Le NPA, seul parti à lutter contre le capitalisme

, par DEMARCQ Sandra, LE MOAL Patrick, SABADO François

« Le Front de Gauche n’a pas pour objectif politique de construire une opposition de gauche à l’austérité sociale libérale. [Ce] n’est pas le cadre pour construire une force anticapitaliste », assurent Sandra Demarcq, membre du bureau exécutif du NPA, et Patrick Le Moal et François Sabado, membres du NPA. Ils répondent aux 17 fondateurs du parti ayant annoncé, dans une tribune publiée le 9 juillet sur Mediapart, vouloir rejoindre le Front de gauche.

En annonçant votre ralliement au Front de Gauche, vous annoncez dans le même temps la scission du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). C’est la scission d’une organisation que vous avez largement contribué à construire et la rupture d’avec les militants auparavant membres de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) avec lesquels vous vous êtes engagés dans cette construction. Vous vous revendiquez de l’histoire politique de la LCR et estimez même que la « culture politique du NPA », la nôtre, constitue une rupture avec notre histoire commune. Il n’est pas besoin de déformer la réalité pour justifier des choix politiques différents. La rupture de dix, vingt ou trente ans de combats communs doit se faire dans la clarté et le respect des choix de chacun pour « ne pas insulter l’avenir », comme vous le dites.

Nous estimons, quant à nous, que l’orientation que nous défendons au sein du NPA est dans la suite logique de la création de ce parti, et que votre choix de rejoindre le Front de gauche est une rupture dans notre histoire militante : l’animation d’une organisation indépendante, révolutionnaire avec la LCR, puis anticapitaliste avec le NPA, qui défend les réponses anticapitalistes à la crise tout en proposant l’unité d’action la plus large en permanence, ouverte aux différentes formes de radicalisation qui apparaissent, et qui soit insérée dans tous les mouvements sociaux.

Le projet de création du NPA reste valide. Lorsque nous avons créé le NPA, nous écrivions ensemble :

« Si nous décidons de nous constituer en parti, c’est parce que nous voulons agir de façon utile, structurée et cohérente. Sans nous substituer aux luttes sociales, nous devons les impulser, y participer pleinement, y proposer nos idées et y faire nos propositions d’action car nous savons que c’est par la mobilisation la plus large possible que l’on peut stopper l’offensive capitaliste, imposer des avancées sur le terrain social, démocratique et écologique, ouvrir la voie au socialisme.

Les partis de la gauche institutionnelle (PS, PC) et leurs alliés Verts ont abandonné depuis longtemps cette perspective. Le PS et le PCF n’ont plus de socialiste ou de communiste que le nom. Les Verts ont bradé leurs ambitions écologistes. Au pouvoir, la gauche institutionnelle, dominée par le PS, tourne le dos aux aspirations populaires. Dans l’opposition, elle n’organise pas la riposte contre les attaques de la droite et du patronat. S’enfonçant dans la crise et perdant sans cesse du terrain électoral et militant, le PCF se laisse de plus en plus satelliser par le PS. Cependant il existe encore dans ce parti une force militante que nous retrouvons à nos côtés dans certaines de nos luttes.

Face à la crise exceptionnelle du capitalisme, refusant de rompre avec le système, les réponses politiques de cette gauche ne peuvent être à la hauteur de l’enjeu. Ces courants n’offrent plus ni projet émancipateur ni espoir, c’est pour cela qu’ils reculent. La crise actuelle met ce phénomène en lumière mais il n’est pas conjoncturel, il renvoie à des raisons bien plus profondes (...). Les contradictions inhérentes au système capitaliste et la crise actuelle rendent l’alternative évidente : se soumettre à la minorité des privilégiés ou rompre avec elle.

Dans et autour de ces partis de la gauche institutionnelle, nombreux sont celles et ceux qui n’ont pas renoncé à changer radicalement la société. Avec eux, comme avec l’ensemble des travailleurs/euses, nous voulons construire sur d’autres bases, en rupture avec les capitulations et les reniements de cette gauche pour créer une nouvelle représentation politique des exploité(e)s, un nouveau parti anticapitaliste, un parti qui se bat jusqu’au bout contre le système, un parti pour la transformation révolutionnaire de la société. »

Il ne s’agit pas en rappelant les textes de fondation de chercher une autorité supérieure, mais de prendre un peu de recul et de savoir si nous sommes toujours d’accord sur notre projet de construction d’un parti anticapitaliste large.

Le Parti communiste (PC), pas plus que le Parti de gauche (PG), ni le FG n’ont pour projet « d’ouvrir la voie au socialisme » et n’offrent pas de projet émancipateur. L’orientation du PCF n’a pas changé. Quand au PG, il se situe dans la même orientation de fond que celle du PCF. Il a « vocation à devenir majoritaire et à prendre des responsabilités gouvernementales en s’appuyant sur une mobilisation massive, populaire et citoyenne » et « une refondation républicaine de la démocratie ».

D’ailleurs, lorsqu’en 2008, le PG, puis en 2009, le Front de gauche, se sont créés, nous avons écrit avec une bonne part d’entre vous en juin 2009, à l’issue des élections européennes : « Une phase de recomposition (...) va également percuter un Front de gauche qui a 6,5 % des voix. Par son alliance avec Mélenchon, la direction du PCF a réussi à freiner son déclin pour cette élection en sauvant ses élus et en en conquérant deux nouveaux. Le score est pourtant à peu près égal à celui de 2004.

Le refus d’une alliance durable et indépendante du PS va désormais être confronté à des tests plus concrets : la gestion des régions avec le PS où le PCF est totalement associé et solidaire par ses votes des majorités de gestion constitués. Le double discours va donc devenir intenable, par exemple sur le terrain des subventions accordées aux entreprises privées qui licencient.

Le Front de gauche n’est pas l’événement de la campagne, il ne réalise pas de percée réelle, mais parvient à contenir notre progression. Plus structuré, plus âgé, l’électorat du PCF s’est massivement mobilisé pour le scrutin et a, beaucoup moins que nous, été frappé par l’abstention.

À noter que pendant la campagne les divergences se sont confirmées. Sur le plan des mobilisations sociales, le Front de gauche a collé à la stratégie des directions syndicales sans aucune critique et avec un appui marqué à Thibault. Le soulèvement de la Guadeloupe, la lutte exemplaire du LKP [Lyannaj kont pwofitasyon, le collectif d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de Guadeloupe], n’ont pas vraiment soulevé d’enthousiasme (...) Mélenchon et la direction du PG ont systématiquement expurgé des déclarations unitaires toute référence à cette grève générale (...) dans un territoire colonisé par la République française. Enfin, les professions de foi des têtes de lites du Parti de gauche ne comprenaient pas les passages communs du Front concernant l’immigration et les sans-papiers. »

Lors du premier congrès du NPA, en février 2011, la position 1, dans laquelle une bonne part d’entre vous se trouvait, déclarait :

« Le NPA propose un rassemblement anticapitaliste indépendant du PS, un candidat de rassemblement qui puisse être le porte-parole des aspirations des grandes mobilisations de la fin de 2010, une candidature des luttes dans leur diversité, leur richesse et leur radicalité. La candidature de Jean Luc Mélenchon ne répond pas à cet objectif. Le NPA est prêt dans les semaines qui viennent à discuter contenu et programme avec toutes les forces intéressées par ce projet. En tout état de cause, il sera présent à l’élection présidentielle de 2012, en soutenant soit un(e) candidat(e) de rassemblement anticapitaliste soit un(e) candidat(e) issu de ses propres rangs. »

Lorsque nous discutions de la meilleure manière de préparer l’échéance de l’élection présidentielle, nous nous sommes divisés, mais vous écriviez, en tant que position B, lors de la conférence nationale : « C’est pourquoi le NPA a initié une démarche pour un rassemblement anticapitaliste. (...) Ce rassemblement vise à construire un bloc indépendant du PS, c’est-à-dire ne participant ni à une majorité gouvernementale ni à une majorité parlementaire avec la social-démocratie et susceptible de se battre autour d’un programme de rupture. (...) Pour l’heure, les conditions du rassemblement pour lequel nous militons ne sont pas réunies : appel pour des primaires de toute la gauche signés par certains animateurs du mouvement social, refus du Front de Gauche d’affirmer clairement l’impossibilité de gouverner avec le PS et de constituer avec lui une majorité parlementaire, une candidature de J. L. Mélenchon qui ne saurait incarner ce rassemblement (...) Dans ces conditions, il décide d’avoir sa propre candidature à l’élection présidentielle et de préparer les élections législatives qui suivront… »

Vous le reconnaitrez, cela n’a rien à voir avec l’appel au vote Mélenchon, la scission du NPA et le ralliement au Front de Gauche. Et vous en conviendrez aisément, une candidature de Myriam Martin comme vous le proposiez n’aurait pas changé les coordonnées générales de la campagne.

Alors, vous justifiez votre rupture par la « catastrophe » électorale des élections présidentielles et législatives. Il nous semblait que la justification d’un parti anticapitaliste large que nous avons porté en commun une dizaine d’années, celui du NPA, dépasse de loin la question de résultats électoraux, aussi importants soient-ils.

La réussite de la campagne de Mélenchon ne change pas la nature du Front de Gauche. Indiscutablement, la réussite de sa campagne et le résultat du Front de Gauche aux présidentielles sont des nouveautés politiques que nous devons prendre en compte pour notre action. Mais justifient-elles à elles seule l’abandon du projet du NPA ?

Les raisons de la réussite sont assez claires :

  • l’accumulation des défaites sociales a relativisé l’idée qu’on pouvait trouver une autre solution qu’un gouvernement de gauche pour « un peu » changer les choses ;
  • l’aspiration au vote unitaire et utile à la gauche du PS pour peser sur sa politique s’est lors de ces élections portée sur le candidat le plus « crédible » électoralement ;
  • le poids de l’appareil du PC, et pour une large part de la CGT qui a donné l’infrastructure sur laquelle s’est adossé la personnalité médiatique de JLM dans une élection très personnalisée.

Mais pour autant le Front de Gauche est toujours :

  • une coalition électorale réformiste antilibérale dont le projet politique est la construction d’une majorité de gauche incluant le PS mais dans laquelle il a un poids suffisant, « majoritaire » dit Mélenchon ;
  • un cadre verrouillé par deux bureaucraties, celle du PG (fort peu démocratique, ce parti est le seul qui s’est permis d’exclure des militants car ils n’avaient pas suivi les consignes nationales aux régionales en se présentant avec le NPA), et l’appareil du PC.

Cette campagne ne change pas la nature du Front de Gauche : il n’est pas devenu le cadre permettant de construire une force politique anticapitaliste indépendante du PS. Car la remontée d’un réformisme de gauche, qui existe ailleurs en Europe, ne change pas sa nature. L’évolution à droite des partis « socialistes » vers des partis d’alternance ouvre un espace plus grand à leur gauche que cherchent à occuper des forces politiques réformistes « classiques » comme le Front de Gauche.

Nous devons adapter notre tactique unitaire à cette évolution. Et c’est ce que nous faisons, ce que allons faire, tant sur le terrain des luttes qu’en terme de proposition politique avec l’opposition de gauche au gouvernement. Mais l’unité indispensable ne justifie pas de se subordonner à l’orientation politique du Front de Gauche dirigé par des organisations réformistes. Car il n’y a pas égalité entre vos forces, même augmentées de celles d’autres courants se réclamant plus ou moins de l’anticapitalisme comme les alternatifs, et celles du PCF et de Mélenchon avec le PG : vous serez de fait en position de subordination. Vous êtes et vous serez associés au discours de Mélenchon sans jamais pouvoir influer dessus et la politique du PCF.

Le Front de Gauche n’est pas indépendant du PS. Vous écrivez à ce sujet : « Le Front de Gauche a confirmé sa volonté d’indépendance politique vis-à-vis de la politique du gouvernement socialiste. C’est une question décisive ». La confirmation manque de clarté, c’est le moins qu’on puisse dire !

L’absence de participation au gouvernement n’est positive que si elle est le fruit d’une décision politique qui conduit à combattre l’austérité social libérale. Aujourd’hui celle du FG résulte d’abord d’un choix du PS : personne n’a refusé de postes gouvernementaux qu’on leur aurait proposés. Elle n’est pas érigée en refus de principe de tout gouvernement avec le PS au motif que le PS est une organisation sociale libérale. N’oublions jamais que la quasi-totalité des régions, des départements, des villes, sont gérés par des majorités PS-FG. On ne voit quasiment jamais les élus du FG refuser les budgets qui distribuent des sommes faramineuses au patronat, aux petits commerçants, on ne voit jamais des élus démissionner parce qu’ils refusent ici une vidéosurveillance, là une gestion des employés municipaux que ne renierait aucune maire de droite… N’oublions jamais que l’essentiel de l’appareil du PC n’existe que grâce à ces alliances locales et que leur rupture aurait pour effet une dégradation considérable des moyens dont il dispose.

Cette absence de participation gouvernementale ne s’est pas traduite par le vote contre la confiance au gouvernement qui annonce une vague d’austérité terrible, contradictoire avec le programme de Mélenchon. La question décisive est de savoir si le Front de gauche se situe concrètement dans la majorité gouvernementale, accepte et valide les décisions du gouvernement, en discute l’action ou est dans l’opposition. Dans l’histoire, le PCF a déjà soutenu des gouvernements sans participation ministérielle (Front populaire, Guy Mollet en 1956). Or, derrière les déclarations tonitruantes de Mélenchon, la pratique du Front de gauche n’est pas en rupture avec la politique du PCF depuis les années 30, ou de celle de la gauche du PS dans les dernières décades :

  • les députés du Front de Gauche ont tous voté le collectif budgétaire, qui n’est qu’une annexe s’intégrant au budget général,
  • les déclarations de Mélenchon (20 août) au sujet des émeutes d’Amiens [1] qualifiant les émeutiers de « bouffons », de « crétins », de « larbins du capitalisme », affirmant qu’ils « n’ont rien à voir avec la contestation de la société capitaliste », sont scandaleuses, car elle ne reconnaissent pas le caractère politique de ces émeutes et valident le répression dont elle sont victimes ;
  • la pratique au quotidien dans toutes les institutions où leurs élus sont présents avec le PS, dans les municipalités, les régions est de constituer des majorités avec le PS et d’assumer la totalité de leur politique en acceptant le jeu institutionnel. Ils visent à faire bouger le rapport de force à gauche, c’est-à-dire de se situer dans la perspective d’une mouture reloockée d’union de la gauche, véritable impasse face à la crise du capitalisme ;
  • la place dans la lutte des classes, il suffit de relire les déclarations de JLM pendant la campagne selon lesquelles « les investisseurs n’ont aucune raison d’avoir peur de mon programme », ou le positionnement de soutien aux directions syndicales dont nous combattons l’orientation,
  • les positions sur la défense nationale, que ce soit l’opposition à un désarmement unilatéral car « la dissuasion est la garantie ultime de la sécurité et de l’indépendance de la France » ; que ce soit le refus de s’engager « à ne jamais utiliser d’arme nucléaire contre quelque peuple que ce soit, (incroyable non ?) cet engagement serait de mon point de vue contre-productif pour la cause de la paix que je défends. »
  • la « révolution par les urnes » de Jean-Luc Mélenchon n’est qu’une imposture. Comment des institutions actuelles pourraient accepter une révolution, être au service d’une transformation politique et sociale ? Toutes les révolutions ont montré qu’elles s’étaient heurtées à l’État et ses institutions. Parce que ces dernières s’appuient sur la propriété privée du capital et des grands moyens de production et qu’elles sont au service des classes dirigeantes, elles ne peuvent donc servir d’instrument pour renverser ce système. Pour ce faire, il faudra une mobilisation majoritaire et plus que ça encore : une véritable confrontation avec la bourgeoisie et son État.

C’est pour ces raisons que la non-participation au gouvernementale ne se traduit pas par la volonté de construire une opposition de gauche au gouvernement, quelque soit le nom qu’on lui donne. C’est pourtant une question décisive, avec le Front National en embuscade. S’il n’existe pas à gauche de Hollande-Ayrault une opposition de gauche qui se bat clairement contre l’austérité social démocrate, la seule opposition à une échelle de masse sera l’extrême droite.

Les prises de positions de Mélenchon critiques envers le gouvernement doivent être prises en compte dans notre politique unitaire, car nous devons nous appuyer sur toute déclaration pour essayer de mobiliser contre la politique social libérale, avec tous ceux qui le souhaitent, mais elles ne changent rien sur le fond en l’absence d’évolutions sur l’orientation fondamentale.

Le Front de Gauche n’a pas pour objectif politique de construire une opposition de gauche à l’austérité sociale libérale. Vous dites à ce sujet : « À l’heure où l’urgence est à la construction d’un bloc politique et social contre l’austérité, le Front de Gauche constitue un point d’appui incontournable ». Pour le Front de Gauche soit « un point d’appui », il faut qu’il en ait la volonté.

N’oublions jamais que le Front de Gauche a été créé il y a trois ans, et que depuis, il n’a pas été le ferment des mobilisations. Durant la vague de mobilisation en défense des retraites, il n’a pas agi en tant de FG, et ses organisations se sont battues contre l’objectif d’une grève générale, pour le PC à sa manière habituelle, pour le PG et essayant de détourner le mouvement vers un référendum, une réponse institutionnelle.

Son objectif n’est pas d’unifier les forces sociales et politiques en dehors du champ institutionnel. Sur les mobilisations, l’orientation fondamentale des forces dominantes du FG, le PC et le PG, est la division politique/social classique des réformistes. Aux partis politiques les élections, aux syndicats, associations les questions sociales. C’est l’opposé de la vision que nous avons défendu ensemble. Pour nous, ce qui différencie les syndicats, les associations et les partis, ce n’est pas la coupure social/politique, c’est le fait que les premiers organisent les exploités et les opprimés tels qu’ils sont alors que les seconds les organisent autour d’un projet politique, leur programme.

Nous l’avons constaté durant ces dernières décennies, les mobilisations de masse sont celles qui unifient ceux d’en bas avec les syndicats, les associations et les partis, ou encore des formes nouvelles, comme en Grèce, en Espagne, aux Etats-Unis et au Québec. C’est-à-dire une forme d’unité, des formes de radicalisations qui ne sont pas celles portées par le PC et le PG.

Or, c’est de cette unité d’action, de front unique disions-nous, dont les exploités et les opprimés ont besoin face à l’austérité social libérale qui les attend. L’opposition de gauche se construira par des réponses successives dans les luttes impliquant des associations, des syndicats, des partis qui, petit à petit, s’unifieront dès lors qu’il y a cette volonté. Aujourd’hui des occupations du droit au logement (DAL), la lutte de défense des immigrés, du réseau éducation sans frontière (RESF), les luttes écologistes, antinucléaires, le travail unitaire autour du refus du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), ou des collectifs contre la dette qui cherchent à construire à partir d’accords d’organisations des mobilisations de masse, sont le début de ce processus pour lequel nous devons agir.

Si les organisations membres du Front de Gauche, le FG lui-même sont incontournables dans cette politique, ils n’en sont pas le point d’appui. D’autant que nombre de ses positions sont bien en retrait des mobilisations existantes, sans parler du discours nationaliste et de l’attitude « peu critique » envers le capitalisme industriel.

Être acteur de la bataille qui va se jouer, c’est être présent et animer autant que possible toutes les actions pour défendre ceux d’en bas qui mettront en évidence le refus du PS de s’attaquer aux possédants, et s’appuyer sur les mobilisations réelles en travaillant à impliquer toutes les organisations et partis qui ne soutiennent pas le gouvernement. Nous serons plus forts en ne prenant pas comme point d’appui la conviction au sein du FG, mais l’activité de celles et ceux qui sont prêts à se mobiliser tout de suite !

Le Front de Gauche n’est pas LE cadre pour construire une force anticapitaliste. Car si le FG a polarisé autour de la campagne présidentielle la majeure partie des militantes et militants qui, par leur action et leur radicalité, sont essentiels pour la construction d’un parti anticapitaliste, il ne les organise pas !

Ne confondons pas tous les niveaux : voter Mélenchon, assister aux meetings de masse, être influencé, et appartenir au FG sont des choses bien différentes, d’autant que pour appartenir et influer sur le FG, il faut être membre d’un des partis membres.

Le FG a polarisé, et va continuer à polariser cette frange militante importante pour notre projet anticapitaliste. Cela justifie d’une politique spécifique. Vous y répondez en trois propositions qui définissent votre projet « élargir », « transformer » et « rassembler les anticapitalistes et écosocialistes en son sein ».

Élargir, ouvrir le FG implique de le transformer en une organisation démocratique, qui permet l’adhésion d’individus et surtout des décisions majoritaires. Pensez-vous que le PC et le PG sont prêts à accepter la possibilité d’être minoritaires dans le FG ? Ces appareils politiques sont très ouverts tant que ceux qui arrivent renforcent leur projet, il en sera autrement dès qu’il pourrait être remis en cause. Tant les traditions du PC que les pratiques du PG devraient vous montrer en quoi ce projet est peu crédible.

Transformer le FG. Oui, mais comment et en quoi ? Pensez-vous possible de faire évoluer cette coalition électorale en une structure ouverte au combat anticapitaliste ? Pensez-vous peser sur les appareils politiques que sont le PC et le PG en démontrant en pratique « la valeur de l’apport de notre propre tradition politique » ?

Ne pensez-vous pas que l’activité de la LCR puis du NPA que vous dirigiez était plus efficace pour cela que l’intégration dans le cadre fixé par le PC et le PG ? Poser cette question, c’est y répondre.

Enfin le projet du rassemblement des anticapitalistes au sein d’une coalition électorale qui n’est pas anticapitaliste n’est-il pas étrange ? En quoi il est plus facile de convaincre des anticapitalistes de rejoindre une coalition électorale réformiste antilibérale que de construire directement une unité des anticapitalistes agissant sur le champ politique par elle-même ? N’est-ce pas plus efficace pour changer les rapports de force que les débats au sein du FG ?

Le problème avec cette dernière proposition, c’est qu’il faut, pour rassembler les anticapitalistes, en faire une force d’opposition au social-libéralisme et en faire une force alternative au projet réformiste antilibéral du PC et du PG. Commencer par entrer dans le FG, c’est-à-dire les placer dans l’orbite politique du PC et du PG. Ou en est notre projet de parti anticapitaliste là-dedans ? Être dans quel mouvement ?

Vous défendez comme ligne de conduite « être là ou ça bouge, être là où ça se passe, être dans le mouvement » en risquant de partager certaines des illusions portées par ce mouvement.

Discutons de cela en écartant rapidement les contre vérités de votre texte : être isolé n’est pas un motif de fierté pour nous, et notre objectif n’est pas l’indispensable séparation d’avec tous ceux qui ne sont pas révolutionnaires. Il est inutile de dépeindre comme cela le NPA pour justifier votre scission.

Pour nous, qui voulons la transformation révolutionnaire de cette société, il est indispensable d’être dans tous les mouvements réels des exploités et des opprimés, pour se nourrir de la mobilisation en ayant pour objectif de lui permettre de gagner, de réussir, en comprenant qui sont les adversaires, les obstacles pour trouver les moyens de les vaincre.

Est-ce que le Front de Gauche est cela ? La revitalisation du vieil appareil politique du PC est-elle le mouvement ? Être dans le mouvement réel est essentiel, mais a peu à voir avec l’intégration dans le Front de Gauche.

Une coalition électorale qui réalise une campagne présidentielle orchestrée par des appareils politiques bureaucratiques autour d’une personnalité dont l’attachement à l’auto-organisation des masses est, dirons-nous, assez limité, n’est pas le mouvement social et politique, même si elle peut être à un moment une réponse politique utilisée par celles et ceux qui refusent l’austérité de gauche comme celle de droite.

Avoir une politique spécifique vis-à-vis du Front de Gauche est donc indispensable, et elle devra s’adapter aux éventuelles évolutions à gauche ou à droite de cette coalition. Mais cela n’a rien à voir avec la décision d’abandonner le travail de construction d’une organisation anticapitaliste indépendante.

Continuons le débat ! Notre projet de construction d’une organisation anticapitaliste indépendante connaît des difficultés, votre scission en est une nouvelle. Mais nous restons attachés à ce travail difficile et patient de construction d’un parti :

  • qui porte l’espoir d’une société débarrassée de l’exploitation et des oppressions, qui porte la volonté de millions d’individus,
  • qui propose des initiatives susceptibles de favoriser la rupture,
  • qui n’a pas pour objectif de prendre le pouvoir par et pour lui-même, et combat pour l’auto-organisation des luttes afin de préparer le renversement de la société capitaliste et l’autogestion par les travailleurs et la population,
  • qui s’inscrit dans la continuité de celles et ceux qui ont cherché, avec ou sans succès, à renverser l’ordre établi ou à résister à l’oppression en faisant vivre le meilleur de l’héritage de celles et ceux qui ont affronté le système depuis deux siècles, celui de la lutte des classes, des traditions socialistes, communistes, libertaires, révolutionnaires.

C’est parce que nous avons milité ensemble pour cette perspective, et que nous pensons qu’elle continue à vertébrer votre action, que nous pensons nécessaire de continuer à débattre avec vous selon des modalités à déterminer ensemble, parce que nous espérons que nous nous retrouverons pour combattre cette société d’exploitation et d’oppression et construire une société écosocialiste.

Notes

[1À propos des émeutes survenues à la suite d’un contrôle policier très agressif à proximité d’un repas de deuil, suivi d’un gazage de la famille qui demandait qu’on respecte son recueillement.