Contribution au débat post-présidentiel

, par CORCUFF Philippe

« Dans les grandes banlieues de la révolution, l’illusion lyrique n’est séparée de l’illusion comique que par un terrain vague : la confusion politique, la gesticulation idéologique s’y donnent libre cours. »
Didier Motchane, Clefs pour le socialisme, Seghers, 1973.

Introduction

Ce texte présentera quelques hypothèses schématiques sur le “sarkozysme” aux lendemains de l’élection présidentielle de mai 2007, avant d’aborder certains problèmes spécifiquement politiques se posant aux gauches radicales, dont les responsabilités particulières de la LCR. Parce qu’il s’agissait de tracer un dessin global de la situation, je n’ai pas dissocié dans mon propos ce qui relève plus directement des débats propres aux mouvements sociaux (syndicats, associations et autres groupes de la galaxie altermondialiste) et ce qui relève plus directement des organisations politiques, bien que cela renvoie légitimement à deux sphères autonomes d’action (avec toutefois des intersections). Ce sont donc des raisons proprement intellectuelles d’exposition de mes hypothèses qui m’ont conduit à cette association, et non pas une position politique récusant l’autonomie respective des mouvements sociaux et des partis. Je suis, bien au contraire, un ferme partisan de cette autonomie, on le verra d’ailleurs à la lecture du texte.

Contre la diabolisation : la politique comme paris raisonnés (hommage à Maurice Merleau-Ponty)

Je parle d’“hypothèses” pour bien insister sur la dimension probabiliste qui tend à animer la raison critique dans l’action politique. Dans le cadre idéal du rationalisme critique hérité des Lumières du 18e siècle et prolongé par les pensées socialistes des 19e et 20e siècles, nos tactiques (à court terme) et nos stratégies (à moyen terme) sont élaborées à partir de connaissances partielles de la réalité socio-historique et d’hypothèses probabilistes sur ce qui pourrait se passer dans l’avenir proche et/ou lointain (nous faisons l’hypothèse que “probablement” il va se passer ceci plutôt que cela) dans une situation d’incertitude relative (l’avenir est ouvert à la contingence et aucune « nécessité » mécanique ne permet de prédire avec certitude ce qui va se passer). Nos actions sont donc au mieux des paris raisonnés, mais ne relèvent jamais d’une quelconque certitude. Ce schéma est bien entendu idéal, car nos « choix » politiques pratiques sont sans cesse traversés, voire orientés, par d’autres dimensions ne relevant pas de logiques strictement rationnelles (dimensions biographiques, affectives, émotionnelles et/ou éthiques, dynamiques circonstancielles, etc., dont certaines non-conscientes). Mais ce schéma rationaliste apparaît comme un idéal régulateur quand nous sommes amenés à discuter rationnellement de ce que nous allons faire ou quand nous échangeons rationnellement sur le bilan de ce que nous avons fait. Or le débat politique et militant tend souvent à absolutiser (“la Vérité contre l’Erreur”, “les Militants Intègres contre les Salauds”, “la Ligne Juste contre les Traîtres”, etc.) ce qui n’a aucun rapport avec l’absolu (mais renvoie au partiel et au probable). Il vaudrait donc mieux éviter de faire monter la pression émotionnelle en diabolisant les paris raisonnés (si on arrive à montrer qu’il s’agit bien de paris raisonnés) différents des siens, voire contradictoires avec les siens. On demeurerait ainsi davantage ouverts à des rectifications ultérieures de ses erreurs de jugement en fonction des faits et davantage ouverts à des collaborations, dans de nouvelles circonstances, avec ceux qui nous sont apparus trop rapidement, le nez sur le guidon, comme des “ennemis” ou même des “traîtres”.

Le philosophe Maurice Merleau-Ponty a bien clarifié ce point : « Puisque nous n’avons, quant à l’avenir, pas d’autre critérium que la probabilité, la différence du plus ou moins probable suffit pour fonder la décision politique, mais non pas pour mettre d’un côté tout l’honneur, de l’autre tout le déshonneur » (Humanisme et terreur, 1947). Ce rationalisme prudent, conscient des fragilités de la raison et de l’action humaines, ne constitue pas un relativisme, au sens où tous les « choix » se vaudraient a priori, car ajoutait Merleau-Ponty : « il y a des degrés de vraisemblance qui ne sont pas rien » (par exemple, on peut avancer avec des marges d’erreur restreintes que ceux qui se calaient avant la campagne présidentielle sur un possible « score à deux chiffres », voire même sur une présence au second tour, de l’éventuel candidat unitaire antilibéral faisaient un pari déraisonnable appuyé sur une hypothèse peu vraisemblable). On peut d’ailleurs tenter d’évaluer rationnellement après coup les effets des « choix » des uns et des autres (en attribuant aux différents « choix » une plus ou moins grande utilité historique, dans la comparaison entre leurs visées explicites et leurs effets sur le réel), avec toutefois certaines limites (notamment on ne pourra jamais complètement comparer un « choix » qui a été concrètement suivi par certaines personnes avec des « choix » qui sont demeurés à l’état d’hypothèses, ou on ne pourra jamais savoir définitivement si tel « choix » suivi par un petit nombre de personnes n’aurait pas eu d’autres effets s’il avait été suivi par un plus grand nombre de personnes, etc.).

Ces considérations nous incitent à l’humilité - et non à l’arrogance, cependant si courante - quand on émet des hypothèses dans l’analyse d’une situation politique et sur les conséquences pratiques qui devraient en être tirer.

1- L’hypothèse du « sarkozysme » comme version du blairisme (contre l’hypothèse du « sarkozysme » comme version du thatchérisme)

S’il était ridicule d’assimiler Sarkozy au « fascisme » (variante gauchiste du relativisme « post-moderne » contemporain, pour lequel finalement plus rien ne vaudrait, car tout se vaudrait), il me semble également erroné de le qualifier d’« ultralibéral ». Plutôt qu’une version de l’ultralibéralisme thatchérien (voir Keith Dixon, Les évangélistes du marché - Les intellectuels britanniques et le néo-libéralisme, Raisons d’agir, 1998), Sarkozy ne représente-t-il pas plutôt une version du blairisme (voir K. Dixon, Un digne héritier - Blair et la thatchérisme, Raisons d’agir, 2000), c’est-à-dire une variante hard d’un social-libéralisme sécuritaire ?

Professionnalisation politique et cynisme entrepreneurial

Si certaines spécificités du « sarkozysme » sont parfois mal comprises, c’est peut-être parce que l’évolution moderne de la politique dans le sens d’une plus grande professionnalisation et d’une plus grande rationalisation (sur le mode analogique des relations marchandes) n’est pas complètement intégrée par les analystes. Max Weber et Roberto Michels, au début du 20ème siècle, Pierre Bourdieu, à la fin du 20ème siècle ont analysé ces déplacements d’une politique se définissant de plus en plus comme un ensemble d’« entreprises » en concurrence sur un « marché électoral ». Sarkozy incarne peut-être une certaine conscience cynique de ce mouvement et une grande habileté à amalgamer des « segments » divers (voire parfois contradictoires) d’un tel « marché électoral ». Si le mouvement de professionnalisation politique a donc plus d’un siècle, son approfondissement crée peut-être les conditions d’un plus grand cynisme dans le rapport à la politique de certains des « entrepreneurs politiques » (comme Sarkozy).

Analogiquement, on aurait quelque chose comme un déplacement dans le rapport de certaines « élites » politiques à la politique qui ressemble à ce que Marx et Engels disaient de la désagrégation bourgeoise des visions chevaleresques dans Le Manifeste communiste (1848) : « Partout où elle est parvenue à dominer, elle a détruit toutes les conditions féodales, patriarcales, idylliques. Impitoyable, elle a déchiré les liens multicolores de la féodalité qui attachaient l’homme à son supérieur naturel, pour ne laisser subsister d’autre lien que l’intérêt nu, le froid »paiement comptant« . Frissons sacrés et pieuses ferveurs, enthousiasme chevaleresque, mélancolie béotienne, elle a noyé tout cela dans l’eau glaciale du calcul égoïste. » La contradiction toutefois de cette éventuelle évolution plus cynique de la politique moderne réside en ce que ces « entrepreneurs politiques » doivent, dans le même temps, continuer d’entretenir auprès de leurs électeurs une série d’illusions « béotiennes ».

La ligne d’analyse Weber-Michels-Bourdieu peut alimenter une critique libertaire de la politique moderne, appréhendée comme tout à la fois autonome et en interaction avec la logique néolibérale du capitalisme. Or certaines critiques d’inspiration marxiste du « sarkozysme » tendent : 1) à rabattre la logique proprement politique sur la logique capitaliste, en ne percevant pas ses spécificités et son autonomie (sur l’autonomie des deux logiques, impliquant une articulation, et non un amalgame, entre critique libertaire de la politique et critique anticapitaliste, voir mon texte dans Les Cahiers de Louise : « La gauche radicale et le pouvoir, entre réserve libertaire et vanité de la rebellitude », 07-05-2007, http://www.lescahiersdelouise.org/article.php?article=76) ; et 2) à fétichiser la frontière entre forces politiques dites de « droite » et forces politiques dites de « gauche », qui a pourtant beaucoup bougé ces dernières années.

Deux spécificités du « blairisme sarkozyste » : xénophobie subliminale et vieillissement de la population

Une première spécificité du « blairisme sarkozyste » se situerait au croisement de cette évolution moderne de la politique et des effets antérieurs du travail politique du Front National (« la lepénisation des esprits » qui, sur le couple « immigration »/« insécurité », a contribué à déplacer l’ensemble de l’espace politique, la droite comme la gauche). En recourant à ce qu’on pourrait appeler une xénophobie subliminale, Sarkozy aurait ainsi conquis des « segments » du « marché électoral lepéniste » (alors que dans le même temps il essayait de séduire des « segments » du « marché électoral issu de l’immigration », ceux notamment qui aspirent à une ascension sociale individualisée). Cette exploitation soft de la xénophobie n’apparaît pas présente dans le blairisme de Blair, qui ne développe que le versant sécuritaire. Le recul du FN ne doit donc pas conduire la gauche radicale à déserter un des combats qui reste majeur : celui de la question sociale contre la question « nationale-raciale » (voir mon article « Clivage national-racial contre question sociale - Un cadre d’analyse socio-politique pour interpréter les progrès de l’extrême-droite en France », revue ContreTemps, n°8, septembre 2003), puisque le « sarkozysme » a notamment surfé sur les succès de cette dernière.

Une deuxième spécificité du « blairisme sarkozyste » serait son écho dans le « segment » du « marché électoral des plus de 50 ans ». L’âge apparaît, du point de vue des variables socio-démographiques, l’élément le plus discriminant statistiquement à un niveau global dans « le vote Sarkozy » : selon l’enquête CSA, 60% des 50 ans et plus et 63% des 75 ans et plus ont voté Sarkozy (respectivement 40% et 37% pour Royal), alors que les plus de 50 ans constituent 53% des votants Sarkozy (contre 40% des votants Royal). On a là un secteur de la population où les fantasmes sécuritaires marchent particulièrement bien ; peut-être, entre autres raisons, parce qu’ils s’adossent à des expériences réelles de vulnérabilisation liées au vieillissement. Dans des pays européens structurellement vieillissants, c’est un défi pour les gauches radicales, s’adressant plus facilement aux jeunes générations, que de se faire également entendre des générations plus anciennes, tout particulièrement dans les classes populaires (les anciens ouvriers, au sens de l’INSEE, constitue aujourd’hui la catégorie socio-professionnelle la plus nombreuse parmi les retraités).

La nécessaire prudence quant à « l’électorat antilibéral » et à « l’électorat néolibéral » entendus comme substances

Mais il faut toutefois demeurer prudent quand on interprète les résultats d’une élection. La science politique critique a mis en évidence combien les commentateurs d’après-élection (journalistes, experts en sondages, professionnels de la politique, militants, etc.) avaient tendance à réifier les différentes « électorats » en les appréhendant comme des « substances » homogènes. On a plutôt affaire à des logiques et à des motivations de vote plus ou moins diverses agrégées circonstanciellement par tel ou tel entrepreneur politique dans tel ou tel résultat. Par ailleurs, la continuité des votes pour une même « famille politique » au cours d’une vie, si elle persiste dans certains secteurs, apparaît moins importante qu’avant au profit de ce que certains politologues appellent une plus grande « volatilité » des votes. C’est pourquoi il serait, par exemple, erroné de lire les résultats de la présidentielle comme une « victoire du néolibéralisme » (piste que renforcent les limites de la victoire de l’UMP au 2ème tour de la législative, qui peuvent être interprétées comme un écho électoral d’interrogations sociales), comme il était erroné de lire les résultats du « non » au référendum sur le TCE comme une « victoire de l’antilibéralisme ».

Les antilibéraux ont donc été vraisemblablement trop vite, en solidifiant la croyance selon laquelle il y aurait un « électorat antilibéral » majoritaire à gauche. Les choses apparaissent plus fluides et plus composites. Toute une série d’indices (mouvements sociaux de 1995, sur les retraites en 2003, contre le CPE en 2006 ou contre des délocalisations ; résultats électoraux : succès du thème chiraquien de « la fracture sociale » en 1995 ou « non » au TCE en 2005 ; ou des sondages) ont enregistré des formes d’attachement aux acquis de l’État social et une humeur critique face aux risques que leur font courir les contre-réformes libérales. Mais ces formes d’attachement n’apparaissent pas exclusifs d’autres dimensions, ni consolidées dans une « idéologie antilibérale » clairement consciente et stable. Dans la compétition entre « question sociale » et « question nationale-raciale », qui constitue un des axes des confrontations socio-politiques en France depuis le début des années 1980, la société française a oscillé en fonction des moments en donnant plutôt une primauté à l’un ou plutôt à l’autre ; cette oscillation ayant pu traverser les mêmes personnes. On peut faire l’hypothèse que le vote Sarkozy a bénéficié de la force acquise par la « question nationale-raciale » (en fournissant une version soft du couple « immigration/insécurité »), tout en laissant entendre la possible satisfaction d’aspirations sociales (augmentation du pouvoir d’achat et « travailler plus pour gagner plus »). La question de la traduction politique des potentialités antilibérales présentes dans la société française reste donc ouverte pour les gauches radicales après les élections présidentielle et législative (elle n’était pas acquise avant le vote et elle n’est pas caduque après).

Des différences Sarkozy/Royal sur fond de convergences sociales-libérales

Il existerait, certes, des différences réelles entre la version Sarkozy et la version Royal du social-libéralisme (quant au droit du travail, l’éducation, la justice ou l’immigration, sur le plan des politiques publiques, ainsi que dans l’usage politicien de la xénophobie, sur le plan des discours politiques) ; avec des inflexions un peu plus libérales (le recul du droit de grève, avec « le service minimum » dans les transports publics, la mise en cause des « régimes spéciaux » de retraite, la précarisation des contrats de travail ou la baisse drastique du nombre de fonctionnaires auraient sans doute étaient plus lents et plus soft avec Royal) et un peu plus sécuritaires (qu’il s’agisse du thème idéologique de la récidive, de la mise en cause de l’ordonnance de 1945 sur la délinquance des mineurs ou de la criminalisation de la contestations sociale, ainsi que des mesures coercitives contre l’immigration, avec notamment les entraves au regroupement familial, participant de la xénophobie subliminale du « sarkozysme ») chez Sarkozy. Mais il s’agit de petites différences qui ne touchent pas au cadre social-libéral d’adaptation à la mondialisation néolibérale du capitalisme, ni à la pente sécuritaire qui l’accompagne. Cette réponse sociale-libérale consisterait en une gestion des reculs néolibéraux (effritement de l’État social et des services publics, flexibilisation et précarisation du travail, recul des revenus du travail par rapport à ceux du capital, etc.) : a) négociée avec les syndicats, donc incluant des « compromis sociaux » amortissant le choc des contre-réformes libérales, plutôt que l’affaiblissement brutal des syndicats visé dans la période ultralibérale de Thatcher/Reagan ; et b) avec des privatisations, certes, dans certains secteurs, mais dans d’autres services publics « fondamentaux » (comme l’école et l’université) une tactique de grignotage imposant un « libéralisme d’imitation » (introduction de techniques managériales, etc.) plutôt qu’une privatisation directe, alors que du côté des retraites et de la sécurité sociale des morceaux d’un État social affaibli seraient maintenus (plutôt qu’une privatisation massive aussi). Ce cadre social-libéral serait accompagné d’une gestion policière des problèmes sociaux, déjà expérimentée par Blair.

Si même la droite européenne est amenée à se caler sur le social-libéralisme plutôt que sur l’ultralibéralisme Thatcher-Reagan-Bush (comme l’y incitaient certains de ses idéologues comme Alain Madelin), ce serait vraisemblablement moins par idéologie que par réalisme vis-à-vis des rapports de forces sociaux et de la progression idéologique de la critique du néolibéralisme (dont le mouvement altermondialiste a été un des vecteurs importants) ; les résultats du 2ème tour de la législative vont vraisemblablement renforcer cette prudence. Ne serait-ce que parce que les « entrepreneurs politiques » doivent tenir compte de la logique proprement politique de leurs activités.

Je renvoie à deux documents appuyant l’hypothèse du « sarkozysme » comme variante du blairisme :

* un article du Monde du 18 mai 2007 (« Tony Blair lance un programme pour lutter contre les causes de la criminalité juvénile », par Marc Roche, en annexe ci-après) sur les dernières mesures prises par Blair en matière de « lutte contre la délinquance juvénile » ; elles révèlent un arrière-plan « génétique » proche des déclarations de Sarkozy au cours de la campagne présidentielle, qui avaient contribué à sa catégorisation comme « ultralibéral » ;

* et un article que j’ai écrit avec le sociologue Alain Accardo : « En France, la douce trahison des clercs », Le Monde Diplomatique, n°564, mars 2001, http://www.monde-diplomatique.fr/20...;; nous y indiquions notamment ce qui se préparait dans les cercles socialistes à l’époque du gouvernement Jospin en ce qui concerne l’université : « Rares seraient, pour l’instant, les tenants d’une privatisation de l’Université. (...) On a donc plutôt affaire à un libéralisme d’imitation, policé et euphémisé, et par là même capable d’enrôler plus facilement les bureaucraties universitaires et les instances mandarinales ». Or cela ressemble beaucoup à la réforme sarkozyste annoncée des universités.

Les résistances au « sarkozysme »

Les gauches radicales et altermondialistes doivent préparer une convergence des résistances face aux reculs néolibéraux et sécuritaires qui s’annoncent. Mais on ne concevra pas la résistance exactement de la même façon si l’on pense s’affronter à un ultralibéralisme type Thatcher-Reagan ou à une variante hard d’un social-libéralisme sécuritaire. Par exemple, le démantèlement du syndicalisme et l’intégration du syndicalisme à la gestion sociale des contre-réformes libérales, ce n’est pas exactement la même chose ; comme l’alliance de la bureaucratie universitaire (les présidences d’université, avec parfois des proximités vis-à-vis du syndicat SNES-Sup de la FSU comme du PS) et d’un libéralisme d’imitation, autour du thème de « l’autonomie des universités », ce n’est pas la privatisation de l’université.

Dans ces résistances antilibérales, forces syndicales, associatives et partisanes doivent pouvoir converger, mais dans l’indépendance respective, pour des raisons de fond et tactiques emmêlées. Du côté des principes, l’autonomie des mouvements sociaux vis-à-vis des partis constitue un acquis de la période en France par rapport à la tutelle antérieure par les partis. Cette autonomie, constituant les mouvements sociaux en contre-pouvoirs par rapport aux tentations hégémonistes des partis, est une garantie de pluralisme pour une nouvelle perspective de transformation sociale ; ce qui n’interdit pas des passages et des traductions entre les deux sphères (je renvoie à un article co-écrit avec Christophe Aguiton : « Mouvements sociaux et politique : entre anciens modèles et enjeux nouveaux », revue Mouvements, n° 3, mars-avril 1999, repris sur http://www.europe-solidaire.org/spi...). De ce point de vue, les tentations de faire d’un parti ou d’un rassemblement de mouvements sociaux l’axe principal de la réinvention d’une politique émancipatrice seraient mortifères ; la tentation de faire du mouvement altermondialiste le seul axe politique contre les partis existants (tentation présente dans la campagne des « comités Bové ») n’étant pas moins mortifère pour le pluralisme. Par ailleurs, d’un point de vue tactique, alors que la galaxie altermondialiste pourrait être le creuset d’une forme d’émancipation ajustée aux enjeux du 21ème siècle, il serait déraisonnable de sacrifier ces possibilités pour des aventures électorales sans lendemains estampillées « altermondialistes ».

2- Le « sarkozysme », le PS et l’avenir de la gauche radicale

La vue erronée du « sarkozysme » peut aussi conduire à une vue erronée des rapports avec le PS. La mystique unitaire antilibérale contre la double coupure (antilibérale et libertaire) du cordon ombilical avec le PS.

Identifier le « sarkozysme » à un « fascisme » (comme certains au cours de la campagne électorale, et surtout dans l’excitation dramatisante du second tour), ou même l’associer à un « ultralibéralisme » de type thatchérien-reaganien, c’est augmenter exagérément les différences avec le social-libéralisme du PS (lui aussi à tendances sécuritaires, mais plus soft). La diabolisation du « sarkozysme » risque de faire du PS un « recours » ou un « moindre mal » obligés. Bref, cela conduirait les gauches radicales et altermondialistes à hésiter à rompre le cordon ombilical avec le PS, malgré les discours critiques. Cette tentation est d’autant plus plausible que tout le monde dans les gauches radicales et altermondialistes n’a pas encore acté la transformation des social-démocraties européennes (qui globalement s’efforçaient, au lendemain de la seconde guerre mondiale, de construire un « compromis social » plus favorable au travail à l’intérieur du capitalisme) en social-libéralisme (adaptation plus soft, et préservant quelques taquets sociaux, aux contre-réformes néolibérales affaiblissant l’État social, qui avait symbolisé antérieurement la social-démocratie). Dans cette perspective, « mettre les mains dans le cambouis », comme nous y incitent certains, en pensant à une participation à un gouvernement sous hégémonie du PS, ce n’est plus du tout obtenir des avancées pour les salariés dans le cadre du capitalisme, à la manière de l’ancien réformisme social-démocrate, mais c’est mettre en œuvre les contre-réformes néolibérales qui s’attaquent aux acquis antérieurs du réformisme social-démocrate.

Certaines « tribunes » alimentant le débat au sein des gauches radicales et altermondialistes me semblent assez éloignées d’un tel effort de lucidité. Elles reconduisent les illusions et les ambiguïtés qui ont été véhiculées dans les collectifs unitaires antilibéraux autour de la campagne présidentielle. Elles apparaissent alors peu sensibles à la définition du matérialisme proposée par le philosophe communiste Louis Althusser à la fin de sa vie : « ne pas se raconter d’histoires » ! Dans une vague mystique unitaire, renforcée par les stéréotypes négatifs circulant contre les organisations politiques (toutes mises sur le même plan sous le terme d’« appareils »), elles continuent à appeler à un unanimisme antilibéral comme condition d’une refondation de « toute la gauche ». Elles n’ont toujours pas compris que la question de l’indépendance vis-à-vis du PS est une question clé pour l’émergence d’une gauche radicale comme force réelle et réellement alternative. Or, le PCF, à cause de l’orientation prise par ses principaux dirigeants d’une perspective de survie institutionnelle grâce à la poursuite des accords électoraux avec le PS (orientation qui va vraisemblablement être renforcée suite à la sauvegarde de nombre de ses députés dans l’alliance avec le PS au 2ème tour de la législative, constituant un signe fort pour la préparation des élections municipales), comme José Bové, dans son acceptation si rapide d’une « mission » de Royal au 2ème tour de la présidentielle, ont validé, a posteriori, la prudence de la majorité de la LCR.

L’indépendance à l’égard du PS apparaît centrale pour deux raisons : a) à cause de la transformation sociale-libérale du PS (qui s’est amorcée en 1983, et qui est maintenant stabilisée) et son hégémonie institutionnelle et électorale sur la gauche ; et b) parce qu’on doit tenir compte d’un fait historique massif : un des problèmes importants des échecs « réformistes » ou « révolutionnaires » de construction d’une société non-capitaliste depuis deux siècles (ce qui ne fait pas rien ! et devrait amener à réfléchir un peu plus profondément ceux qui se satisfont d’explications superficielles mais rassurantes comme « le complot des médias ») a à voir avec le rapport au pouvoir et avec l’institutionnalisation (en gros, le fait que ceux qui croient prendre le pouvoir pour changer le monde sont le plus souvent pris par le pouvoir) ; problème qui revêt des formes spécifiques avec le cours de la professionnalisation moderne de la politique. Cette deuxième dimension incite à penser qu’il n’est pas réaliste de considérer qu’un gauche radicale pourrait émerger politiquement si elle se contentait de se mettre dans le sillage d’organisations et/ou de « leaders » (même sincèrement antilibéraux) trop dépendants des institutions politiques et de la carrière politique. La construction d’un nouvelle gauche radicale devrait revêtir, de ce point de vue, une double tonalité antilibérale/anticapitaliste et libertaire.

Radicalité, vigilance libertaire et pragmatisme (l’expérience du CERES et ses limites)

Bien sûr une telle gauche radicale devrait pouvoir participer à une expérience gouvernementale et « mettre les mains dans le cambouis », mais à deux conditions : a) que ce gouvernement inverse les politiques publiques néolibérales mises en œuvre presque partout dans le monde (comme ce qui s’amorce, avec des problèmes spécifiques, au Venezuela et en Bolivie), et b) que des mouvements sociaux, des expériences alternatives, des formes populaires et citoyennes d’auto-organisation, divers contre-pouvoirs, etc. puissent rééquilibrer les logiques institutionnalisantes des institutions politiques classiques et contribuer à l’invention de nouveaux rapports sociaux « par le bas ». Cela signifierait qu’il y aurait bien des politiques publiques anti-néolibérales susceptibles d’être menées dans le cadre d’un État-nation (comme le Venezuela, la Bolivie ou la France), ou mieux dans un cadre régional plus large (comme l’Europe), pouvant participer à l’ouverture d’une dynamique anticapitaliste, mais que l’invention de sociétés non-capitalistes inédites ne pourrait venir de la seule application de politiques publiques issues « d’en haut » et, dans un monde plus globalisé, sur une base uniquement nationale sans liens avec les dynamiques altermondialistes.

Le cadre d’une transformation sociale radicale serait alors plutôt ce que le CERES des années 1970 (courant de gauche, à l’époque marxisant et autogestionnaire, du PS, animé notamment par Didier Motchane et Jean-Pierre Chevènement, dont j’ai été un militant à partir de 1976) appelait une « dialectique du mouvement d’en haut et du mouvement d’en bas », mais dans la mise en réseau de luttes et d’expériences à l’échelle mondiale. Cette dernière dimension nous éloigne nettement de l’évolution « souverainiste » de Jean-Pierre Chevènement. Toutefois l’échec du CERES au sein du PS nous oblige à mettre aussi l’accent sur la vigilance libertaire à l’égard des diverses formes d’institutionnalisation, en n’hésitant pas à métisser nos références de ressources intellectuelles et pratiques puisées dans les traditions anarchistes. Un gauche radicale qui serait pragmatique sans être libertaire risque de rencontrer les mêmes échecs que nombre d’expériences antérieures. Une gauche radicale qui serait libertaire sans être pragmatique risque de se complaire dans une pose de « rebelle » sans guère d’effets sur la réalité ; ce qui existe aussi depuis longtemps. La possibilité d’une gauche radicale, libertaire et pragmatique reste à construire.

La participation gouvernementale ? Peut-être, et il n’y a pas que ça dans la vie (de la transformation sociale)

En attendant que cette nouvelle gauche radicale émerge éventuellement et tout en participant à cette émergence, nous ne sommes pas démunis pratiquement. Participer à un gouvernement n’est pas la seule façon de peser sur le cours du monde, et ce n’est pas toujours la plus efficace. Peser sur le cours du monde cela passe aussi, à l’échelle locale, nationale, européenne et mondiale :

  • par des mobilisations sociales faisant reculer les contre-réformes libérales et imposant des réformes progressistes ;
  • par une lutte culturelle déplaçant les visions dominantes du monde à l’œuvre dans les espaces publics de nos sociétés (par exemple, on ne se bat pas dans le même cadre si « service public » est associé à « archaïsme » ou au contraire à « modernité », si « immigrés » est associé à « menaces » ou à « dignité », etc.) ;
  • par l’élaboration de nouvelles façons de vivre, de travailler, de consommer, de décider, ici et maintenant, dans des expériences alternatives ; puisque la construction d’une société émancipée ne passe pas seulement par un « combat » et des « rapports de force » (comme le laissent entendre les visions exclusivement militaro-machistes de la politique), mais aussi par l’exploration, l’invention et l’expérimentation de formes nouvelles.

Il faut rompre ici avec une certaine hégémonie des visions gouvernementalo-centrées au sein des gauches radicales, sans tomber pour autant dans la diabolisation-rejet des institutions étatiques propre à une frange de la galaxie altermondialiste (autour des stratégies dites des « contre-pouvoirs » ou de « l’anti-pouvoir »), qui en sous-estiment leurs contradictions (on peut dire schématiquement que les institutions étatiques, qui sont moins unifiées qu’on ne le croit souvent en recourant au terme homogénéisateur d’« État », cristallisent en leur sein des rapports de classes et une diversité de rapports de domination, incluant la logique propre de la domination politique des représentants sur les représentés ; cette cristallisation intègre de manière différente en fonction des secteurs concernés des acquis des luttes sociales et politiques antérieures ; la pondération entre les logiques principales d’oppression et les acquis secondaires protecteurs apparaît fort variable en fonction des institutions concernées : ce n’est pas la même chose dans l’Éducation nationale, la Santé ou le ministère du Travail que dans la police ou l’armée ; la sphère gouvernementale n’est pas toute-puissante dans ce complexe institutionnel). Il ne s’agit donc pas d’abandonner les institutions étatiques comme possibles terrains/outils de la transformation sociale, mais « la prise du pouvoir » ne peut permettre des sauts qualitatifs que dans certaines conditions. La participation à un gouvernement n’est donc qu’une des ressources disponibles de la transformation sociale.

Vers des « Assises anticapitalistes et libertaires » ? Les responsabilités de la LCR et quelques pièges tragi-comiques

Olivier Besancenot et la LCR - à cause tant d’une plus grande clarté de leur orientation politique dans la dernière période (antilibéralisme/anticapitalisme + indépendance à l’égard du PS), que de leur distance vis-à-vis des logiques de la carrière politique et que de leurs résultats électoraux modestes mais significatifs à la présidentielle - ont une responsabilité particulière pour qu’émerge un nouvelle gauche radicale, clairement indépendante du PS, à la fois anticapitaliste et libertaire. Un processus d’« Assises anticapitalistes et libertaires » pourrait être initié par la LCR, avec une première phase locale. Trois catégories de partenaires pourraient y être associées et représentées équitablement dans les différentes instances animatrices : des individus présents à titre individuel, des groupes locaux et la LCR. La LCR indiquerait clairement dès le départ qu’elle serait prête à sacrifier sa propre organisation au profit de la naissance d’une organisation plus large. Le nom, les statuts, les principes et le programme de cette future organisation dépendraient de ce processus constituant. Il n’est pas souhaitable que des organisations parties-prenantes des mouvements sociaux participent en tant que telles à ces assises, à cause de l’acquis de l’autonomie des mouvements sociaux. Par contre, une telle initiative s’adresserait pleinement aux militants et aux sympathisants des mouvements sociaux qui souhaiteraient s’y engager de manière personnelle.

Cette initiative entrera en contradiction avec d’autres initiatives antilibérales, jouant sur une mystique unitaire et maintenant l’ambiguïté quant au rapport avec le PS (notamment en continuant à inclure un PCF allié du PS dans l’espace antilibéral). D’ailleurs, la LCR ne doit pas tarder à la lancer, diverses cathédrales de guimauve, aussitôt élevées que disparues, risquant de proliférer rapidement à la gauche de la gauche. Car si la gauche radicale manque d’un intellectuel collectif d’un nouveau type (bref d’une organisation démocratique, pluraliste et libertaire suffisamment consistante), elle ne manque pas de « génies tactiques et stratégiques » individuels (et, souvent, les moins prétentieux ne sont pas les anciens membres de la LCR). Or cela risque de brouiller un peu plus les enjeux et de décourager ceux qui sont en attente d’une initiative conséquente.

Une telle initiative rencontrera de nombreux obstacles : humeur anti-partisane largement répandue, accumulation des désenchantements, préventions légitimes de ceux qui connaissent mal les organisations ou qui ont eu des expériences antérieures négatives, manœuvres paralysantes des directions communistes appuyées involontairement par les orphelins-compagnons de route de toujours, double mystique unitaire (antilibérale et de la gauche dans son ensemble), ambitions personnelles concurrentes et parfois même conjuration des ego, usines à gaz mobilisant des énergies pour pas grand-chose au final, tentation chez certains de faire porter à la LCR tout le poids de leur déception vis-à-vis de leurs propres attentes démesurées (« score à deux chiffres », voire « Bové devant Royal »), résistances des visions stato-centrées de la transformation sociale, mélange paradoxal de gauchisme et de pragmatisme institutionnel chez des animateurs de mouvements sociaux et des intellectuels critiques fatigués les portant vers le PS, crocs-en-jambe d’ex ou d’actuels militants de la LCR prompts à « faire la leçon » à leur (ex-)organisation, crispations sectaires au sein de la LCR, etc.

Notre esprit utopiste/réaliste devra alors composer avec un sens du tragi-comique. Il pourra peut-être en tirer une nouvelle vitalité s’il devient joyeusement mélancolique. Comme le dit un proverbe juif : « Ne succombez jamais au désespoir : il ne tient jamais ses promesses » !


Annexe

Tony Blair lance un programme pour lutter contre « les causes de la criminalité juvénile »

Par Marc Roche
Article paru dans Le Monde du 18-05-2007

Dur envers la criminalité, dur envers les causes de la criminalité » : tel était l’un des thèmes de prédilection de Tony Blair lors de son arrivée au pouvoir en 1997. Avant de quitter son poste, le 27 juin, le premier ministre britannique a voulu renforcer son image de champion de la lutte contre la criminalité juvénile - l’une des préoccupations premières des habitants des quartiers défavorisés des grandes villes. M. Blair a annoncé, mercredi 16 mai, un programme d’assistance aux femmes enceintes « à problèmes », dont les enfants pourraient devenir délinquants. Il entend mettre ainsi l’accent sur la prévention.

Baptisé « partenariat infirmière famille », ce projet concerne les femmes dès la 16e semaine de grossesse et jusqu’à ce que l’enfant soit âgé de 2 ans. Des assistants sociaux ou des sages-femmes doivent aider ces futures mères à améliorer leur hygiène de vie en cessant de fumer ou de se droguer durant la grossesse. Ces rencontres hebdomadaires doivent également permettre de créer un lien entre la jeune femme et son enfant.

Aujourd’hui, les services sociaux assurent quelques visites prénatales chez les futures jeunes mères de 15 à 18 ans vivant en foyer ou chez des parents. Mais les coupes dans le budget du service national de santé ont réduit le nombre de ces visites. Enfin, ce soutien varie selon les régions, les bastions ouvriers du centre et du nord, qui en ont le plus besoin, étant les moins bien lotis.

Ce programme de soutien familial a été testé aux Etats-Unis et aurait fait ses preuves : les enfants concernés bénéficient de meilleures capacités de langage, d’un quotient intellectuel supérieur et présentent moins de troubles du comportement que ceux qui n’ont pas bénéficié de cette aide. Du côté des mères, l’amélioration de la santé prénatale est indéniable, et on constate moins de violences à l’égard de l’enfant. « Il s’agit de tirer profit de l’instinct maternel consistant à protéger son enfant », assure le pionnier de ces expériences, le pédiatre américain David Olds, pour qui ce projet permettrait à l’Etat d’économiser 25 000 dollars par tête, quand l’enfant devient adulte.

Le gouvernement travailliste a consacré 7,5 millions de livres (11 millions d’euros) à ce programme qui doit être appliqué dans dix des zones les plus pauvres du royaume, à l’instar de Tower Hamlets à Londres, Manchester et Barnsley. « C’est la meilleure aide et la plus adéquate pour leur fournir une chance de faire quelque chose de leur vie », a expliqué Tony Blair qui espère, en lançant cette initiative, améliorer son bilan controversé d’un pays devenu plus riche mais doté d’inégalités accrues.

Ce projet s’inscrit dans le cadre de la campagne contre les incivilités fondée sur un arsenal de mesures répressives contre les comportements « asociaux ». Conscient que cette politique s’attaque aux symptômes du mal plutôt qu’à ses causes, M. Blair a voulu parallèlement venir en aide aux catégories les plus vulnérables.

Tout en convenant de l’urgence d’agir contre la délinquance juvénile, plusieurs associations qui mènent un travail social en milieu urbain contestent la pertinence de cette politique « gadget ». Pour leur part, des organisations d’aide à l’enfance déplorent la stigmatisation de certaines mères « à risques ». De son côté, l’opposition conservatrice voit dans cette assistance une extension dangereuse de l’intrusion de l’Etat dans la vie privée.

P.-S.

Article paru sur le site Bellaciao, le 22 juin 2007.