Ce n’est vraiment pas le moment que la LCR se dissolve ! Non, la société française n’a pas viré à droite

, par FILOCHE Gérard

Gérard Filoche
(Tendance pour l’unité ouvrière)


APRÈS mars 1986, le PCF a expliqué partout que « la société française avait glissé à droite ». Octobre 1986, L. Jospin affirme à son tour : « Le PS agit dans une situation historiquement défavorable. » Ces propos n’encouragent guère à l’optimisme et à la lutte : cela fait le jeu de Chirac qui met en œuvre, à marche forcée, une politique à la Reagan et à la Thatcher contre les syndicats, contre les acquis des travailleurs.
Même parmi les trotskystes, la majorité de la LCR courbe le dos : Critique communiste titrait son article de bilan du 16 mars : « Une nouvelle donne : la tendance de fond – un glissement â droite. » De mars à décembre 1986, l’analyse de la majorité de la LCR était empreinte de cette idée de « glissement à droite » ; on ne parlait que de désarroi, démoralisation des travailleurs, « intériorisation de la crise », etc.
Il a fallu la puissance des mouvements sociaux de la fin 1986 pour étayer l’analyse de notre minorité que mars 1986 n’avait pas inversé totalement mai-juin 1981 et que la période issue de Mai 68 était fondamentalement inchangée.
Le mouvement jeune, puis les grèves SNCF, RATP, EDF, marins et instituteurs ont surpris la majorité de la LCR qui y a vu un « tournant » ! Mais pourtant, ce mouvement de masse était inscrit... depuis trois ans (et nous le disions dans les textes internes) dans les mobilisations de la jeunesse. Marche des Beurs en décembre 1983, Convergence en décembre 1984, concert de la Bastille en juin 1985, marche des Beurs avec SOS-Racisme le 7 décembre 1985, concert de la Bastille le 14 juin 1986 : la « SOS-génération », ça fait trois ans qu’on la voit monter en puissance !
Même aujourd’hui, malgré la force de ces mouvement sociaux et le coup d’arrét qu’ils ont donné à Chirac, la majorité de la LCR reste sceptique au point de reprocher dans Critique communiste de mars 1987 aux « rénovateurs » du PCF leur manifeste « empreint d’optimisme » parce qu’il « relativise les effets de la crise » ! Ce n’est vraiment pas sur ce sujet qu’il faut critiquer le manifeste du Comité de coordination des rénovateurs communistes (COCORECO).

Union dans les luttes !

Il nous semble, à nous, Tendance pour l’unité ouvrière, qu’il convient au contraire de souligner le fait que les rapports de forces sociaux n’ont pas été inversés sous les effets de la crise économique du système capitaliste.
Il faut donc prendre appui sur l’élan des luttes de cet hiver et les espoirs qu’elles ont fait naître pour œuvrer à recréer l’unité des organisations ouvrières et faire échec à Chirac, le chasser.
Selon nous, c’est possible. Les circonstances sont favorables â la LCR (et si elle n’en profite pas, c’est par erreur d’orientation politique) pour agir avec tous les travailleurs et mettre en échec les libéraux au pouvoir, imposer une nouvelle majorité des partis ouvriers au Parlement.
D’abord, engageons-nous davantage dans les organisations de jeunesse comme SOS-Racisme et l’UNEF, construisons un syndicat lycéen ! Il y a là une génération fantastique avec laquelle nous avons commencé à nous lier au cours des mois de novembre et décembre 1986. Comme ces jeunes-là, la LCR veut faire « encore mieux qu’en Mai 68 ». Comme ces jeunes-là, la LCR entend tourner le dos au gauchisme et choisir l’action de masse, unie, déterminée, sur des objectifs clairs. Comme cette jeunesse-là, la LCR veut donner toute la place qui leur revient, à égalité de droits,
aux femmes.
Ensuite, tirons la leçon des grèves exemplaires des cheminots, de celles de la RATP, des marins et des instituteurs : les luttes doivent être prises en main collectivement, démocratiquement — vivent les coordinations élues, unitaires ! vivent les comités de grève ! — et pour cela, imposons l”unité syndicale. Inlassablement, avec les travailleurs, nous devons interpeller les dirigeants de la CFDT, de la CGT, de FO et de la FEN pour qu’ils agissent dans l’unité (par exemple pour la défense de la Sécurité sociale car, sur ce terrain, un gigantesque mouvement de masse est possible).
La clé de l’orientation que nous proposons au congrès de la LCR, c’est la bataille contre la division PS-PCF, contre la division syndicale. On ne gagnera pas sans unité. L’union fait la force. Et cette unité doit se faire à la base comme au sommet, pour l’action, contre le patronat et la droite. Allons jusqu’au bout dans cette voie : soyons les champions de l’unité et de la démocratie dans les luttes.

Gagner au trotskysme des milliers de communistes et de socialistes

Pour se construire, la LCR doit rompre avec son « look » gauchiste, sectaire, avec la surenchère « à gauche de la gauche ». Finissons-en avec la ligne de l’« alternative » où l’on s’enferme dans un ghetto avec de petits cercles d’extrême gauche devenus marginaux : retrait total de cette orientation gauchiste ! L’occasion est là avec la crise au sein du PCF et la possibilité que se développe un courant gauche au sein du PS.
Derrière le phénomène dit des « rénovateurs », il y a une occasion extraordinaire de gagner au programme trotskyste des milliers de militants communistes. C’est sans précédent. À nous de saisir cela. Même si derrière le manifeste de COCORECO il y a une grande hétérogénéité et des positions encore incertaines, des milliers de militants communistes, avec une influence syndicale significative. sont prêts à s’engager concrètement dans des actions unitaires et à discuter avec la LCR, si celle-ci sait être attractive et faire valoir les qualités de son programme et de son organisation.
Au sein du PS, on voit une génération venue à ce parti récemment qui commence à en secouer les fondations et à être le moteur des luttes de la jeunesse. La jonction entre ces jeunes et des secteurs du PS qui refiisent l’attentisme imposé par la cohabitation, qui refusent la perspective d’une alliance avec la droite, est à l’ordre du jour. C’est une opportunité rare : des mouvements de masse – historiques – de la jeunesse, des perspectives sans précédent au sein du PCF et du PS, une exigence dans toutes les grèves récentes d”unité, d’unité syndicale et politique ! Nous, trotskystes, devons démontrer que nous « sommes dans le coup », que nous sommes réjouis par ces phénomènes tant attendus, que cela corres-pond a notre programme, que nous sommes avides, farouchement, de démocratie, de lutte, d”unité pour, efficacement, battre et chasser Chirac (et Barre).

Ce n’est pas le moment que la LCR se dissolve !

Ce n’est pas le moment que la LCR se dissolve ou s’efface en tant qu’organisation trotskyste et section publique, indépendante, de la IVe Internationale (et si la majorité veut aller dans cette voie, nous nous y opposerons par tous les moyens), mais c’est le moment, au contraire, d’être très bien organisés pour, par exemple, faire surgir un vaste courant unitaire dans lequel nous travaillerons avec des militants du PCF et du PS, avec des responsables dans les quatre grands syndicats. Car le « test » des rapprochements politiques et organisationnels, c’est l’action commune prolongée.
Prôner l’unité du PS et du PCF est une tâche incontournable : malgré tout le passif accumulé des dirigeants staliniens et sociaux-démocrates, il n’existe pas d’autre issue politique qu’un gouvernement ment PS-PC rompant avec la bourgeoisie. Battre une deuxième fois la droite, c’est mieux qu’une : ça ouvrirait des conditions plus favorables pour que les travailleurs, cette fois, disent : « Ne nous privez pas de notre victoire, nous voulons un vrai changement, nous ne nous satisferons pas de ce que vous avez fait après 1981, nous exigeons satisfaction de nos revendications. »
Unité des organisations ouvrières, du PS, du PC, des syndicats, union dans les luttes pour battre Chirac, union aux élections — désistement inconditionnel pour le candidat le mieux placé pour battre la droite — pour les revendications des travailleurs, contre le racisme, pour les droits des femmes, pour l°école publique... Voilà ce qui doit se trouver, selon nous, dans la plate-forme d’un candidat au premier tour des présidentielles. Nous proposons à tous ceux qui, avec la LCR, seraient prêts â défendre une telle plate-forme de faire une campagne commune avec un candidat commun. Ce serait le candidat de l’unité ouvrière : sa campagne pèserait en faveur de l’unité au second tour, elle aurait un impact dans le PC et le PS, elle encouragerait les luttes, elle poserait les jalons d’un nouveau parti des travailleurs...

Pour la Tendance pour l’unité ouvrière,
Gérard Filoche (BP de la LCR, SFQI)