Divisions de la bourgeoisie et bruit de bottes à la veille des élections

, par XYZ

XYZ est un dirigeant du Parti révolutionnaire des travailleurs Mindanao (RPMM, section philippine de la IVe Internationale). Le RPMM, qui anime l’Armée révolutionnaire des travailleurs, est issu d’une scission du PCP au début des années 1990. Les pourparlers de paix qu’il a tenté de mener n’ont pas abouti, surtout depuis que l’armée des États-Unis a débarqué à Mindanao et dans la région. Il est donc contraint à la clandestinité. Mais une formation électorale qui est réputée lui être politiquement proche a obtenu un élu aux élections de 2001.

Depuis un an tout le pays a été plongé dans l’ambiance électorale. Ni les représentants en charge de la justice, ni ceux de la législature, ni tout particulièrement ceux de tous les niveau de l’exécutif – depuis le Barangay (village) jusqu’au Malacanang (le Palais présidentiel) – n’ont été épargnés par cette fièvre politicienne.

Cette passion politique des représentants publics élus a été si intense que l’étendue des dommages causés aux adversaires est devenue pour eux la mesure du succès. Les élus en place ont l’immense avantage de pouvoir puiser dans les ressources gouvernementales à leur disposition alors que les opposants doivent recourir à d’autres moyens pour résister et pour contrer les attaques dont ils sont l’objet de la part du parti dirigeant. Un de ces moyens, qui a été employé plus que jamais, c’est le recours aux candidatures des personnalités populaires. Dans l’histoire du pays il n’y a jamais eu autant d’acteurs et d’actrices ou de personnalités télévisuelles présentant leur candidature à tous les niveaux de la politique gouvernementale. Cela présente l’avantage de masquer le vide des programmes politiques de la majorité sortante comme de l’opposition bourgeoise, qui une fois en place obéiront de toute façon aux diktats néolibéraux de l’impérialisme. À un acteur on demande son autographe, non son programme...

Les bas coups de la présidentielle

Les élections de mai 2004, à la fois locales et nationales, doivent permettre d’élire plus de 50 000 représentants, depuis le Président jusqu’aux maires des villages. C’est bien sûr le combat pour la présidence — qui jouit de très larges pouvoirs aux Philippines — qui est au centre de la campagne.

La classe dirigeante tentera à cette occasion de consolider ses rangs et d’écarter tous ses adversaires pour la prochaine période. L’organisation de la campagne électorale n’a cette fois-ci pas de précédent dans l’histoire du pays. C’est même pire qu’au cours de la période qui a précédé la loi martiale. Les candidats mettent en avant non pas des programmes politiques, mais leur popularité. L’argent et non la crédibilité des programmes des candidats semble devoir être décisif.

Chaque candidat à la présidence a fait de son mieux pour apparaître comme celui qui mettra le mieux en œuvre le projet de l’intégration subordonnée du pays dans la mondialisation capitaliste. Chacun tente de se présenter comme étant le mieux en cour auprès des maîtres impérialistes, pensant que cela assurera sa victoire.

Six candidats ont été qualifiés pour briguer la présidence ; un seul a été disqualifié comme portant atteinte à la République. Mais des signes forts semblent indiquer qu’en réalité la course à la présidence à été réduite à deux d’entre eux : l’actuelle Présidente, Mme Gloria M. Arroyo et Fernando Poe Jr., le très populaire acteur et proche ami de l’ex-président déchu Estrada.

Le gouvernement en exercice a tout tenté pour disqualifier la candidature de F. Poe, mettant en cause sa citoyenneté, rappelant qu’il avait abandonné ses études et ainsi de suite. Mais la Cour Suprême a finalement pris une décision en sa faveur, reconnaissant qu’il était citoyen philippin de naissance. La pétition lancée dans le but de lui interdire de briguer la charge présidentielle s’est ainsi transformée en boomerang, atteignant ses promoteurs (identifiés avec le parti gouvernemental), et Fernando Poe Jr. a bénéficié d’une campagne médiatique le présentant comme le principal candidat de l’opposition.

Fernando Poe Jr. est actuellement l’acteur philippin le plus populaire. Dès qu’il a formellement annoncé sa candidature, le camp de la Présidente Arroyo a commencé à se préparer pour le scénario le plus défavorable. Mme Arroyo a immédiatement nommé deux nouveaux commissaires à la Commission électorale (chargée du décompte des voix et de la proclamation des résultats) à la place des deux commissaires nommés un an plus tôt par Estrada, lorsqu’il a été forcé de démissionner, mis à la retraite d’office. Pour assurer ses arrières financiers, le gouvernement Arroyo a manœuvré dans la Chambre basse de manière à ce que le budget 2004 ne puisse être approuvé par le Congrès, ce qui reconduit de manière automatique le budget de l’année 2003. Cela signifie qu’outre les sommes déjà budgétisées pour les projets en cours, la Présidente dispose d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant de réallouer des dépenses et de réaligner le budget, lui laissant ainsi la liberté de s’en servir dans des buts électoralistes.

Bruits de bottes

Les milieux gouvernementaux laissent entendre que si la différence de voix obtenues par la Présidente sortante et F. Poe se situe autour de deux millions, ils pourront manipuler le résultat pour proclamer la victoire de Mme Arroyo. Mais si la différence atteint entre trois et cinq millions de voix, cela deviendra impossible. Alors une autre tactique devra être employée. On parle ainsi du scénario « Noel » — abréviation des termes “No election” (Pas d’élection).

Cela pourrait être justifié en provoquant une guerre civile ou en ayant recours à des attentats à la bombe, le plus probablement à Mindanao, attribués à Abu Sayyaf ou aux activités d’Al Qaida, ou encore en recourant à un coup d’État des officiers mécontents, ou enfin en mélangeant tous ces ingrédients factieux. Déjà certains militaires actifs ou retraités proches de l’ancien président Ramos, qui soutiennent ouvertement la présidence Arroyo, ont exigé qu’un changement de la Constitution précède les élections.

Alors que la fièvre électorale s’intensifiait, l’agitation allait croissant parmi les troupes des Forces Armées des Philippines (AFP). Deux rébellions animées par de jeunes officiers ont eu lieu au cours des huit derniers mois. Dans les deux cas il s’agissait, entre autres, du refus de voir l’armée mise au service des campagnes électorales et de l’employer pour mettre en œuvre l’hystérie antiterroriste dans les régions comme le Mindanao.

Indépendamment du résultat des élections – ou de son absence – l’armée jouera le rôle décisif. Il est important de souligner que jusqu’à maintenant le corps des officiers est apparu divisé. Par exemple 30 % d’officiers issus de l’Académie militaire philippine ont été identifiés comme soutenant la candidature du sénateur Panfilo Lacson, ancien général et l’un des six candidats présidentiels en lice. D’autre part l’Alliance nationaliste révolutionnaire (RAM, une organisation d’officiers d’active et de réserve) a apporté son soutien à la candidature de F. Poe par la voix du sénateur Gringo Honasan.

Grâce à son image de militaire opposé aux crimes gratuits et à sa campagne centré sur la lutte contre la corruption, le sénateur Lacson peut être considéré également comme un candidat majeur. Outre le soutien des militaires, il bénéficie également de fortes protections dans la communauté chinoise. Il a toujours maintenu des bonnes relations avec le camp de F. Poe — les deux sont identifiés avec l’ex-président Estrada — au point que certains n’avaient pas hésité à suggérer que Lacson soit un candidat de réserve pour le cas où la candidature de F. Poe aurait été invalidée.

Mentionnons encore la candidature de Raul Roco, ancien sénateur et ancien ministre de l’éducation du gouvernement Arroyo. Longtemps en tête des sondages dans le passé (mais seulement en troisième position dans le sondage le plus récent, derrière Arroyo et Poe) il ne dispose pas d’organisation ni de ressources pour aller jusqu’au bout de la campagne. Jusque là il a fait campagne en faveur d’un gouvernement alternatif qui placerait le bien-être populaire à la première place, mais en se gardant bien d’aller au-delà de telles généralités. Il n’a aucun programme clair à opposer au programme néolibéral. Et comme les autres candidats, il est très prudent à ce sujet, craignant d’être entraîné sur un terrain miné et de provoquer la colère des dieux néolibéraux.

Turbulences économiques

Ces événements politiques ont directement affecté l’économie nationale. Les Philippines se distinguent parmi leurs voisins asiatiques par le plus bas produit intérieur brut (PIB) par tête. La monnaie philippine (le peso) a subi plusieurs dévaluation au cours des deux derniers mois pour atteindre son plus bas niveau historique face au dollar américain. Pour un pays dépendant de l’importation une telle situation est réellement alarmante.

Lorsque Fernando Poe Jr. a formellement annoncé sa candidature à la présidence, le peso a plongé. Il ne s’est pas remis depuis, atteignant le niveau de 56,3 pesos philippin pour un dollar américain. Le gouvernement Arroyo a immédiatement accusé son challenger de vouloir détruire l’économie nationale, ce qui n’a pas empêché ce dernier de caracoler en tête des sondages.

Pour bien enfoncer le clou du danger économique représenté par l’éventualité d’un gouvernement Poe, un sondage a été réalisé au sein du Makati Business Club (MBC), qui regroupe l’élite capitaliste du pays. M. Poe y a obtenu un zéro pointé alors que Mme Arroyo obtenait le meilleur score.

Mais pour les gens ordinaires cette image souligne seulement à quel point l’économie est fragile et très instable sous le gouvernement de Mme Arroyo, car la simple suggestion qu’il pourrait céder la place a déjà des effets dévastateurs. Cela signifie seulement que les « fondamentaux économiques » (pour peu qu’ils existent) sont loin d’être assurés sous l’actuel gouvernement. Ou que l’économie philippine est inséparable de Mme Arroyo... car comme le dit son slogan électoral « La présidente Arroyo est toujours notre meilleur espoir ».

Le déficit budgétaire persistant constitue un autre mauvais indicateur. L’an dernier le déficit a atteint 211 milliards, soit plus de 25 % du budget annuel. Avec la reconduction du budget 2003 pour l’année en cours on s’attend à ce que les dépenses gouvernementales dépassent la collecte des impôts, cela d’autant que le Bureau du revenu intérieur comptait percevoir 30,43 milliards de pesos en février 2004 mais que la collecte n’a finalement apporté que 28,83 milliards, soit une baisse de 5,3 %. Même les versements des travailleurs philippins émigrés qui ont atteint près de 7 milliards de dollars, soit 500 milliards de pesos (près de la moitié du budget national) n’ont pu sauver le budget gouvernemental. Et avec les élections prévues l’argent coule à flot pour acheter des voix ou influencer les électeurs.

L’endettement étranger a augmenté également du fait du déficit budgétaire. Mais l’augmentation est bien plus sensible encore, car 70 % de l’endettement étranger est libellé en dollars et chaque dévaluation du peso fait automatiquement croître la dette. Plus de 40 % du budget national est automatiquement assigné au payement des intérêts de la dette étrangère, ce qui fait qu’il ne reste pratiquement rien pour les services sociaux de base et le bien-être populaire.

Cela, alors que plus de 50 % de la population philippine vit au-dessous du seuil de pauvreté. Les services sociaux ont quasiment disparu et si éventuellement ici ou là un service de santé ou d’enseignement a vu le jour, c’est dans l’unique but de servir à la promotion de celui qui occupe actuellement un poste électif et non pour s’insérer dans une stratégie visant à répondre aux besoins de la population et d’assurer son bien-être. On n’en parlera plus une fois les élections passées.

Avec les dépenses électorales qui inondent le pays, les prix vont augmenter certainement, alors que les salaires des ouvriers et employés stagnent depuis une longue période. Une telle situation va se poursuivre longtemps après les élections.

Pire, le taux de chômage s’accroît. Alors qu’il était de 10,1 % en octobre 2003, il a atteint 11 % en janvier 2004 (le maximum atteint fut de près de 13 % en juillet 2003). Dans la Région de la capitale nationale un ouvrier sur cinq est au chômage. Cela signifie que le programme de la Présidente Arroyo a misérablement échoué.

L’attitude « attendre et voir » du secteur des affaires (tant local qu’étranger) contribue encore à aggraver la situation d’une croissance qui approche le 0 %. La Banque centrale (Banko Sentral ng Pilipinas) a mentionné qu’en mars 2004 les investissements ont chuté, n’atteignant que 80,9 millions de dollars, alors qu’ils étaient à 675,8 millions de dollars en mars 2003. Cela signifie que les investisseurs, tant locaux qu’étrangers, ont suspendu leurs projets dans l’attente du résultat des élections.

Prudence de l’Église

Avec l’approche des élections le choix populaire se rétrécit à celui entre deux candidats : la Présidente en exercice Gloria M. Arroyo ou Fernando Poe Jr. La campagne de la présidente se limite à demander qu’on lui laisse poursuivre l’œuvre qu’elle a commencée durant les trois dernières années (la partie du mandat laissée par les président évincé Estrada). Il n’y a là rien qui puisse attirer les masses populaires, pour autant qu’elles soient concernées : les services sociaux sont en panne, le chômage augmente, la corruption s’est intensifiée au point que la famille présidentielle est éclaboussée… Pour sa part Fernando Poe Jr., connu comme le roi du cinéma philippin et dont la seule qualification c’est que presque tous ses films sont des grands succès, croit qu’il doit agir maintenant en président, pour récompenser les cinéphiles. Selon lui, c’est la plus grande performance de sa vie. Il a récemment déclaré que, s’il est élu, il demandera la renégociation de la dette extérieure. Immédiatement le commerce et le marché se sont effondrés et cette annonce a été aussi vite démentie par ses pairs. Ses conseillers lui ont vertement reproché de s’être ainsi engagé en terrain miné.

Les deux principaux candidats manifestent leur intention de poursuivre la politique néolibérale. Cela n’a rien de surprenant : les conseillers économiques de Fernando Poe Jr. sont les mêmes qui conseillaient le président évincé Estrada.

Devant ce choix limité l’Église maintient une attitude indépendante et appelle ses ouailles à voter selon leurs conscience. Seul le cardinal Sin de Manille, retiré, a indirectement soutenu Raul Roco, mais il ne pèse plus désormais. Comme le secteur des affaires, l’Église adopte une prudente attitude d’attente, consciente que si elle se prononçait en faveur d’un candidat qui ne l’emporte pas elle en payerait les conséquences. Et si l’un des candidats en lice – Bother Eddie Villanueva – est le fondateur du Mouvement Jésus est le Seigneur, les églises ne lui accordent pas leur soutien public pour autant.

Les médias jouent gagnants

Comme dans les autres élections les mass-médias ont par contre fait preuve d’une grande activité, bien sûr très partisane. Les grands politiciens ont massivement investi dans les activités de lobbying pour garantir la publication de leurs points de vue et pour que les sondages leurs soient favorables.

La question de la vice-présidence est devenue décisive depuis que l’intervention directe du peuple a permis de changer le leadership du pays. C’est, bien sûr, le signe de la faiblesse des institutions démocratiques et un acte qui était contestable du point de vue constitutionnel. Mais il est aussi possible d’interpréter la Constitution pour s’en servir en vue de la succession.

C’est dans ce contexte que le plus grand réseau de télévision du pays ABS-CBN a imposé ses candidats. Les deux candidats à la vice-présidence auprès de la présidente Arroyo et de Fernando Poe Jr. viennent ainsi tous les deux d’ABC-CBN. Le géant médiatique, qui a par ailleurs des intérêts à préserver dans les secteurs industriels vitaux du pays, comme l’électricité, l’eau et la construction etc., joue ainsi gagnant sur tous les tableaux...

Les classes moyennes ont été divisées. Ceux qui veulent le changement, car ils sont frappés de plus en plus durement par la politique économique néolibérale de la présidente Arroyo, doivent choisir entre F. Poe — qui n’a pas de programme économique —, R. Rocco — dont le programme économique se résume à son slogan « Alliance de l’espoir », mais qui manque de ressources et n’ira sans doute pas jusqu’au bout — et le général retraité et actuel sénateur P. Lacson, qui promet de supprimer les crimes et la corruption, mais dont la formation dit l’opposé de ce qu’il expose. Un choix difficile en effet.

L’attitude des partis révolutionnaires

Les partis et les groupes progressistes et révolutionnaires ont essayé de tirer un maximum d’avantages de cette situation. Clandestins pour la grande majorité d’entre eux, ils ne peuvent participer aux élections qu’en mettant en avant des « partis électoraux ». Les surprenants succès de quelques uns de ces partis lors des élections législatives de 2001 (plusieurs député(e)s considérés comme proches des organisations clandestines siègent au Congrès) ont convaincu cette fois-ci la majorité des partis révolutionnaires et progressistes de s’engager dans la lutte électorale pour obtenir plus de sièges dans l’élection à venir et une présence plus importante des les institutions bourgeoises. Certains d’entre eux ont même consacré plus de temps et de moyens à la lutte électorale qu’à la construction des mouvements sociaux, alors que d’autres ont utilisé les élections pour leur activité de propagande et pour se procurer des ressources.

À l’exception du MLPP (Parti marxiste-léniniste des Philippines), qui refuse de participer aux élections par principe, tous les partis politiques clandestins ont mis en place leurs propres « partis électoraux » pour pouvoir présenter des candidats.

L’importance de la participation électorale des partis venant de la tradition maoïste-stalinienne, qui considéraient il y a peu encore les élections comme un abandon de la voie révolutionnaire, a créé une surprise. C’est certainement un phénomène nouveau. Les petits avantages et les privilèges d’élus peuvent aider à la construction des partis, voire à leur reconstruction. Le danger d’intégration dans le système réactionnaire a été éclipsé par ces avantages. Un ou deux partis issus de la tradition démocratique nationale ont même poussé jusqu’à concentrer toute leur énergie sur la seule lutte électorale. Et souvent les mouvements sociaux ont été subordonnés à la lutte électorale.

Le Parti communiste des Philippines, maoïste et stalinien, a intensifié ses offensives armées. Mais même lui a créé six formations électorales. Outre l’utilisation des élections pour la collecte de fonds en exigeant de tous les candidats, qu’ils soient des politiciens gouvernementaux ou des membres de l’opposition, qu’ils payent des « permis de campagne » (“Permit to Campaign” : PTC) dans les zones où opèrent ses forces armées, ses cadres et ses militants placardent des affiches pour leur propres candidats. Il faut souligner que lors des élections précédentes le PCP avait établi des liens avec la Présidente Arroyo nouvellement installée. Il avait réussi à rassembler sur son parti électoral plus de voix qu’il n’en fallait pour obtenir trois sièges au Congrès (à savoir le maximum de sièges autorisés par parti sur ce type de liste). Il voudrait en obtenir plus cette fois-ci.

Tous ces partis présentent des candidats en vue de « gagner » et ne comptent pas se limiter à utiliser la tribune électorale pour leur propagande. Étant donné les profils des présidentiables et leurs programmes, aucun groupe progressiste ou révolutionnaire n’a ouvertement fait campagne pour eux. Cependant récemment il est devenu clair que les partis électoraux liés au PCP et à sa Nouvelle armée populaire ont soutenu d’une manière subtile la candidature de F. Poe et de sa candidate à la vice-présidence Loren Legarda. La raison en est évidente : en cas de victoire d’un président faible, ils comptent avoir un accès à l’entourage de la présidence et, à travers Legarda, accéder aux pourparlers de la paix et revendiquer la plus grande partie du fonds de l’indemnisation des victimes des violations des droits de l’homme sous la dictature Marcos.

Tous ces groupes et partis ont pris leurs précautions et se sont préparés aussi pour le scénario « Noel ». La Présidente en exercice ne s’est en effet pas limitée à asseoir son influence sur la Commission électorale et sur la Cour suprême, elle a également pris en main les Forces armées. Depuis un an l’armée a été soumise à un carrousel de nominations sur la base de la fidélité des généraux à la présidente, assurant ainsi sa profonde réorganisation.

La « menace terroriste », qui pèserait particulièrement sur les élections à Mindanao, a été régulièrement mise en avant pour préparer le scénario « Noel » ou du moins s’assurer un contrôle des opérations électorales et du décompte des voix. Ces secteurs peuvent être ainsi déclarés comme des « points chauds » et les bulletins seront comptabilisés dans les camps militaires...

Même les pourparlers de paix avec divers groupes révolutionnaires (Parti communiste des Philippines / Nouvelle armée populaire, Front de libération Moro – MILF-BIAF, Parti révolutionnaire des travailleurs Mindanao / Armée révolutionnaire des travailleurs, etc.) ont été repris de manière occasionnelle pour que la présidente en exercice puisse s’en prévaloir et gagner de la sorte quelques voix supplémentaires.

Pour sa part, le Parti révolutionnaire des travailleurs Mindanao (section philippine de la IVe Internationale) a renforcé son intervention sur les divers fronts — parlementaire, électoral, international, des mouvements de masse, de lutte pour la paix et de lutte armée. Il a préparé ses adhérents et ses structures à jouer un rôle dirigeant dans les événements qui se succèdent rapidement dans le pays.

Les groupes et partis révolutionnaires se sont eux-mêmes préparés à participer et à remporter les élections, même si c’est avec des orientations et objectifs divers. Indépendamment du résultat électoral, les aspects fondamentalement négatifs de la politique néolibérale et de la mondialisation capitaliste auront été cette fois-ci mieux expliqués. La base matérielle pour l’intensification de l’activité révolutionnaire devient plus fertile. Les partis ouvriers véritables ne laisseront pas passer cette opportunité sans accélérer le pas pour renforcer le projet socialiste dans le pays.

Mindanao, mars 2004.

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