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Nature et avenir de la religion

, par LÖWY Michael

122.58 BENJAMIN (Roger).

Nature et avenir de la religion. Paris, L’Harmattan, 2001, 215 p.

Il s’agit d’un essai philosophique et théologique, d’une grande érudition. C’est surtout le premier chapitre, « Nature de la religion », qui concerne les sciences sociales des religions. L’auteur passe en revue, en les critiquant, les différentes tentatives de définir les faits religieux, que ce soit dans la philosophie ou les sciences sociales. Quelle est l’origine étymologique du mot ? L’A. manifeste sa préférence, suivant Benveniste, pour le terme latin legere, rassembler, plutôt que religare, relier – étymologie proposée par Tertullien et Lactance, et préférée par les penseurs chrétiens.

Si pour les encyclopédistes – D’Holbach, Helvetius – la religion relève d’une affabulation des prêtres, d’une manipulation de la crédulité et de l’ignorance des hommes pour mieux les asservir, pour Feuerbach elle est plutôt extériorisation, objectivation, aliénation par les êtres humains de leur propre essence. L’A. présente Marx, à juste titre, comme continuateur de Feuerbach, mais il tend à réduire l’apport marxien à la célèbre formule « la religion est l’opium du peuple », qui n’est pas spécifique à Marx (on la trouve chez Feuerbach lui-même, Moses Hess, Henri Heine, et d’autres contemporains) et qui ne rend pas compte de ce qui est nouveau dans la réflexion de Marx et Engels sur la religion : le rapport aux classes sociales.

La partie la plus substantielle de l’argument de l’A. concerne Durkheim et sa définition de la religion, qu’il trouve bien plus intéressante que celles de Rudolph Otto (« le numineux ») ou Mircea Eliade (« les hiérophanies »). Tout en rendant hommage au rôle pionnier du sociologue français, il critique son utilisation du terme « Église » pour définir la communauté
des croyants – un reflet de l’empreinte catholique sur la société française – et, surtout, l’utilisation du « sacré » pour rendre compte de la
spécificité du religieux. Le sacré, observe-t-il, n’est pas un concept, mais un adjectif qui désigne, dans le langage courant, tout ce qui détient une valeur absolue pour les individus et les groupes sociaux. Il ne peut donc pas distinguer les faits religieux d’autres valeurs « sacrées » : la famille, les droits de la personne, etc.

B.R. propose donc une nouvelle définition durkheimienne de la religion, fidèle à l’esprit sinon à la lettre du maître : « une religion est un
ensemble organisé de croyances transmises et de pratiques prescrites à l’être humain par la communauté à laquelle il appartient, croyances
et pratiques susceptibles de lui donner l’espoir de satisfaire son désir d’éternité par l’union ou la fusion avec une réalité spirituelle transcendantale ». Dans cette tentative originale de définition du religieux – terrain miné où rares sont les sociologues contemporains qui s’y risquent – le désir d’éternité, c’est-à-dire le refus de la mort, de notre temporalité et de notre « néantisation », occupe la place centrale, remplaçant le rapport au sacré ou à la divinité. Piste à suivre...

P.-S.

Michael Löwy, « Nature et avenir de la religion », Archives de sciences sociales des religions, 122 (2003), [En ligne], mis en ligne le 10 novembre 2005. URL : http://assr.revues.org/document1353.html.

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