Un premier pas vers la recomposition de la gauche : « l’Espace de dialogue et d’action commune de la gauche » vient de naître

, par MITRALIAS Georges

Profondément divisée, désorientée et marginalisée sur l’échiquier politique, la gauche grecque ne faisait que s’affaiblir depuis une bonne douzaine d’années, c’est-à-dire depuis qu’a été consommée sa participation à l’éphémère gouvernement de coalition dirigé par la droite conservatrice (le parti de la Nouvelle Démocratie). Depuis lors, son hémorragie a été incessante et a abouti aux désastreux résultats électoraux d’il y a un an : ses trois partis parlementaires ont recueilli ensemble moins de 10 % des voix, du jamais vu dans l’histoire de la gauche grecque de l’après-guerre !

Il était alors presque naturel que des voix de plus en plus nombreuses se lèvent de partout contre son éparpillement et ses sectarismes, et en faveur du dialogue et de l’unité d’action de cette gauche aux abois. D’ailleurs, une chose était — et reste — très claire : tant que la division règne, les petites et grandes chapelles de la gauche ne peuvent pratiquement rien faire contre le rouleau compresseur de néolibéralisme triomphant de la social-démocratie au gouvernement.

Cependant, tout indiquait que ce « basta ! » venant des profondeurs du « peuple de gauche » n’était pas suffisant pour obliger ses directions incorrigibles à changer de cap. Le pourquoi de cette tragédie était simple : au sectarisme pathologique et brutal du PC (KKE) s’ajoutait non seulement le sectarisme plus subtil de Synaspismos, mais aussi l’autosuffisance d’une extrême gauche qui s’entre-déchirait très loin des grands auditoires des forces vives du mouvement ouvrier organisé.

C’est alors juste après les élections de l’an passé que quelques militants ont entrepris les premières démarches en vue du rassemblement de tous ceux qui voudraient agir concrètement en faveur de l’unité d’action et de la recomposition de la gauche. Ce fut l’Initiative pour la Refondation de la Gauche formée en Septembre 2000 par l’AKOA (Gauche Rénovatrice Communiste et Écologique), la revue théorique Thèses et des militants de la section grecque (OKDE) de la IVe Internationale, qui, malgré leurs forces numériques limitées, y ont joué un rôle important. Presque en même temps, était lancée par les mêmes, auxquels s’ajoutaient des militants de la gauche de Synaspismos, la revue mensuelle Manifesto qui déclarait d’emblée vouloir devenir le lieu de rencontre des tendances unitaires, internationalistes et radicales de toute la gauche, tant parlementaire qu’extraparlementaire.

Seulement huit mois plus tard, on peut parler d’un exploit. Par des approches successives qui ont vu s’ajouter au noyau initial les trois tendances de gauche de Synaspismos, on en est arrivé finalement à la création de l’Espace de Dialogue et d’Action Commune de la Gauche qui rassemble les forces suivantes : le parti Synaspismos (Coalition de la Gauche et du Progrès, 3,2 % aux élections parlementaires et 5,6 % aux élections européennes), le KEDA (Mouvement de la Gauche Unitaire Démocratique qui regroupe les leaders prestigieux et cadres syndicaux récemment expulsés ou démissionnaires du PC), l’Initiative pour la Refondation de la Gauche et ses composantes, le DEA (Gauche Internationaliste Ouvrière, récente scission du SEK, organisation-soeur du SWP anglais), le Réseau pour la Défense des Droits Sociaux et Politiques (mouvement social autonome de grand prestige), la Politique Verte (écologistes), les Écolos Alternatifs et la Politique de Gauche. En plus, à l’Espace participent déjà des personnalités indépendantes et inorganisées, ainsi que le parti DHKKI (Mouvement Social et Démocratique, ancienne scission du PASOK, 2,7 % aux élections parlementaires, 7,9 % aux élections européennes) et le SEK (Parti Socialiste Ouvrier) avec le statut provisoire d’observateurs. Quant au PC, sa direction fidèle aux traditions staliniennes, a préféré évoquer la présence dans l’Espace du KEDA des ex-membres de son BP — Yannis Theonas (il a démissionné de son mandat d’eurodéputé en janvier passé) et Mitsos Kostopoulos (ex-président du groupe parlementaire du PC et ex-secrétaire général de la CGT) — pour refuser son adhésion...

Force est de constater que la création de l’Espace a dépassé, par l’ampleur et la diversité de ses forces, les espérances de ses initiateurs. Ce qui paraissait impensable seulement quelques mois auparavant, devenait réalité au mois de Mai 2001 ! Pour la première fois depuis des décennies, des forces de la gauche grecque qui s’ignoraient ou pire, qui préféraient s’entre-déchirer, décidaient de construire un cadre unitaire afin de commencer à dialoguer et à agir en commun.

Évidemment, personne ne cache que les problèmes à affronter seront difficiles, que tout reste à faire pour que ce premier pas vers la recomposition de la gauche grecque acquière la dynamique qui est nécessaire pour briser définitivement les traditionnels sectarismes des grandes et petites bureaucraties partidaires. Pourtant, l’enthousiasme et le climat de confiance existants renforcent ce sentiment diffus de retrouvailles trop longtemps attendues qui dominait dans les premières réunions de l’Espace...

Du commun accord de ses composantes, l’Espace reste ouvert à toute nouvelle adhésion, et a choisi de tester immédiatement ses capacités d’intervention sur les fronts suivants :
a. l’affrontement direct du mouvement ouvrier et du gouvernement à propos de la réforme néolibérale du régime des pensions et de la sécurité sociale ;
b. la mobilisation contre la nouvelle loi “anti-terroriste” qui limite dangereusement les droits et les libertés démocratiques ;
c. la préparation d’une participation grecque de masse à la manifestation internationale de Gênes contre le G8 et la mondialisation libérale.

Inutile d’expliquer que ces trois combats initiaux offrent aussi une première idée des sensibilités dominantes, du contenu politique de l’Espace : la défense intransigeante des acquis sociaux du mouvement ouvrier se conjugue avec celle des droits et des libertés démocratiques ainsi qu’avec l’internationalisme actif et le positionnement à l’intérieur du mouvement international des résistances contre la mondialisation néolibérale.