« La succession était préparée de longue date »

, par HABEL Janette

Le FIGARO. – La délégation de pouvoir entre Fidel Castro et Raul, son frère, est-elle marquée par l’urgence ?

Janette HABEL. – Non, d’abord, c’est Fidel Castro lui-même qui a élaboré le communiqué avant d’être opéré, transférant temporairement ses pouvoirs à Raul. D’autre part, cela fait des semaines que la population voit publiquement les préparatifs de la succession. Pour la première fois, Fidel et ses proches ont évoqué l’« après », et la nécessité de le préparer, afin que la révolution cubaine lui survive. Les rumeurs sur les différentes maladies dont il pouvait souffrir allaient bon train et n’ont pas toujours été démenties par Fidel lui-même. Avec les festivités prévues le 13 août, pour ses 80 ans, c’est aussi la première fois que Cuba allait célébrer son anniversaire. Enfin et surtout, le président a remis en place, le 1er juillet, le secrétariat du bureau politique du Parti communiste cubain (PCC), supprimé en 1991.

  • Qui dirige aujourd’hui Cuba ?

C’est Raul Castro qui devient le chef du PC, des armées et de l’État. Même si cette mesure est théoriquement provisoire, en attendant le retour de Fidel, c’est lui et le PCC, parti unique et parti d’État, qui devraient gouverner l’ensemble des institutions en cas de disparition, avec, au sein du bureau politique du PCC, des anciens, mais aussi de jeunes leaders de province. L’armée, qui a un poids économique considérable – elle contrôle notamment les télécommunications et le tourisme –, ne devrait pas, en revanche, jouer de rôle direct, que ce soit aujourd’hui ou dans le cas d’une succession. À l’exception de Raul Castro, ses cadres ne sont pas formés politiquement à la gestion du pays.

  • Ce modèle de transition reposant sur Raul Castro et le PCC est-il viable ?

Tant que Fidel est vivant, la stabilité du pays est normalement assurée. Mais, à moyen terme, il est évident pour tous que Raul ne peut remplacer, seul, Fidel. Il l’a d’ailleurs reconnu. Même une direction collective fondée sur le parti unique ne me semble pas un modèle institutionnel viable. Nous ne sommes pas dans une situation comparable à celle de la Chine ou du Vietnam. Cuba est un pays petit, fragile, avec à ses portes les États-Unis, qui affichent une volonté d’ingérence, comme le démontre le dernier rapport remis au département d’État américain. En outre, le PCC est une formation atrophiée, en laquelle Fidel Castro n’a jamais vraiment cru. Même les formes n’y sont plus respectées. Par exemple, l’exclusion récente de Juan Carlos Robinson, un cadre du bureau politique, a été ratifiée par le dernier comité central, de manière arbitraire, sans explication. Le dernier congrès du parti date de 1997. En l’absence de Fidel, dont le pouvoir repose, que cela plaise ou non, sur une légitimité révolutionnaire, tout le cadre institutionnel sera remis en cause. Il sera inévitable de voir des débats ressurgir, sur la stratégie économique d’abord, et, compte tenu de la pression américaine, sur l’organisation d’élections libres.

P.-S.

Propos recueillis par Lamia Oualalou.
Entretien paru dans Le Figaro, édition du 15 octobre 2007.

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