Copenhague 2009, l’échec prévisible

, par LÖWY Michael

Nous – je veux dire les marxistes, les écosocialistes, les militants les plus radicaux du mouvement pour la justice climatique – étions assez pessimistes sur l’ainsi nommée Conférences des Nations Unies sur le Changement Climatique, et nous avions prévu que Copenhague allait terminer par un échec. Notre argument était que le système capitaliste ne connaît pas d’autres critères que l’accumulation illimitée, une plus grande expansion et de profits plus élevés, et qu’il est par conséquent incapable de prendre les mesures minimales nécéssaires pour éviter un changement climatique catastrophique. Et puisque nous savions que la grande majorité des « leaders mondiaux » présents à Copenhagen n’étaient que les fidèles serviteurs des interêts capitalistes, nous avons pensé que la Conférence allait se limiter à des vagues promesses au sujet d’une réduction d’émissions de CO2 de 50 % en 2050.

En un mot, nous avons cru que la montagne de Copenhagen allait accoucher d’une souris. Eh bien, je dois admettre que nous nous sommes trompés. Nous n’avons pas été assez pessimistes. La Conférence de Copenhagen n’a pas accouché d’une souris mais d’un cafard. Kyoto a déjà été un grand échec, puisque ses objectifs étaient ridiculement bas — une réduction de 5 % jusqu’à 2012 — et les méthodes utilisées, comme le « marché de droits à polluer », absolument incapables d’obtenir un progrès significatif. Mais Copenhague est très, très inférieur à Kyoto, qui au moins était un accord international avec des objectifs chiffrés et contraignants.

Qu’est-ce qui est arrivé ? Les USA ont accusé la Chine de refuser tout engagement international à réduire les émissions ; la Chine a accusé les USA de ne pas s’engager pour aucune réduction significative des émissions ; et l’Europe a expliqué qu’elle ne pouvait pas prendre d’initiative sans les USA et la Chine. Le seul point où ils étaient tous d’accord, et très heureux de cette convergence, c’est sur la nécéssité urgente de ne rien faire. Nous avons donc obtenu seulement un méchant cafard, intitulée « Accord de Copenhagen », concoctée par les « dirigeants mondiaux » avant de quitter rapidement la Conférence par la porte arrière. C’est un document vide qui proclame ce que tous savent, à savoir, qu’il faudrait empêcher la témpérature de monter au dessus de 2°C. Pas un mot sur les limitations d’émissions de gaz, pas de pourcentages de réductions mentionnés, même pas comme vœux pieux, même pas dans un futur lointain. Rien. Nihil. Zero contenu.

Alors, où se trouve l’espoir ? Le seul espoir qui existe ce sont les cent mille personnes qui ont manifesté dans les rues de Copenhagen, venant du Danemark, de la Scandinavie, de l’Allemagne, de l’Europe et du monde entier, exigeant des mesures radicales, dénonçant l’irresponsabilité des « leaders responsables », demandant la justice climatique et proclamant « il faut changer le système, pas le climat ». Ou alors les milliers qui ont pris part aux discussions du KlimaForum alternatif, qui a adopté une résolution dénonçant les pseudo-solutions du système (le « marché du carbone »). Ou encore, les milliers qui ont pacifiquement manifesté devant les portes de la Conférence officielle, essayant d’ouvrir un dialogue avec les réprésentants « officiels », mais qui ont été reçus par du gaz lacrymogène et des coups de matraque policière, tandis que leurs porte-paroles — comme Tadzio Müller — étaient arrêtés pour « incitation à la violence ». L’espoir est aussi réprésenté par des dirigeants politiques comme le Président Bolivien Evo Morales — parmi les très rares exceptions — qui a montré de la solidarité avec le mouvement pour la justice climatique, et qui a dénoncé le capitalisme comme le système responsable pour le désastreux réchuaffement global.

Conclusion : il y a beaucoup d’années, le célèbre poète et chanteur Joe Hill, du syndicat révolutionnaire IWW (Travailleurs Internationaux du Monde) de l’Amérique du Nord, a dit à ses camarades, peu avant d’être fusillé par les authorités sous des fausses accusations : « Ne vous lamentez pas, organisez-vous ». Nous devons revenir à nos pays, et organizer les gens, dans les villes et les campagnes, les usines et les écoles, et dans les rues, pour construire un large mouvement international de lutte contre le système, pour imposer des changements radicaux, et pour sauver de la destruction, non « la planète » — elle n’est pas en danger — mais la vie sur cette planète.