Destructurez, destructurez... et il n’en restera rien !

, par BÉNIES Nicolas

Le Président de la République en deux discours, l’un du mardi 18 septembre, l’autre du mercredi 19 a proposé ni plus ni moins que de liquider toutes les solidarités collectives sur lesquelles repose notre société et de les remplacer par le retour au contrat individuel de travail — le fameux contrat unique, valable pour la fonction publique si l’on a bien compris son discours du mercredi portant uniquement sur les personnels des trois fonctions publiques — et la reconnaissance du mérite individuel comme mode d’avancement. C’est la concurrence de tous contre tous qui ouvre ses portes en grand. Elle existait déjà dans la fonction publique d’Etat — on ne fera pas semblant de la découvrir — mais elle trouve dans cette intervention du chef de l’Etat une alimentation nouvelle. Elle a désormais pris le TGV. Il a parlé, à juste raison, d’un « nouveau contrat social », passant par la fin de l’intervention sociale de l’Etat, démantelant et le droit du travail et celui de la Sécurité sociale pour permettre aux patrons de pouvoir hausser davantage leur profit, profit qui se perd dans les spéculations financières... La baisse des impôts pour les plus riches – 15 à 18 milliards d’euros suivant les estimations – accroît le déficit pour des dépenses improductives sur le terrain économique et voudrait justifier la baisse des dépenses publiques...

Les propos du Premier Ministre, empreints de cette mesure qui fait les
grands hommes d’État, sur « l’État en situation de faillite » — un propos qui n’a aucun sens, aucun État ne peut être en situation de faillite ! —, viennent renforcer la déclaration de Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances, sur le plan de rigueur pour la fonction publique... Propos pourtant démentis par ce même Fillon.

Malgré ces apparences, la stratégie gouvernementale est claire : réduire le nombre des personnels, poste le plus important du budget. En ne remplaçant pas un départ à la retraite sur deux, en baissant le montant des pensions qui seraient alignées sur le régime général faisant passer le taux de remplacement de 75 % du dernier salaire aux alentours de 50 %, en développant la précarité. Cette attaque globale sera aggravée par la LOLF — la loi organique des lois de finances — et la culture du résultat, les recteurs seront jugés sur leurs capacités à diminuer plus encore la masse salariale pour répondre aux impératifs budgétaires...

La réduction des postes entraîne une remise en cause du droit à l’Education pour toutes et tous et d’abord au collège. Il est question de supprimer des heures de cours, d’instaurer un contrôle à l’entrée en sixième — cf. La lettre aux éducateurs du président, disponible sur le Net — pour limiter le nombre d’élèves. Dans ces conditions, Darcos peut alors lâcher sa bombe et annoncer la fin du collège unique... qui n’a jamais existé.

La loi Haby — du nom du ministre de l’Education nationale de l’époque, en
1974 — avait comme ambition de réguler la massification en collège, pas d’instaurer un collège unique malgré le titre de la loi. Les ZEP sont sur la sellette, alors qu’il aurait fallu développer les moyens.

Faute de ces moyens — et c’est loin d’être un problème corporatiste — l’Ecole, déjà en crise en fonction même des déstructurations sociales, collectives que le gouvernement s’évertue à amplifier, ne pourra assurer ces fonctions. C’est la porte ouverte à des formes de privatisation pour faire face aux besoins de formation. C’est le creusement des inégalités... Dans le même temps, le salarié de la fonction publique avec ses obligations et ses droits est en train de disparaître. Le Président a annoncé que le futur salarié aurait le choix entre un contrat de droit public et un contrat privé. S’amorce la fin de la fonction publique.

Ce discours est une véritable déclaration de guerre.

Nous devons nous tenir prêt à riposter !

P.-S.

Article paru dans Syndicat national des enseignements de second degré - Caen, bulletin n° 134, octobre 2007.