« Les luttes sociales sont la solution »

, par POUTOU Philippe

Interview. Déjà candidat en 2012, Philippe Poutou repart à la bataille de la présidentielle. Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) entend s’inviter au « banquet des politiciens » pour faire entendre « une autre voix ». En meeting ce jeudi soir à Rouen, le syndicaliste prône une économie démocratique et socialisée sous contrôle des salariés.

Philippe Poutou, candidat NPA à la présidentielle de 2017. En 2012, il avait obtenu 1,15 % des voix
© Photo AFP

Vous n’étiez pas forcément demandeur pour être à nouveau candidat à la présidentielle, comme en 2012. Quel a été donc l’élément déclencheur finalement, le déclic ?

Philippe Poutou. « Il n’y a pas de déclic personnel. On pose le problème collectivement. Nous étions convaincus qu’il fallait être présent à la présidentielle et s’inviter au banquet des politiciens pour faire entendre autre chose. Pour nous, c’est primordial. Se pose ensuite la question de savoir qui y va... Il vaut mieux avoir quelqu’un d’un peu connu que pas connu du tout, ne serait-ce que pour la recherche de parrainages. Il n’était pas prévu que je reparte mais, au vu de tous ces éléments, je retente l’aventure ».

Êtes-vous assuré d’avoir les 500 parrainages nécessaires pour vous présenter ?

« Non bien sûr mais on y croit et on réussit à chaque fois. C’est toujours la galère. C’est très compliqué. Nous sommes aujourd’hui à environ 110 signatures, avec une légère avance par rapport à 2012, mais ce n’est pas pour cela qu’on est rassuré ».

« La mobilisation va laisser des traces »

Finalement pourquoi ne pas mettre en commun vos énergies avec Lutte Ouvrière pour multiplier vos chances ? Qu’est-ce qui vous distingue encore parce que vous êtes tous les deux à la gauche de la gauche ?

« Le problème, ce n’est pas ce qui nous sépare au niveau du programme, c’est plutôt la difficulté que nous avons pour avoir des relations régulières. Nous n’en avons pas en fait. Il y aurait pourtant toutes les raisons de discuter et d’agir ensemble, puisqu’en plus, nous défendons l’unité dans le mouvement et les luttes sociales. Mais nous sommes face à une sorte d’incapacité à nous retrouver sur le terrain électoral ».

Vous tendez la main à Nathalie Arthaud en l’invitant à vous rejoindre ?

« LO refuse toute discussion sur cette question, ils se satisfont de défendre tout seuls ce qu’ils ont à défendre. C’est pour nous une aberration. Du coup, l’important, c’est surtout de reconstruire le mouvement social et c’est ce qui est aujourd’hui essentiel ».

À propos du mouvement social justement, vous disiez au printemps dernier que la lutte contre la loi El Khomri lui avait redonné « la pêche ». Or, quelques mois plus tard, la loi a été adoptée et publiée. Et il n’y a plus vraiment de contestation.

« C’est sûr qu’on espérait une rentrée plus combative. Cela dit, même si le mouvement n’a pas obtenu le retrait du projet de loi, il y a eu un réveil. Il s’est passé quelque chose d’énorme et la mobilisation va forcément laisser des traces. En ce sens, ce mouvement est une victoire ».

Mais pour quel résultat au bout du compte ?

« Dans l’immédiat, peut-être qu’on ne voit pas le résultat mais c’est sûr, il va laisser des traces et cela permet de remettre au goût du jour la contestation et le fait qu’il est possible de relever la tête et de réagir. Cela faisait des années qu’il n’y avait pas eu de tels mouvements sociaux au plan national. On verra la suite et la suite arrivera dans les mois qui viennent. Nous en sommes convaincus. Ce mouvement a remis au-devant de la scène la possibilité de réagir, de contester, de faire entendre une autre voix que celle que l’on entend habituellement sur le libéralisme ».

Mais aujourd’hui, on a plutôt l’impression que ce mouvement social est incarné par Jean-Luc Mélenchon.

« La perspective électorale se retrouve en effet plutôt dans la candidature de Mélenchon. Mais c’est plus compliqué que cela car énormément de manifestants, de gens « d’en bas » ont dit qu’ils ne voulaient plus voter. La représentation est évidemment très compliquée en ce moment, sans parler, bien sûr, qu’une partie des classes populaires se tourne vers l’extrême droite. Nous sommes dans une situation nouvelle et confuse. Et c’est pour cette raison-là qu’on essaie de défendre une autre perspective, de faire en sorte que l’on se réveille. Il faut reconstruire, recréer du lien, prendre nos affaires en mains et refonder un outil politique, qui soit celui des opprimés ».

Auriez-vous été favorable à une primaire de toute la gauche ?

« Non car cela n’a pas de sens ! Il est hors de question d’aller avec le PS et ses soutiens. On ne peut pas se mélanger avec eux. La question est de savoir s’il y a une vraie gauche, une gauche radicale qui serait en capacité de se reconstruire ? Nous, nous en sommes convaincus. À nous, aujourd’hui, de construire ce nouveau parti qui soit vraiment prêt à organiser les combats sociaux ».

« Nous n’avons rien à attendre du prochain président »

Qu’attendez-vous du prochain président de la République ?

« Rien là, comme rien en général. Vu le démarrage de la campagne et ce que nous promettent les sondages, nous n’avons vraiment rien à attendre du prochain président. Il faut que nous puissions agir par nous-mêmes, et nous sommes convaincus que les mouvements sociaux d’envergure et des luttes profondes peuvent transformer la société. Nous sommes pour le préparer surtout l’année où l’on fête les quatre-vingts ans du Front populaire, qui avait changé beaucoup de choses. Les luttes sociales sont la solution ».

Vous président, vos premières décisions ?

« Déjà, ce serait plutôt « Nous présidents » car nous sommes contre la personnalisation et pour le collectif. Mais jouons le jeu pour répondre à la question. Les premières réponses porteraient sur l’urgence sociale, la lutte contre le chômage, la pauvreté et la précarité. Cela suppose l’arrêt des suppressions d’emplois et le partage des richesses. Il y a une chose qui nous apparaît essentielle, c’est la socialisation des banques et l’expropriation des gros secteurs économiques, comme le transport (exemples d’Alstom, Latecoère). Il faut mettre en place une économie au service des gens avec une démocratie réelle. C’est-à-dire un contrôle de la population ».

« Une économie démocratique »

Que vous inspirent les derniers chiffres du chômage ?

« À part deux ou trois mois sur ces dernières années où le chômage s’est stabilisé ou a très légèrement baissé, malheureusement il y a une hausse constante tout en sachant que les chiffres sont maquillés par exemple avec les formations souvent bidon. Cela montre une chose : il y a trente ans que l’on nous ressort les mêmes recettes libérales, que pour les embauches de demain, il faut faire des profits aujourd’hui... Or, des profits, il y en a ! Et, de l’autre côté, c’est la pauvreté, la précarité, le démantèlement des services publics. Il faut rompre avec tout cela. C’est un choix politique, ce n’est pas une question de savoir si c’est possible ou non. Il faut enlever le pouvoir aux capitalistes et mettre en place une économie démocratique et socialisée ».

Sur le dossier Alstom, que doit faire le gouvernement selon vous ?

« Il va faire ce qu’il fait habituellement : des gesticulations et un apitoiement hypocrite. Ce qui arrive, c’est le résultat de sa politique ».

Faut-il nationaliser Alstom ?

« Bien sûr, nous défendons cette position. Mais nous appelons ça une expropriation, c’est-à-dire qu’il faut enlever Alstom des mains des décideurs, des actionnaires et des financiers et remettre aux mains des pouvoirs publics sous contrôle des salariés pour arriver à diriger différemment l’économie ».

P.-S.

Propos recueillis par Stéphane Siret.