Contribution de la Ligue communiste révolutionnaire

, par AGUIRRE Léonce

Chères et chers camarades, chères et cher ami-e-s,

Nous vous remercions tout d’abord de nous permettre de nous adresser à vous à l’occasion de votre réunion nationale.

Répondre à l’offensive du gouvernement

Nous venons de vivre des semaines marquées par une offensive gouvernementale tout azimut et sans précédent, par des mobilisations sociales de grande ampleur pour la défense des régimes spéciaux et des systèmes de retraites, pour la défense des services publics et du pouvoir d’achat, contre l’autonomie des universités.

Face à l’offensive du gouvernement, nous avons proposé dès septembre dans le cadre du collectif Riposte que le PCF a ressuscité lors de la fête de l’Humanité un front politique de toutes les organisations de gauche sur la base d’une critique claire de la politique gouvernementale et des mesures gouvernementales - critique qui ne pouvait se limiter à la méthode ou aux rythmes de leur application, - d’un soutien aux revendications avancées par les salariés et à leurs mobilisations que ce soit au travers de la journée du 18 octobre ou des grèves à la SNCF, à la RATP et dans les divers secteurs mobilisés contre la remise en cause des régimes spéciaux. Il ne s’agissait pas de faire de la surenchère, mais la base de l’unité proposée ci-dessus était à notre avis « le minimum syndical » sur le plan politique pour que cette unité soit utile au développement des mobilisations et qu’elle ne se retourne pas en son contraire. Certains d’entre vous ont critiqué le fait que la LCR n’ait pas signé texte sorti du collectif Riposte : nous pensons qu’ils ont tort car son contenu calamiteux ne faisait que refléter le fait que le PS n’est pas opposé sur le fond aux mesures gouvernementales qui ont déclanché les mobilisations que l’on sait et c’est d’ailleurs pourquoi il était aux abonnés absents pendant cette vague de mobilisations. Il en est de même sur la question du « nouveau » traité européen. D’ailleurs, avec retard, Marie-George Buffet elle-même a reconnu dans une interview à l’Humanité Dimanche que de Riposte est sorti « un texte qui n’est pas porteur d’alternative, ni de dynamique. Je vous parle franchement, le résultat est contre-productif ».

Construire un nouveau parti anticapitaliste

Plus que jamais, ces dernières semaines ont mis en lumière l’importance de construire une alternative anticapitaliste au social-libéralisme. Cette question est pour la LCR la question centrale pour les années à venir et elle sera au cœur des débats de notre congrès qui se déroulera en janvier et auquel vous êtes bien évidemment invités.

Des débats nous ont divisés au moment de l’élection présidentielle sur la possibilité d’aboutir à une candidature unitaire à l’élection présidentielle. Nous avons estimé quant à nous que les conditions politiques n’étaient pas réunies pour le faire, notamment autour de la question des alliances possibles au niveau parlementaire et gouvernemental avec le PS. Affirmer qu’il était exclu de faire alliance avec le Parti socialisme sur la base d’une orientation social-libérale nous paraissait insuffisant. Cela pouvait laisser entendre qu’une alliance était possible avec le PS sur la base d’une orientation en rupture avec le social-libéralisme, ce qui revenait d’une part à surestimer les rapports de force et d’autre part à sousestimer la profondeur du ralliement du Parti socialiste au libéralisme, de son acceptation de la mondialisation capitaliste (cf. la nomination de DSK à la présidence du FMI soutenue par Sarkozy et Bush). Cela laissait aussi ouverte la possibilité d’alliances futures avec le Parti socialiste, ce qui est confirmé par la politique du Parti communiste aujourd’hui. Nous n’allons certainement pas nous mettre d’accord aujourd’hui sur cet épisode, mais cela ne doit pas nous empêcher de poursuivre la discussion qui doit à notre avis porter pour l’essentiel sur la situation politique telle qu’elle est après la victoire de Sarkozy à l’élection présidentielle et sur les tâches à venir car il n’y a pas de retour en arrière possible à une situation telle qu’elle existait l’année dernière.

La LCR a aujourd’hui des responsabilités particulières à cause du résultat électoral de la présidentielle, qui s’explique pour l’essentiel par le contenu de la campagne d’Olivier Besancenot, mais aussi de par l’audience politique sans cesse accrue de ce dernier.

C’est pourquoi une grande majorité de notre direction nationale a décidé dès le mois de juin de lancer une campagne politique pour la construction d’un nouveau parti. Cette proposition recueille un écho incontestable que nous avons pu vérifier ces derniers mois et plus particulièrement ces dernières semaines dans le cadre des mobilisations sociales. Mais nous savons aussi qu’elle suscite des interrogations, des doutes, des critiques que nous comprenons même si nous pensons qu’ils ne sont pas fondés.

Beaucoup nous prête l’intention de vouloir simplement élargir et relooker la LCR telle qu’elle existe aujourd’hui. Tel n’est pas le cas et notre ambition est tout autre : elle est de participer à la construction d’un nouveau parti anticapitaliste large, susceptibles de regrouper tous les anticapitalistes et tous les révolutionnaires qui ont aujourd’hui la volonté politique de s’engager dans ce sens. Un tel parti sera numériquement et qualitativement différent de la LCR seule, avec un poids politique qui pourra lui permettre, notamment au travers de ses campagnes politiques et de son programme, de contester l’hégémonie de la social-démocratie. Et pour que le projet réussisse, il sera évidemment nécessaire que soient rassemblés dans ce parti des militant-e-s venu-e-s d’horizons politiques très divers (parti socialiste, parti communiste, écologistes, LO, altermondialistes, courants libertaires, LCR...) ainsi que du mouvement social Mais pour vous dire les choses très franchement, nous avons décidé de nous engager dès maintenant pour initier un tel processus et de ne pas subordonner cet engagement à la participation d’éventuels partenaires à un tel projet tout en poursuivant bien entendu les débats avec tous les courants nationaux ou locaux, toutes et tous les militants qui aujourd’hui se posent la question de la construction d’une alternative au social-libéralisme. Enfin, il ne s’agit aucunement pour nous d’autoproclamer ce nouveau parti mais simplement d’initier un processus constituant, sans préjuger ni des rythmes, ni des formes qu’il prendra. Reste évidemment la question de la base politique, du programme d’un tel parti.

Souvent, la Ligue est accusée de vouloir construire un parti protestataire. Première chose, nous ne refusons pas d’être le parti de la protestation. Parce que la protestation, la révolte sont la forme élémentaire du refus des attaques patronales et gouvernementales, du refus de l’ordre existant (comme par exemple la révolte des quartiers populaires). Et quand certains qualifient la Ligue de protestataire, ils le font le plus souvent au nom d’un certain réalisme et d’une conception de la lutte politique qui se passe pour l’essentiel dans les alcôves du gouvernement, des exécutifs des conseils régionaux ou généraux ou dans les exécutifs municipaux, les mobilisations n’étant au mieux qu’un point d’appui pour faire avancer les choses dans ces cadres institutionnels. Rappelons-nous le silence assourdissant de certains lors de la révolte des banlieues ou lors de mobilisations qui se faisaient contre la politique des exécutifs auxquels ils appartenaient. Le problème n’est pas seulement celui des alliances avec le Parti socialiste, c’est aussi celui du centre de gravité de l’activité du nouveau parti que nous voulons construire. Soit son centre de gravité se situe dans le développement des mobilisations, l’autoorganisation, la prise en charge par les concerné-e-s eux-mêmes de leurs propres affaires (dans le cadre de syndicats sur la base d’une orientation lutte de classe, d’associations, de collectifs, de comités sur des questions comme le logement ou les discriminations, dans le cadre d’assemblées générales, de comités de grève ou de comités de quartiers lors des mobilisations), soit il se situe dans les institutions, ce qui conduit inévitablement, dans les rapports de force actuels, à des alliances avec la social-démocratie sur la base d’orientations social-libérales. Cela étant dit, si nous revendiquons la construction d’un parti qui porte et qui amplifie la protestation, son orientation ne peut se résumer pas à cela. La LCR a accordé beaucoup d’importance ces dernières années à l’élaboration d’un plan de mesures d’urgence, qu’elle s’efforce de réactualiser sans cesse, et qui vise à donner des réponses concrètes et globales aux problèmes auxquels le plus grand nombre est aujourd’hui confronté (emploi, pouvoir d’achat, conditions de vie, discriminations, oppressions, écologie, etc.) en indiquant comment les mettre en oeuvre. De même, elle est engagée dans l’élaboration d’un manifeste qu’elle a soumis et soumet à la discussion publique qui vise à tracer les contours d‘une alternative globale au capitalisme, la perspective d’une société socialiste démocratique, féministe, écologiste, internationaliste. Nous n’avons aucune intention d’imposer au nouveau parti notre plan de mesures d’urgence et notre manifeste. C’est simplement notre contribution et ce sera aux militantes et militantes qui le constitueront de décider quelle sera sa base politique. Par contre, nous avons une intime conviction : avancer dans la construction d’une alternative au social-libéralisme, répondre à la satisfaction des besoins et des aspirations du plus grand nombre, rompre avec la politique impérialiste de l’Etat français et de l’Union européenne, donner crédibilité à la perspective d’une société libérée de toutes les formes d’exploitation, d’oppression et de discrimination est illusoire si l’on esquive la nécessité de remettre en cause la propriété privée des grands moyens de production, la légitimité des institutions étatiques telles qu’elles existent aujourd’hui, ce qui implique conséquemment de refuser toute forme de gestion au niveau national de l’État et de ses institutions dans le cadre imposé par le capitalisme. C’est pourquoi nous qualifions ce parti d’anticapitaliste. Et nous préférons le terme de rupture avec le capitalisme à celui de « dépassement du capitalisme ».

Et les municipales

Reste un dernier point particulier : les prochaines élections municipales.

Nous sommes favorables à la constitution d’un maximum des listes larges au premier tour, indépendantes du PS, sur la base d’un programme de mesures d’urgence qui déclinent au niveau de la politique municipale les exigences de la lutte contre la politique du gouvernement Sarkozy. Au deuxième tour, nous pensons qu’il est possible d’envisager la fusion avec la liste de gauche arrivée en tête sur la base d’un accord strictement technique, avec respect de la proportionnelle, sans engagement à quelque soutien que ce soit de la gestion municipale, y compris sur le budget. Il s’agit donc pour la Ligue d’œuvrer à la constitution de listes ouvertes et soutenues par toutes les forces prêtes à s’engager dans une telle perspective (Alternatifs, collectifs, Lutte ouvrière, groupes locaux divers, etc). Nous sommes prêts à discuter de diverses possibilités en fonction des réalités locales, mais en tous les cas nous ne participerons pas dans les villes de plus de 10 000 habitants à des listes de toute la gauche, incluant le Parti socialiste, contrairement à ce que s’apprête à faire Lutte ouvrière dans plusieurs villes. Tout comme nous ne participerons pas à une fusion des listes au second tour sur la base d’un accord de gestion avec le Parti socialiste à l’instar des verts à Paris ou de beaucoup des composantes partie prenante aujourd’hui de Maintenant à gauche.

Enfin, nous ne faisons évidemment pas de la question de la construction d’un nouveau parti une base ou une condition de la constitution de telles listes. Cela dit, pour nous, notre orientation pour les municipales n’est pas sans lien avec notre volonté d’initier la construction d’un nouveau parti anticapitaliste car nous pensons que si des centaines de listes alternatives sur la base définie ci-dessus sont présentes, cela créera des conditions politiques favorables pour avancer dans ce sens. Mais ce qui est vrai pour notre orientation l’est également pour la vôtre qui se fixe comme objectif de construire une alternative au Pari socialiste.

Voilà les principales questions que nous voulons débattre avec vous dans les semaines et les mois qui viennent.