Notre conception de la politique étrangère à l’égard de l’Afrique

, par BESANCENOT Olivier

Ces six candidats ont répondu à la lettre du Président de l’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les peuples d’Afrique adressée aux candidat(e)s à l’élection présidentielle concernant la politique qu’ils envisageraient d’appliquer en matière de politique étrangère et plus particulièrement à propos de l’Afrique. Ce courrier qui posait des questions précises se trouve dans ce site à la rubrique « Communiqués et démarches de l’AFASPA ». Il vous permet de voir comment chacun-chacune a abordé (ou n’a pas abordé) ces questions de principe et d’actualité. Une version PDF du présent document est téléchargeable au bas de cette page. Nicolas Sarkozy et Dominique Voynet n’ont pas répondu à nos questions.

Réponse d’Olivier Besancenot.
En réponse au questionnaire de l’AFASPA.

1) La LCR est pour la dissolution de la cellule Afrique de l’Elysée et pour la transparence absolue sur les questions de politique étrangère. Nous pensons par ailleurs, de manière plus générale, qu’il faut en finir avec le système présidentialiste de la Ve République qui permet toutes les dérives y compris les plus criminelles.

2) La LCR considère qu’il faut en finir avec la notion de « domaine réservé » de l’Elysée en matière de « politique africaine ». Le parlement doit avoir un droit de regard et de contrôle sur le contenu de la coopération civile et militaire, sur son financement ; et sanctionner par un vote toute éventuelle intervention militaire.

3) Les bases militaires d’Afrique doivent être entièrement démantelées. Les 6 000 militaires français stationnés en permanence dans ces bases ne servent qu’à assurer les régimes illégitimes ou aider à une nouvelle forme d’interventionnisme. Les exportations d’armes vers les régimes antidémocratiques doivent être interdites et les industries d’armement reconverties. Le mercenariat, y compris sous sa forme légale actuelle (sociétés de sécurité, sociétés militaires privées, sociétés de renseignement), doit également être complètement interdit.

4) La dette a été plusieurs fois remboursée et est par ailleurs juridiquement odieuse. Elle doit être annulée et faire l’objet d’un audit pour déterminer les circuits de détournement de fonds et les responsabilités de ces détournements, en vue d’une restitution aux populations africaines des biens mal acquis.

5) La promesse vieille de plus de 30 ans de porter l’APD à 0,7 % du RNB doit être enfin tenue (ce qui n’exclut pas l’attribution de réparations financières en plus et une augmentation ultérieure) et l’attribution de cette aide doit être placée sous le contrôle des mouvements sociaux africains. La définition des modalités de ce contrôle leur revient.

6) En matière d’immigration, la LCR est favorable à la liberté totale de circulation et d’installation, la régularisation de tous les « Sans-papiers », ainsi que pour le droit de vote et d’éligibilité des résidants étrangers. Elle considère qu’il n’y a pas un « problème » de l’immigration, et nous nous opposons résolument aux discours et aux politiques xénophobes qui en font le bouc-émissaire des problèmes conjoncturels de la société française. Nous soutenons donc complètement la lutte des Sans-papiers et participons pleinement aux actions du collectif Uni-e-s contre l’immigration jetable. Mais plus fondamentalement, ce qui pose problème et que doit l’on doit résoudre, ce sont les raisons pour lesquelles des personnes sont contraintes de s’arracher à leur pays et à leurs proches pour fuir la misère ou la répression. En premier lieu, il faut donc en finir avec le soutien de la France aux dictatures et avec le pillage opéré par nos entreprises.

7) Les étudiants africains doivent être accueillis sans entraves en France pour poursuivre leurs études dans des conditions décentes. Mais il importe aussi d’aider les pays africains à développer leurs propres infrastructures, leurs propres systèmes d’éducations et de formations. La coopération avec ces pays doit prendre la forme d’un échange non marchand.

8) Il faut mettre un terme aux subventions à l’exportation vers les pays du Sud. De manière plus générale, il faut en finir avec un impérialisme économique qui empêche tout développement d’économies africaines qui visent à l’autosuffisance. Les entreprises africaines passées sous le contrôle des capitaux français à l’occasion des privatisations imposées par le FMI doivent être restituées.

9) Il faut cesser toute forme de coopération économique et militaire avec des pouvoirs autoritaires. Les accords de coopération et de défense doivent être déclassifiés et rompus pour ceux qui contreviennent aux principes énoncés précédemment. Les mouvements démocratiques et sociaux doivent en revanche bénéficier de notre soutien y compris financier.

10) La LCR est favorable à l’autodétermination des peuples et condamne le soutien du gouvernement français à la politique d’annexion du Sahara Occidental.

11) La LCR est favorable à une décolonisation totale des territoires autrefois conquis par la France. La situation de Mayotte imposée par la France est contraire depuis 1975 au droit international et l’instauration du visa Balladur est une politique criminelle et irresponsable à laquelle il faut mettre fin au plus vite.

12) Le secret-défense doit être levé non seulement dans le cas de l’affaire Borrel, mais plus généralement pour permettre une enquête systématique sur tous les crimes de l’armée française en Afrique. La coopération économique et militaire avec le régime dictatorial de Guelleh doit cesser tant que persistera l’obstruction à la justice.

13) La LCR a toujours condamné la politique de la France au Rwanda. Les travaux de la CEC doivent servir de base à une véritable commission d’enquête parlementaire et à des poursuites contres les responsables civils et militaires contre les juridictions nationales et/ou internationales pour complicité active de génocide.

14) La recherche universitaire sur la période coloniale, et peut-être plus encore sur les aspects encore occultés de la période néocoloniale doit être encouragée. Les travaux scientifiques associant chercheurs français et africains doivent être encouragés. Les crimes coloniaux et néocoloniaux doivent être étudiés, particulièrement ceux qui sont aujourd’hui nié par l’Etat et l’institution scolaire (cas du Cameroun par exemple, mais il y a aussi bien évidement l’exemple de la guerre d’Algérie, ou encore l’histoire plus méconnue des massacres à Madagascar).

Argumentaire général (voir l’appel de la société civile africaine)

Olivier Besancenot et de nombreux autres militants de la LCR étaient présents au forum social mondial de Nairobi comme aux précédents forums sociaux. Nous participons au mouvement de résistance à la mondialisation libérale, depuis les grands rassemblements de Seattle, Porto Alegre, mais aussi à Dakar en décembre 2000. Nous avons été de ceux qui luttaient, dès juillet 1989 lors du G7 à Paris, pour l’annulation de la dette, et avons participé aux actions du collectif « Elf ne fera pas la loi en Afrique ».

Notre courant politique est depuis toujours opposé aux politiques coloniales et néocoloniales, et a toujours soutenu les luttes pour l’émancipation sociale et politique. Depuis 50 ans, malgré des décolonisations formelles, la politique de la France vise à perpétuer une relation de domination vis à vis de l’Afrique : domination économique, politique, militaire et culturelle. Les militants de la LCR militent au quotidien contre l’impérialisme français et sont favorable à une réforme profonde des institutions et des politiques menées.

Pour répondre à votre interpellation, même si nous ne sommes pas en mesure d’exercer le pouvoir, nous portons à votre connaissance quelques propositions politiques pour lesquelles nous militons :

1) La reconnaissance par la France de tous les crimes coloniaux et néocoloniaux. Nous demandons une commission d’enquête parlementaire sur les crimes commis par l’armée française en Afrique. Concernant le Rwanda, elle soutient les actions de la Commission d’Enquête Citoyenne initiée par l’association Survie et demande que les autorités civiles et militaires françaises responsable de complicité active de génocide répondent de leurs actent devant les juridictions nationales et/ou internationales.

2) La LCR demande non seulement la publication de tous les accords de coopération et de défense, mais leur révocation dans la mesure où ils ne visent qu’à consolider des pouvoirs autoritaires soumis aux intérêts français.

3) La LCR demande la restitution aux populations africaines de tous les biens mal acquis. Cela suppose de lever le secret bancaire et de s’attaquer aux paradis fiscaux qui dissimulent les flux financiers de l’argent détourné.

4) La LCR veut promouvoir une logique inverse à la logique libérale du FMI, de la Banque Mondiale ou de l’Union Européenne qui imposent la concurrence déloyale, la privatisation des ressources et des entreprises africaines au profit des multinationales occidentales. La logique économique que nous voulons mettre en œuvre est celle qui vise à la satisfaction des besoins sociaux et qui place les choix économiques sous le contrôle des citoyens. Cela suppose de permettre aux pays africains de développer une économie qui vise à l’autosuffisance nationale ou régionale, et de mettre un terme à la logique héritée de la période coloniale d’exportation systématique des matières premières à l’état brut et d’importation de produits finis.

5) La LCR est favorable à une réglementation plus sévère en matière de respect des droits des salariés et des normes environnementales. Dans l’immédiat, elle soutient la campagne “Publish what you pay”, et exige la transparence sur la comptabilité des grandes entreprises. Elle propose de placer sous contrôle publique les entreprises privées qui enfreindraient ces règles. Mais il importe surtout que les populations africaines puissent se réapproprier pleinement l’usage des richesses que leur gouvernement ont bradées. La LCR soutiendra le droit à la renationalisation de ces richesses.

6) La LCR a toujours été partie prenantes des campagnes pour l’annulation de la dette et souscrit pleinement aux revendications développées par exemple par le CADTM. La dette (comme l’APD) doit faire l’objet d’un audit et les fonds détournés intégralement restitués. C’est ainsi que nous participeront activement à la semaine de mobilisation internationale pour l’annulation de la dette décidée lors dernier FSM de Nairobi.


Réponses de Marie-George Buffet, Arlette Laguiller, Ségolène Royal, François Bayrou, Olivier Besancenot et José Bové
sur leur conception de politique étrangère à l’égard de l’Afrique