leurs revendications, tandis qu’une structure davantage « ouverte » favorisera une intégration pacifiée de leurs préoccupations par le système politique. C’est en s’appuyant sur cette conceptualisation forgée pour rendre compte d’activités contestataires de portée nationale que certains auteurs ont émis le postulat de la constitution d’une structure des opportunités politiques transnationale. L’hypothèse qui le fonde est que, soumis de manière croissante à la mondialisation, les États (et donc les structures des opportunités nationales) ne joueraient plus désormais qu’un rôle secondaire dans la vie économique et sociale des pays. En conséquence, selon Marco Giugni [33], les formes et le devenir des mouvements sociaux tendraient à être davantage influencés par la structure des opportunités transnationale qui, imposant les mêmes contraintes et offrant les mêmes opportunités aux différentes mobilisations nationales, expliquerait les similarités qui les unissent. Dans cette optique, l’internationalisation de l’altermondialisation ne serait que l’ajustement de la contestation à son vrai niveau de pertinence, celui des institutions internationales (FMI, OMC, Banque mondiale...) qui imposent leur volonté aux politiques étatiques nationales.

La transposition au niveau transnational du concept de structure des opportunités politiques n’est pas sans intérêt, notamment lorsqu’elle attire l’attention sur une de ses composantes qui est le degré de stabilité des alliances politiques et l’existence de conflits entre les « élites » : on sait que de telles divergences, opposant les représentants de différents pays à l’intérieur de l’OMC et leur interdisant de parvenir à un accord final, ont largement bénéficié aux altermondialistes tant à Seattle en 1999 qu’à Cancún en 2003. Pour autant, les différences de définitions [34], mais surtout les difficultés inhérentes à une conception souvent statique et objectiviste de la structure des opportunités, ont conduit à amender le concept dans une direction plus souple et dynamique [35]. C’est ainsi que les analystes ont progressivement renoncé à envisager les opportunités comme des « structures », et tendent désormais à porter davantage l’accent sur les conditions de leur perception — et de leur saisie — par les militants.

Cette nouvelle appréhension, plus dynamique et compréhensive, des opportunités favorise en outre leur meilleure identification. Ainsi, pour J. M. Ayres, « l’intégration néolibérale a offert des opportunités d’action auprès des sièges des organisations internationales et lors des grandes conférences ou réunions au cours desquelles des accords sont négociés et signés » [36]. En d’autres termes, et pour utiliser un vocabulaire qui n’est plus celui de l’analyse des mouvements sociaux mais celui de l’interactionnisme stratégique, les grandes réunions des institutions internationales peuvent être considérées comme des saillances [37] conjoncturellement dotées d’une forte visibilité, vers lesquelles convergent les différentes composantes du mouvement altermondialiste. Se présentant souvent elles-mêmes comme importantes sinon décisives pour l’avenir de la planète, et étant reconnues comme telles par les altermondialistes qui s’y opposent, des réunions comme celles de l’OMC, du G8 ou du Forum économique de Davos constituent ainsi des points de focalisation autour desquels se cristallise et se construit la dimension internationale du mouvement [38].

L’identification du paradoxe selon lequel « les institutions internationales, quoique établies par les États et généralement les plus puissants d’entre eux, constituent le berceau de la contestation transnationale » [39], exige cependant de distinguer différents types d’opportunités de rencontre et de coordination internationale de l’altermondialisation. En effet, toutes les institutions internationales n’entretiennent pas le même rapport aux mouvements hostiles à la mondialisation libérale, et c’est en les intégrant et en les légitimant que certaines ont favorisé leur développement et leur action. Ainsi, la Marche mondiale des femmes n’aurait sans doute jamais vu le jour si les différentes organisations féministes qui en ont été à l’initiative en 1998 n’avaient eu l’occasion de se rencontrer et de se constituer en réseau trois ans auparavant, lors de la Conférence mondiale des femmes organisée par l’ONU à Pékin. De même, la Conférence sur le climat tenue à Kyoto en 1997 a permis aux différentes organisations écologistes nationales qui s’y sont rencontrées de tisser des liens et d’acquérir une légitimité qu’elles ont ensuite pu mobiliser dans leur action nationale [40]. D’autres saillances attirent en revanche les altermondialistes sans les intégrer, et sur un mode oppositionnel, voire conflictuel. Les « contre-sommets » (de Québec, Göteborg, Gênes, Evian...), mais également le Forum social mondial (dont le succès fait oublier qu’il s’est d’abord construit en opposition au Forum économique mondial de Davos), en sont les meilleures illustrations et témoignent une nouvelle fois de l’isomorphisme qui lie le capitalisme néolibéral à sa critique [41].

Disposant d’un niveau de ressources appréciable et dont certaines (qu’on pense à la diffusion mondiale du Monde diplomatique, traduit en une vingtaine de langues) en faisaient un « courtier » apte à connecter entre elles différentes composantes de l’altermondialisme, Attac a joué un rôle important dans l’organisation des premières rencontres internationales du mouvement : réunion de représentants de plusieurs pays autour de la « plate-forme du mouvement international Attac » à Saint-Ouen en décembre 1998, organisation de l’« Autre Davos » en janvier 1999, rassemblement des délégations de 80 pays lors des Rencontres internationales de Saint-Denis en juin de la même année, contribution à l’« invention » et à la mise en place du Forum social mondial [42], préparation du Forum social européen de Saint-Denis en novembre 2003...

Tous ces grands rassemblements constituent un des principaux modes d’expression de la contestation altermondialiste. Ils contribuent à sa consolidation et à sa pérennisation par le tissage et l’entretien des liens entre ses différentes composantes, et la font ainsi matériellement exister en lui donnant une forme d’objectivation par la réunion, pour un temps limité et dans un espace donné, des effectifs qui la composent. À ce titre, ils jouent également — et spécialement pour les pays qui les accueillent et dont les activistes forment le « gros des troupes » réunies — le rôle de « tests de position » permettant d’estimer l’état et l’évolution de ses forces militantes. D’où l’importance, pour les tenants de la mondialisation libérale, de priver le mouvement de ces outils de coordination et d’évaluation en organisant leurs rencontres dans des sites inaccessibles aux militants (comme le Qatar ou les montagnes canadiennes). L’adoption d’une telle stratégie d’évitement, si elle indique que la contestation est prise au sérieux par ses adversaires, n’en constitue pas moins un obstacle majeur à son développement futur. On peut à cet égard estimer que de la capacité des altermondialistes à s’adapter à ces nouvelles contraintes en inventant de nouvelles formes de mobilisation et d’expression publique [43] dépendra une partie de l’avenir de leur mouvement [44].

P.-S.

Article paru dans Critique internationale, n° 27, avril 2005, pp. 147-161.

Notes

[1Cette tendance se retrouve surtout dans les ouvrages de type journalistique ; voir par exemple Christian Losson, Paul Quinio, Génération Seattle, Paris, Grasset, 2002.

[2Verta Taylor, « La continuité des mouvements sociaux : la mise en veille du mouvement des femmes », dans Olivier Fillieule (dir.), Devenirs militants. Approches sociologiques du désengagement, Paris, Belin, 2005.

[3Cf. Danielle Tartakowsky, « Attac ou les échelles-temps du libéralisme », dans Claire Andrieu et al. (dir.), Associations et champ politique, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 643-657 ; Marcos Ancelovici, « Organizing against Globalization : The Case of Attac in France », Politics & Society, 30 (3), 2002, p. 427-463 ; Geoffrey Pleyers, « Le modèle français, 1995-2000 », dans Michel Wieviorka (dir.), Un autre monde... : constestations, dérives et surprises dans l’antimondialisation, Paris, Balland, 2003, p. 141-154.

[4Ainsi, en dépit de ses proximités discursives ou organisationnelles, la dénonciation de la dette du Tiers Monde de la fin des années 1980 se distingue-t-elle en de nombreux points de la critique altermondialiste, et la filiation qui les unit est loin d’être continue, comme le souligne Éric Agrikoliansky, « Du tiers-mondisme à l’altermondialisme », dans Éric Agrikoliansky, Olivier Fillieule, Nonna Mayer (dir.), L’altermondialisation en France. Genèse et dynamique d’un mouvement social, Paris, Flammarion, 2005.

[5Jean-Gabriel Contamin, « Les grèves de décembre 1995 : un moment fondateur ? », dans ibid.

[6Doug McAdam, « “Initiator” and “Spin off” Movements : Diffusion Processes in Protest Cycles », dans Mark Traugott (ed.), Repertoires and Cycles of Collective Action, Durham, Duke University Press, 1995, p. 217-239.

[7On emprunte cette formule à Daniel Bensaïd, Une lente impatience, Paris, Stock, 2004, p. 29.

[8Christophe Aguiton, Daniel Bensaïd, Le retour de la question sociale, Lausanne, Page deux, 1997. Cf. également L. Mathieu, « Les nouvelles formes de la contestation sociale », Regards sur l’actualité, 251,1999, p. 33-44.

[9Cette piste de recherche a été esquissée dans L. Mathieu, « Rapport au politique, dimensions cognitives et perspectives pragmatiques dans l’analyse des mouvements sociaux », Revue française de science politique, 52 (1), 2002, p. 75-100 et « Notes provisoires sur l’espace des mouvements sociaux », ContreTemps, 11, 2004, p. 51-59.

[10Ce concept désigne des acteurs aptes à connecter des unités contestataires antérieurement isolées ; cf. Doug McAdam, Sidney Tarrow, Charles Tilly, Dynamics of Contention, Cambridge, Cambridge University Press, 2001.

[11Cf. É. Agrikoliansky, « Du tiers-mondisme à l’altermondialisme », cité.

[12Publié dans Le Monde Diplomatique en juin 1999.

[13Pierre Bourdieu, Contre-feux 2, Paris, Raisons d’agir, 2001, p. 11.

[14D. McAdam, « “Initiator” and “Spin off” Movements : Diffusion Processes in Protest Cycles », cité, p. 228. Cette hypothèse a d’abord été proposée par David Snow et Robert Benford (« Master Frames and Cycles of Protest », dans Aldon Morris, Carol McClurg (eds), Frontiers in Social Movement Theory, New Haven, Yale University Press, 1992, p. 133-155).

[15M. Ancelovici, « Organizing against Globalization : The Case of Attac in France », art. cité.

[16Ibid. J.-G. Contamin montre de son côté que si des éléments du cadre « politique contre marchés globaux » peuvent être repérés dans les tracts du mouvement de décembre 1995, il ne s’agit que d’éléments partiels et marginaux (« Les grèves de décembre 1995 : un moment fondateur ? », cité).

[17Cf. Erving Goffman, Les cadres de l’expérience, Paris, Minuit, 1991 ; l’application de ce modèle aux mouvements sociaux a été initiée par David Snow et al., « Frame Alignment Processes, Micromobilization, and Movement Participation », American Sociological Review, 1986, vol. 51, p. 464-480.

[18Cf. L. Mathieu, « Rapport au politique, dimensions cognitives et perspectives pragmatiques dans l’analyse des mouvements sociaux », cité.

[19Luc Boltanski, Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999.

[20Voir par exemple François Denord, « Le prophète, le pèlerin et le missionnaire. La circulation internationale du néolibéralisme et ses acteurs », Actes de la recherche en sciences sociales, 145, 2002, p. 9-20.

[21Article 12 des statuts d’Attac, consultables sur www.france.attac.org.

[22Voir par exemple Viviane Forester, L’horreur économique, Paris, Fayard, 1996, ou Susan George, Le rapport Lugano, Paris, Fayard, 2000, ainsi que les petits ouvrages d’Attac ou de Raisons d’agir.

[23Voir l’article de Boris Gobille dans le même numéro, ainsi que Éric Agrikoliansky, Isabelle Sommier (dir.), Radiographie du mouvement altermondialiste, Paris, La Dispute, 2005.

[24Gérard Mauger, « Pour une politique réflexive du mouvement social », dans Pierre Cours-Salies, Michel Vakaloulis (dir.), Les mobilisations collectives : une controverse sociologique, Paris, PUF, 2003, p. 33.

[25Sophie Béroud, Georges Ubiali, « La CGT, entre soutien distancié et refondation de l’activité internationale », dans É. Agrikoliansky, O. Fillieule, N. Mayer (dir.), L’altermondialisation en France. Genèse et dynamique d’un mouvement social, op. cit.

[26Sur ce point, voir Jean-Michel Denis, « La constitution d’un front antilibéral : l’Union syndicale Groupe des Dix Solidaires et Attac », dans ibid.

[27Nous soulignons ; on trouvera le texte de la Charte en annexe du livre du Bernard Cassen, Tout a commencé à Porto Alegre, Paris, Mille-et-une-nuits, 2003, p. 165-171.

[28S. Tarrow, « From Lumping to Splitting : Specifying Globalization and Resistance », dans Jackie Smith, Hank Johnston (eds), Globalization and Resistance, Lanham, MD, Rowman & Littlefield, 2002, p. 243.

[29Pour une comparaison de la situation d’Attac dans ces trois pays, cf. l’article d’Éric Cheynis sur le Maroc dans ce dossier et Frederick Uggla, « Global Demands and National Opportunities : Attac in France and Sweden », deuxième conférence générale, European Consortium for Political Research, Marburg, 18-21 septembre 2003.

[30Que l’on pense par exemple au contre-sommet organisé par les altermondialistes français, à qui il était impossible de se rendre au Mexique, dans la petite ville de Cancon au moment où le sommet de l’OMC? se déroulait dans la ville presque homonyme de Cancún.

[31S. Tarrow, « “Global” Movements, Complex Internationalism, and North-South Inequality », paper at the Workshop on contentious politics, Columbia University, 10 octobre 2003.

[32McAdam distingue quatre composantes des structures des opportunités politiques : les relatives ouverture ou fermeture du système politique, la stabilité ou l’instabilité des alignements politiques, la présence ou l’absence d’alliés du mouvement considéré au sein de l’« élite » et les capacité et propension répressives de l’État. Voir D. McAdam, « Conceptual Origins, Current Problems, Future Directions », dans Doug McAdam, John D. McCarthy, Mayer N. Zald (eds), Comparative Perspectives on Social Movements, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, p. 27.

[33Marco Giugni, « Explaining Cross-national Similarities among Social Movements », dans J. Smith, H. Johnston (eds), Globalization and Resistance, op. cit., p. 13-29.

[34Divergences sensibles entre les différents essais réunis dans J. Smith, H. Johnston (eds.), Globaliszation and Resistance, op. cit. Voir également Jackie Smith, Charles Chatfield, Ron Pagnucco (eds), Transnational Social Movements and Global Politics, Syracuse, NY, Syracuse University Press, 1997 ; Donatella della Porta, Hanspeter Kriesi, Dieter Rucht (eds), Social Movements in a Globalizing World, Basingstoke, Macmillan, 1999 ; D. della Porta, S. Tarrow (eds), Transnational Protest and Global Activism, Lanham, MD, Rowman & Littlefield, 2005.

[35Cf. les critiques formulées dans Jeff Goodwin, James Jasper, « Caught in a Vinding, Snarling Wine : The Structural Bias of Political Process Theory », Sociological Forum, 14 (1), 1999, p. 27-54, et L. Mathieu, « Rapport au politique, dimensions cognitives et perspectives pragmatiques dans l’analyse des mouvements sociaux », art. cité. Pour une tentative d’amendement d’autant plus remarquable qu’elle est le fait de certains des promoteurs initiaux du concept, voir D. McAdam, S. Tarrow, Ch. Tilly, Dynamics of Contention, op. cit.

[36Jeffrey M. Ayres, « Transnational Political Processes and Contention against the Global Economy », dans J. Smith, H. Johnston (eds), Globalization and Resistance, op. cit., p. 193.

[37Le terme de saillance, qui désigne des points de focalisation des anticipations et des interprétations des acteurs, est emprunté à Thomas Shelling, Stratégie du conflit, Paris, PUF, 1986.

[38Pour un aperçu du mouvement international par un de ses acteurs, voir Christophe Aguiton, Le monde nous appartient, Paris, 10-18,2003.

[39S. Tarrow, « La contestation transnationale », Cultures et conflits, 38-39,2000, p. 217.

[40Kim D. Reimann, « Building Networks from the Outside In : Japanese NGOs and the Kyoto Climate Change Conference », dans J. Smith, H. Johnston (eds), Globalization and Resistance, op. cit., p. 173-187.

[41L. Boltanski, È. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, op. cit..

[42Voir le récit qu’en donne un protagoniste : B. Cassen, Tout a commencé à Porto Alegre, op. cit.

[43Cf. sur ce point le travail de McAdam sur l’innovation tactique à laquelle s’est trouvé contraint le mouvement des droits civiques devant la capacité d’adaptation à ses actions dont ont fait preuve ses adversaires : « Tactical Innovation and the Pace of Insurgency », American Sociological Review, vol. 48,1983, p.735-754.

[44Merci à Laure Bereni pour ses fructueux commentaires sur une première version de ce texte.