André Fichaut (1928-2009)

, par KRIVINE Jean-Michel

André Fichaut dit « Max », un militant trotskiste français historique, nous a quitté, le 29 juin, à l’âge de 82 ans.
Il était, comme le rappelle le journal Ouest France, « une figure brestoise du mouvement ouvrier ». Une figure très attachante pour ceux qui l’ont connu, en raison de sa chaleur, de son désir d’être utile et, ajouterai-je, de son hospitalité...
Heureusement il a raconté sa vie dans un petit livre paru fin 2003 : « Sur le pont — Souvenirs d’un ouvrier trotskiste breton », précédé d’une préface originale de mon frère Alain dont je citerai le dernier passage : « Max, c’est un militant qui aime la lutte révolutionnaire, les copains, la nature et les huîtres, bref un militant normal qui veut renverser un ordre social anormal. C’est un ouvrier et maintenant un écrivain et ça le fait marrer ».
Il n’a aucun passé d’étudiant et n’a pénétré dans une Fac qu’en 1968... Il a été successivement garçon de ferme, apprenti mécanicien dans un garage, ajusteur sur les chantiers navals de Penhoët, puis agent à l’EDF pendant 19 ans. C’est avec beaucoup de verve qu’il relate ces périodes où il devra associer les militantismes syndical et politique.
C’est en 1944 qu’il adhère à la CGT mais ne rejoint les trotskistes qu’en 1949, bien qu’il les ait côtoyés plusieurs années aux Auberges de Jeunesse. Il se plaint d’ailleurs qu’ils ne lui aient jamais demandé de venir chez eux et considère que c’est « une tare originelle dont ils ont encore aujourd’hui du mal à se débarrasser ». Il ne se limitera pas à la IVe Internationale car, « en prévision de la guerre qui vient », les 3e et 4e Congrès de l’organisation ont mis en pratique la tactique « entriste » et fait adhérer un certain nombre de militants au PCF. Max y restera 13 ans et ne le quittera qu’après 68 ; sa démission y sera d’ailleurs remplacée par une exclusion...
On lui proposa en 1969 d’être le candidat de la LCR aux élections présidentielles (alors qu’il était toujours au PCF...), il refusa et fut remplacé par Alain Krivine. Par ailleurs rappelons que pendant un quart de siècle il fit partie de la direction trotskiste française.
Max ne se limita pas au militantisme « national ». Il raconte toute l’aide qu’il a apportée aux révolutionnaires polonais de Solidarnosc en 1981 et aux Tchèques de la Charte 77 en 1989. Le journal brestois déjà cité y insiste : « Dans l’Europe du rideau de fer, ce militant infatigable, adepte du camping-car dans lequel il aménageait des « planques », avait distribué des boîtes de conserves remplies d’exemplaires de Ma Vie de Léon Trotski [en fait, d’Inprekor en polonais...] en Pologne, ou des ordinateurs camouflés dans des télévisions en Tchécoslovaquie pour les militants de la Charte 77 ».
Mais il avait vu encore plus loin. Il n’en parle pas dans son livre de souvenirs car il était trop jeune pour y avoir participé : dans le Rouge du 15 juillet 2004 il remplit une page entière sur l’activité des trotskiste bretons au sein de l’armée allemande pendant la guerre. Ce fut une expérience unique qui a été passée sous silence à la Libération en grande partie à cause de l’influence du PCF qui ne tolérait pas que les « hitléro-trotskistes » puissent affirmer qu’ils ont fait de la résistance. Cela n’a duré que de mars à octobre 1943, avec une quinzaine de soldats allemands dont 7 ou 8 se réclamèrent de la IVe Internationale. Ils éditèrent un journal en lange alemande Zeitung für Soldat und Arbeiter im Westen, et en octobre la plupart d’entre eux furent arrêtés. Max insiste sur le fait que si le PCF, au lieu du slogan « À chacun son boche ! », avait organisé à une échelle de masse la fraternisation entre travailleurs avec ou sans uniforme, la physionomie de la guerre et ses résultats en auraient été changés. Il termine son article par cette remarque : « Et puis, puisque les derniers participants à cette aventure, les derniers informés de tout cela par ceux et celles qui en ont été les acteurs vont bientôt disparaître, au moins qu’il en reste quelque part une petite trace ».
Cher Max, c’est une grande trace qui reste de ton passage parmi nous et jamais nous ne t’oublierons !

À lire :

  • André Fichaut, Sur le pont — souvenirs d’un ouvrier trotskiste breton, Préface d’Alain Krivine, Éditions Syllepse, Paris, 2003.
  • André Calves, « Sans bottes ni médailles — Un trotskyste breton dans la guerre », Éditions La Brèche, Paris, 1984.
  • André Fichaut, « Une résistance différente. Objectif : préparer la révolution », Rouge, n° 2073 du 15 juillet 2004, p. 5.