« C’est à Mélenchon de dire s’il est dans l’opposition ou dans la majorité »

, par BESANCENOT Olivier

Olivier Besancenot présente la stratégie du NPA pour faire apparaître une opposition unitaire à la gauche du gouvernement.

Après un été chargé en lectures militantes et en polars, Olivier Besancenot repart au combat. Conférence de presse unitaire de la gauche de la gauche sur la réforme des retraites, souscription du NPA, candidature aux européennes, il répond aux questions des Inrocks sur la stratégie du NPA pour la rentrée sociale et bien sûr sur la Syrie, sur le gouvernement et sur la réforme du droit de vote des étrangers. Il réfléchit aussi à la place de l’engagement militant aujourd’hui dans la société.

Quatre ans après sa création, le NPA est-il encore viable, encore une signature qui compte ?

Olivier Besancenot – L’enjeu d’une signature se décline en fonction de l’actualité, du moment et de la période. Je pense que le NPA compte toujours. Après des moments difficiles, nous connaissons une nouvelle situation notamment depuis que Hollande est arrivé. Il y a, de nouveau, un petit courant de sympathie qui se tourne vers nous, un milieu social qui, sans partager toutes nos solutions, pense qu’on est utile pour les combats du quotidien, peut-être parce qu’on est les plus indépendants du gouvernement.

Mais, en même temps, il y a le Poutouthon...

Ce n’est pas nous qui l’avons appelé comme ça, mais peu importe. Cette souscription n’est pas faite pour combler les caisses du NPA, mais pour nous permettre de nous présenter sur l’ensemble des circonscriptions aux élections européennes. Il y a sept circonscriptions et le coût est de 1 million d’euros. Chaque année, nous organisons des souscriptions. On récolte de 200 000 à 300 000 euros. Cette fois, il en faut trois fois plus. Même si c’est trop tôt pour faire un état des lieux, nous partons confiants. De la réussite de la souscription dépendra l’envergure de notre présence au moment des élections européennes.

Dans quelle mesure allez-vous continuer à vous impliquer au NPA ? Serez-vous candidat aux européennes ?

Il ne faut pas aller plus vite que la musique et on n’a pas encore discuté de cela. Il faut d’abord régler les moyens de se financer. Et à ce moment-là on verra qui se présente. C’est encore assez loin, mine de rien. C’est la rentrée. Nous verrons fin décembre. On prend les choses au fur et à mesure. On est d’abord sur la bataille des retraites, avec un fil rouge qui consiste à essayer de rassembler, de façon unitaire, une opposition radicale à la gauche du gouvernement en donnant un contre-poids efficace et concret à la politique du pouvoir et du patronat. Avant les manifestations du 10 septembre, nous cherchons à remettre en place le dispositif unitaire qui existait au moment de la réforme de 2010.

Dès ce mercredi 4 septembre, se tiendra une conférence de presse unitaire puis il y aura des meetings communs dans les tuyaux, auxquels le NPA prendra part. C’est toujours compliqué à organiser car, derrière ce combat, se niche le dilemme de la gauche radicale et de la gauche non gouvernementale : une certaine forme de culpabilité sur laquelle le PS compte beaucoup. C’est l’idée qu’on ne pourrait quand même pas leur faire la même chose qu’à la droite. Pourtant, eux ne se gênent pas pour mener une politique de droite. Nous ne sommes pas là pour nous contenter de faire le constat perpétuel de l’inaction ou des trahisons du gouvernement ; on n’en attendait de toute façon rien. Nous voyons les choses en mouvement et l’enjeu est bien de faire qu’ici et maintenant on impose un maximum de victoires par le rapport de force et à grands coups de pied dans le derrière. C’est le meilleur moyen de faire apparaître une alternative anticapitaliste crédible à la gauche du gouvernement. Tant qu’elle n’existera pas, c’est vers la droite et l’extrême droite que les désabusés se dirigeront.

Vous parlez d’une conférence de presse unitaire. Le Front de gauche sera-t-il présent ?

Oui. On sait que les militants notamment ont envie de ça. C’est aux dirigeants du Parti communiste, du Parti de gauche de se prononcer. Faut remouiller la chemise comme en 2010. Pour l’instant, cela paraît plus compliqué. Plutôt que de continuer à lorgner sur la gauche du gouvernement, le Front de gauche aurait tout à gagner à participer à la construction d’une opposition à la gauche du gouvernement qui soit décomplexée et assumée.

Vous les sentez plus hésitants ?

Il y a plus que des hésitations ! Il y a une stratégie aux municipales qui comporte des accords à géométrie variable incompréhensibles. C’est un manque de cohérence que de tenir des propos aussi forts parfois contre le gouvernement Ayrault et de se présenter tout de même avec la majorité présidentielle aux municipales dans certaines villes, et non des moindres. Il faut s’assumer. La balle est dans le camp de Mélenchon. C’est à lui de dire s’il est dans l’opposition ou dans la majorité.

Pour en revenir aux européennes, même si ce n’est pas tranché, est-ce que vous avez envie d’y aller ?

Cela ne se passe pas comme ça chez nous : nous ne sommes pas des candidats professionnels et on décide collectivement, en temps et en heure, de ce qu’on fait. Et puis là, ce n’est vraiment pas l’heure. Je n’entretiens aucun vrai-faux suspense sur quoi que ce soit, mais ça ne se discute vraiment pas en ces termes-là dans nos rangs.

Votre exemple ne montre-t-il pas que l’engagement militant passe aujourd’hui plus par un engagement citoyen que politique ?

C’est un engagement militant. J’adore cette citation de Paul Valéry : « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. » On est dans une société qui pousse une écrasante part de la population à se sentir illégitime face à des politiciens qui vivent en vase clos et partagent les mêmes codes. Nous, on doit se faire violence pour y aller. Peut-être qu’on bégayera, qu’on se plantera mais au moins on aura tenté. Nous cherchons à démontrer qu’on peut faire de la politique sans courir après les postes et sans avoir une vision seulement électorale. C’est vraiment notre marque de fabrique. Car, le temps du suffrage électoral est un temps de citoyenneté extrêmement bref en réalité, le temps de glisser une enveloppe dans une urne. La démocratie réelle, c’est l’espérance qu’on a ou non d’une autre société. La gauche radicale crève de son manque d’imagination, de son inaptitude à sortir le nez du guidon, à quitter l’urgence des temps électoraux pour cogiter et imaginer ce que pourrait être une nouvelle société où la démocratie serait un mélange de suffrage universel et de démocratie directe. D’où l’idée qu’on a un engagement militant constant qui ne surgisse pas uniquement au moment des élections.

Est-ce que l’affaire Snowden justement traduit pour vous ce nouvel engagement militant ? Qu’est-ce que vous pensez de cette affaire ?

C’est complètement lié. L’affaire Snowden, comme d’autres affaires, est une illustration supplémentaire du pendant antidémocratique de la mondialisation capitaliste en crise. C’est kafkaïen. C’est 1984. L’autre revers de la médaille capitaliste avec celui des politiques antisociales impopulaires. C’est l’étouffement de la voix politique, de l’expression.

Internet a-t-il bousculé l’engagement militant ?

Internet n’est qu’un support. Il n’y a pas de valeur intrinsèque à un moyen de communication. Cela peut être un extraordinaire moyen de communication et de partage, ou un extraordinaire moyen d’aliénation. Le problème c’est l’utilisation individuelle et collective qu’on décide d’en faire. Nous, on l’utilise à plein tube pour mobiliser. Pour la confrontation politique, j’ai tendance à croire qu’il vaut quand même mieux avoir la personne en face.

La France doit-elle s’engager en Syrie ?

Nous sommes opposés aux interventions militaires occidentales. D’abord, c’est inefficace : face à des frappes présentées comme punitives, le régime syrien pourra parfaitement augmenter son degré de violence contre les révolutionnaires syriens et il pourra même souder une partie de la population sur le thème « il s’agit d’une intervention étrangère ». Et puis c’est dangereux parce que toute forme de substitutisme à un processus révolutionnaire en cours ne règle rien et aggrave la situation. L’Occident est particulièrement hypocrite dans cette affaire. Depuis des mois, la dictature d’Assad est armée, les djihadistes aussi, seuls les révolutionnaires syriens ne le sont pas.

Que pensez-vous des ministres Verts au gouvernement ? Doivent-ils partir, rester après leurs critiques cet été ? Qu’auriez-vous fait ?

Je ne suis plus là pour distribuer les bons ou les mauvais points. D’autant plus que le gouvernement, lui, sait distribuer les rôles en son sein, entre « flics gentils » et « flics méchants ». Le problème, c’est de prendre le gouvernement dans son ensemble et dans sa cohérence. Face à l’aspect le plus polémique de la rentrée, c’est-à-dire Valls, qui est une cible politique tentante quand on a le cœur à gauche, tout ce qu’il fait — le démantèlement d’un camp de Roms, l’expulsion d’un sans-papier — se fait toujours avec l’aval et l’autorisation d’Ayrault et de Hollande, et donc avec la complicité de l’ensemble des ministres. Au bout d’un moment, il faut se demander à qui profitent les petites musiques particulières qu’on entend dans le gouvernement, même si je ne doute pas de la sincérité d’un certain nombre de déclarations, je pense à Christiane Taubira. Mais quand il y a une décision de Valls — je ne parle même pas de ses propos — qui est prise, elle se réalise, de facto, avec la complicité de tous ceux qui sont à l’intérieur du gouvernement. Cela renvoie à la déclaration de Chevènement : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. » Tous ceux qui croient changer le système de l’intérieur se trompent, cela ne marche pas. Tout au plus, cela engendre de la résignation politique, sur le thème « tous les mêmes ! »

François Hollande pourrait retourner à Florange, est-ce que vous en attendez quelque chose ?

Florange, c’est acté : c’est une trahison politique. Au-delà de la gesticulation médiatique, les grands actes sur la question de l’emploi et du maintien de l’emploi industriel, pour Florange, ou pour PSA, c’est du bluff. L’attente de bon nombre de salariés c’était de dégager Mittal pour que la production continue.

Croyez-vous toujours au droit de vote pour les étrangers aux élections locales ?

C’est toujours l’objet de batailles et on ne renonce pas, par le biais du rapport de force, à se dire qu’on peut être en capacité de l’imposer. Mais tout semble stoppé depuis que lors de sa conférence de presse, Hollande a expliqué qu’il n’avait pas les trois cinquièmes au Parlement et que bien entendu il ne ferait pas un référendum. Après tout, même dans le climat nauséabond actuel, il semble qu’il y ait toujours une majorité favorable au droit de vote. Il n’y a pas la volonté de mettre le poids politique du gouvernement dans la balance pour dire : « On a été élu sur cette proposition, on va le faire. »

Regardez-vous des séries ?

Oui, je suis assez séries. Je suis en plein dans Game of Thrones.

Qu’avez-vous lu, cet été ?

J’ai fait mes « devoirs de vacances ». Pour ma propre réflexion et pour des sujets sur lesquels je travaille, j’ai lu des livres militants. J’ai relu Marx l’intempestif, de Daniel Bensaïd. Et Crack Capitalism de John Holloway. J’ai relu les Pinçon-Charlot, aussi, beaucoup. Et puis, des polars. À la fin d’un jour ennuyeux de Massimo Carlotto. C’est délirant, ça part en vrille complet avec de grandes scènes de dinguerie. C’est une perle. Ensuite, Le Dernier Lapon, d’Olivier Truc, qui est génial ! C’est un autre rythme, plutôt diesel au début mais c’est vraiment très bien.