Uxmal ? Ha ir ha atikkah ? Arkham ? Vases communiquants dans le rêve d’une ville introuvable

, par LÖWY Michael

Depuis quelques années, je suis hanté par un rêve qui revient de temps en temps, mais jamais deux fois à l’identique.

Je me trouve devant les portes, ou les murailles, d’une ville très ancienne, dont j’entrevois les coupoles dorées et les tours. Après de multiples tentatives infructueuses, j’arrive à entrer par un des portails percés dans le mur, et je me perds dans le dédale des rues, admirant d’étranges et fascinants monuments, et côtoyant une foule d’inconnus. J’ai le sentiment que je ne devrais pas être là, que ce lieu est interdit, que je transgresse une loi, un décret, une coutume.

Dans les premières versions du rêve, j’avais l’impression que le lieu mystérieux était la vieille ville de Jérusalem intra muros – ha ir ha attikah, en hébreu. Je crois reconnaître le dôme du Rocher et l’esplanade du Temple, mais il y a quelque chose qui me déroute, qui me dérange : je n’arrive pas vraiment à déterminer où je me trouve.

Dans les versions suivantes, le lieu devient plus imprécis : je dirais qu’il est un mélange impur entre Jérusalem et Uxmal, cette cité maya perdue dans les forêts du Yucatan, dont les bâtiments fabuleux et inquiétants sont désignés par des termes arbitraires – palais des Dames, temple de la Lune – parce qu’aucun archéologue n’a réussi à déterminer quelle fut leur fonction précise. À moins que ce ne soit une fusion impossible entre ces deux villes et Gand (?) la vieille cité médiévale des Flandres. Ou Arkham, cette ville imaginaire qui apparaît dans les contes d’Howard Philip Lovecraft comme lieu d’abomination.

Le plus étonnant, cependant, c’est, dans les « ré-apparitions » du rêve, l’impression de « déjà vu », le sentiment de revenir à un lieu déjà visité dans un autre rêve. En d’autres termes : je me dis, pendant que j’essaye d’entrer dans la ville interdite, que je l’ai déjà visitée dans un rêve antérieur. Comme s’il existait un système de vases communicants, non seulement entre rêve nocturne et veille — comme l’ont si bien montré les surréalistes — mais entre les rêves eux-mêmes. Cela ne prend pas la forme d’une continuité directe, comme dans un roman-feuilleton, mais d’un sentiment fugitif, d’un état d’esprit, d’une impression, d’une lucidité incongrue : j’ai déjà eu ce rêve, j’ai déjà rêvé de cet endroit, j’ai déjà visité, en rêve, cette ville. Ou encore : voilà, je rêve à nouveau de la cité mystérieuse. Au fait, où suis-je ?

La réponse, peut-être, dans le prochain rêve.

P.-S.

Article paru dans S.U.R.R. (Groupe de Paris du mouvement surréaliste), n° 3.

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