Ascenseurs

Pas sociaux du tout

, par PELLETIER Robert

Des accidents dramatiques se produisent régulièrement lors de l’usage ou de l’entretien des ascenseurs. C’est le résultat de la course au profit des multinationales qui se partagent le marché.

Ces dernières semaines, deux techniciens ont été tués, coup sur coup, lors de travaux de modernisation, et un jeune a été décapité par une cabine à Paris. Il y a près d’une dizaine d’accidents de travail mortels par an pour une profession de 17 000 salariés ! Il faut y ajouter les accidents d’usagers, réguliers.

Dans le secteur de la maintenance et du dépannage, les charges de travail ne permettent pas aux techniciens de faire de la maintenance préventive et le dépannage correctement. Cela entraîne des immobilisations inacceptables et une usure prématurée des ascenseurs. Ce qui, du coup, permet de justifier des rénovations bien plus profitables.

Dans ce contexte, une loi a été votée, en 2003, imposant la mise en sécurité des ascenseurs, par échelon, jusqu’en 2018. Largement soutenue par les entreprises d’ascenseurs, elle faisait suite à une précédente série noire, qui avait vu le décès de plusieurs usagers et techniciens. Les gros acteurs de la profession (Kone, Otis, Schindler, Thyssen) se sont fait épingler par plusieurs bailleurs sociaux et associations de consommateurs pour avoir profité trop largement des travaux imposés par cette loi. Ceux-ci ont été évalués à 4 milliards d’euros, mais la facture se monterait aujourd’hui au moins au double : travaux surévalués, devis surchargés, interventions facturées non effectuées. De plus, avec l’incapacité des entreprises à faire face aux charges de travail, les travaux immobilisent les ascenseurs de nombreuses semaines. Et le résultat n’est pas toujours à la hauteur en matière de fiabilité.

La sécurité des usagers rejoint là celle des salariés. Après n’avoir ni recruté, ni formé pendant des années, les entreprises font aujourd’hui face à une grosse pénurie de main-d’œuvre. Cela conduit à l’embauche de personnel non formé, dans une profession où les risques sont importants, au développement massif de la sous-traitance, avec des salariés encore plus mal payés et souvent encore moins formés, et à de fortes pressions exercées sur les techniciens pour tenter de respecter les délais. Ainsi, l’ouvrier décédé en juin à Paris, travaillait sans contrat et sans formation pour un sous-traitant. Son épouse n’a été prévenue que cinq jours après son décès.

Au total, si les gros donneurs d’ordre de la profession, bailleurs privés, voire certains prétendus experts intéressés aux travaux, sont bien souvent de connivence avec les quatre grands acteurs du secteur, ce sont les habitants du parc social qui sont les plus pénalisés par cette situation d’oligopole semi-mafieuse, condamnée, à plusieurs reprises par la Communauté européenne pour entente illicite. Et comme les techniciens de la profession habitent souvent dans ce type d’habitation : c’est une nouvelle version de la double peine...