Le POUM : Révolution dans la guerre d’Espagne

, par LÖWY Michael

Le POUM : Révolution dans la guerre d’Espagne, Wilebaldo Solano, Paris, Editions Syllepse, 2002, 366 pages.

On oublie, parfois, que l’Espagne a connu, en 1936-37, non seulement une guerre civile mais une des révolutions les plus originales de l’histoire européenne. Ce livre, rédigé par celui qui fut, pendant ces années de feu, le secrétaire général des jeunesses du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste — le célèbre POUM immortalisé par George Orwell dans ses mémoires — est à la fois une histoire de cette organisation et une biographie de son principal dirigeant, Andreu Nin, qui fut au cours des années 1920 un des principaux cadres de l’Internationale Syndicale Rouge. Nourri par ses souvenirs personnels, par son travail de recherche et par l’apport des archives soviétiques enfin ouvertes après 1989, W. Solano apporte une contribution importante à la connaissance de ce chapitre dramatique de l’histoire du mouvement ouvrier.

Brillant intellectuel et dirigeant communiste, auteur de deux livres importants, Les dictatures de notre époque (1930) et Les mouvements d’émancipation nationale (1935), Andreu Nin, qui avait adhéré, lors de son séjour à Moscou, à l’opposition communiste de gauche, fonde, dès son retour en Espagne en 1930, la Gauche Communiste d’Espagne (ICE), affiliée au courant international dirigé par Trotsky. En septembre 1935 la fusion de différents groupes, dont notamment l’ICE et le Bloc Ouvrier et Paysan (ancienne Fédération Catalane du Parti Communiste), donne naissance au POUM, qui devient rapidement une des principales forces de gauche en Catalogne, et commence à s’étendre à d’autres régions de l’Espagne.

Trotsky s’était opposé à cette fusion et ce désaccord va provoquer sa rupture avec Nin. Mais il sera impressionné par le rôle de ce mouvement révolutionnaire dissident dans les combats de juillet 1936 à Barcelone contre le soulèvement franquiste, et dans les premiers mois de la guerre civile, quand ses colonnes se battaient sur les fronts d’Aragon et de Madrid. Dans une lettre au délégué du mouvement trotskyste en Espagne, Jean Rous, le fondateur de l’Armée Rouge écrivait en août 1936 : « Quant à Nin, Andrade et les autres, dans la situation actuelle il serait criminel de se laisser porter par les réminiscences de la période précédente. Bien qu’il existe des divergences de programme et de méthode, même après l’expérience passée, ces dernières ne devraient empêcher en aucune façon un rapprochement sincère et durable, l’expérience ultérieure fera le reste ». La lettre, interceptée par la police de Mussolini, n’arrivera jamais à son destinataire (elle fut déco uverte bien plus tard par l’historien italien Paolo Spriano)...

La suite des événements est connue, notamment grâce au film de Ken Loach, Land and Freedom : après les affrontements de mai 1937 à Barcelone, où les militants du POUM vont se battre aux cotés des anarchistes de la CNT — et surtout du groupe libertaire le plus conséquent, les « Amis de Durruti » — contre la tentative des communistes staliniens de les déloger de la Centrale Téléphonique, les unités combattantes du POUM seront dissoutes et leurs dirigeants emprisonnés. Quant à Andreu Nin, il sera enlevé, torturé et assassiné par des agents de la GPU de Staline en Espagne. Une partie importante du livre est dédiée à « la longue marche pour la vérité sur Andreu Nin », grâce, entre autres, à des documents nouveaux récemment découverts dans les archives soviétiques. Tout semble indiquer que ce fût le refus de Nin d’ « avouer » — comme les accusés des Procès de Moscou — malgré les tortures, qui décida ses bourreaux du GPU à le tuer et faire disparaître s on corps.

À la fin dé la guerre civile, en 1939, les militants du POUM survivants s’exilent en France, où ils seront bientôt internés dans des camps de travail : il était, selon le mot de Victor Serge — le principal soutien du POUM en France — « minuit dans le siècle ».

Une section de documents complète le livre. Le dernier de ces textes est une auto-critique en bonne et due forme du PSUC (Parti Communiste de Catalogne), qui salue — en décembre 1989 — le travail de la Fondation Andreu Nin (présidée par W. Solano) et reconnaît que « Andreu Nin fait partie du carré d’honneur des dirigeants de la gauche catalane de ce siècle ».