« Maintenir la pression »

, par POUTOU Philippe

À l’usine Ford, les inquiétudes persistent dans les rangs des salariés. Elles concernent principalement la pérennisation des 1000 emplois sur le site blanquefortais, promesse faite par les dirigeants de l’entreprise en décembre dernier. Philippe Poutou, responsable CGT, se montre très vigilant quant à la suite du dossier. Et le comité de pilotage qui a lieu aujourd’hui en présence de certaines huiles du groupe Ford, ne le rassure pas davantage. Entretien.

  • Un nouveau comité de pilotage se tient ce matin à la résidence préfectorale. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?

C’est difficile à dire... ça fait 4 ans que l’on se bat pour avoir du boulot et l’on a remporté pas mal de batailles, pour l’instant, car l’entreprise devait être fermée et au final elle ne l’a pas été. Mais ce qu’on voudrait surtout dire aux dirigeants qui y participent, c’est qu’on ne lâchera pas l’affaire. Actuellement, le discours officiel paraît plutôt rassurant puisqu’ils disent qu’ils vont maintenir les 1000 emplois, mais nous allons maintenir la pression. On n’est pas en danger immédiat mais on essaie de voir à long terme...

  • Il y a une vraie inquiétude dans vos propos.

Pour l’instant, il n’y a pas assez d’activités sur le site pour occuper les 1000 emplois même si les dirigeants annoncent des productions plus importantes que prévues (avec notamment la production de la future boîte automatique 6 vitesses l’année prochaine, ndlr). Avec ce qu’ils nous donnent comme documents, on est persuadé que le chiffre des 1000, on ne l’atteint pas ! On est convaincu qu’ils veulent encore nous faire accepter des pertes d’emploi dans les deux années qui viennent. Visiblement au bout du compte, ils aimeraient bien nous faire accepter une usine où il y aurait 600-700 emplois sans nous le dire aujourd’hui. Les dirigeants de Ford doivent s’engager fermement à respecter leur promesse des 1000 emplois, on ne doit pas être en dessous de ce chiffre ! C’est maintenant qu’il faut se battre.

  • Et quelle forme prendra ce combat ?

Nous manifesterons au Mondial de l’auto à Paris le 29 septembre prochain devant le stand Ford. On veut continuer à maintenir la pression sur les dirigeants de Ford mais aussi sur les pouvoirs publics car cette multinationale, qui fait des milliards de profits, touche des aides publiques. Il est donc hors de question que les emplois ne soient pas maintenus.

  • À ce sujet, avez-vous le sentiment que les pouvoirs publics vous soutiennent ?

En ce moment, ils sont bien gentils mais ils laissent trop faire les choses. C’est complètement anormal, c’est à eux d’agir pour que la multinationale respecte ses engagements.

  • Mais la création d’un ministère du redressement productif n’était pas de nature à vous rassurer ?

On savait très bien que ce n’est pas parce que le gouvernement changeait que ça allait vraiment faire bouger les choses, et là on le voit. Dès le début on a envoyé un courrier à Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, comme d’ailleurs plein d’autres entreprises en difficulté le font. Et il ne nous a toujours pas répondu... Il faut davantage compter sur nos luttes et notre capacité à faire parler de nous que sur le gouvernement lui-même.
Mais le problème ne se pose pas uniquement pour Ford. Il faut que l’on réussisse à faire le lien avec les autres entreprises concernées, PSA, Fralib et toutes les autres de manière à agir ensemble pour empêcher partout les suppressions d’emplois. Il faut refuser ce côté fataliste que l’on veut insinuer dans nos têtes. Notre boulot c’est notre vie.

P.-S.

Propos recueillis par Nicolas Bochereau.